‹ Les PaysBas sous le regne de MarieTherese 17401780Chapitre 26 sur 35 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

COMMERCE. — IXIUSTRIE. — .WRICIÎLTURE. — POPELATIOX.

S 1 COSflIEBCE ET IKDÜ9TRIE.

Lo traiW de la Barrière, do 1715, maintenait, bien plus aggravait les dispositions du traité de Munster relatives ^ la navigation de l'Escaut.

Dès lors, dit Neny, nos deux principales sources de richesses se trouvèrent complètement taries. Privés du commerce maritime et forcés d’admettre dans nos ports les vaisseaux anglais et hollandais aux mêmes droits que les nôtres, tous les produits d’outre-mor nous étaient livrés par nos voisins, sans que notre marine fût même admise à partager les profits du transport. D'autre part, notre industrie, qui était îi la merci d’un tarif de douanes établi par nos rivaux, voyait sa ruine assurée sans qu’il fût au pouvoir du gouvernement de remédier il cet étrange abus d’une politique aussi perfide qu’inhumaine.

1x1 traite* conclu îi I-a Haye le 22 déceiubro 1718 redressa quelques détails de celui de 1715, mais laissa subsister toutes les dispositions qui consacraient “ l'oppression commerciale du pays,

Le çouTorueraent autrichien eut de l’initiative et do l’audace en 1722, lorsqu’il créa la compainiio d'Ostende qui devait faire le commerce direct des Grandes Indes (1), mais ce ne fut qu’un éclair... Dès 1727, il consentait provisoirement au retrait du privilège de la comjiagnio qui fut supprimée définitivement le 20 février 1782.

La suppression de la compagnie d’Ostende ruinait le commerce et l'industrie (2). Mais le pays n’accepta jamais cet arrêt de, mort; M. Potvin l’a prouvé dans un livre récent (3). Un homme travailla d’une façon infatigable au rétablissement de la compagnie. Ce fut le feld-maréchal comte de Calcnberg,qui, dès 1725, publiait un mémoire favorable h nos intérêts commerciaux et qui, en 1735, fut « autorisé à négocier un accommodement, moyennant une limitation des oi>érations nouvelles de la compagnie h trois ou quatre navires par an. » Nous le voyons, en 1752, revenant :i la charge, » plaidant pour notre navigation anéantie, au nom même des intérêts do l’Autriche, s’adressant partout... et n’aboutissant qu’h être désavoué par Marie- Thérèse (4). »

Le gouvernement, quoiqu’on en ait dit, manqua d’énergie... Il iic fit pas pour nous tout ce qu’il devait faire. Une fois do plus, nous acquérons la preuve que les intérêts de nos provinces pesaient bien pou dans la balance et qu’avant d’être souveraine des Pays-Bas, Marie- Thérèso était impératrice. Dans les longs pourparlers engagés entre la cour d’Autriche et les puissances maritimes pour l’exécution du traité do la Barrière (5). on voit clairement que le gouvernement, tout

(1) Atl. Levac : Itcchert iir* hi$turifiue$ /r t'ommfrrr de» Bftge» aux Ind*'i pendant le XVlJ' et le XVin*’ iièrle.

(2) François Veydt : ^f^hnüirr publié à Anvers, 1778.

(3) Potvin : Le génie de la paix en (Bruxellc.% Parent, 1871),

(-l)Potvin: p.47; — Archive» de la eUanceUeric des /'(lys-iîa*, D. 39, Ib; D.83, I>.8T>,L.

(5) Mémoire» de Neny. — Les archives du royaume de la chanceUrrie dre

Pay» H»s) contiennent un pmnd nombre de relations et décrets sur les négociation» poursuivies à Bruxelles en 1752 et 1753. La »éric des actes relatüs à cette affaire s’arrête à une relation tjue fait Kaunitz, lo 29 janvier 1753, d’une conférence tenue le 0 «le ce mnin uvee le c«m»te d«' Iîentiin*i<, ministre île IIoll-Tmli*. pmfesseur Vn'eile,

— ini

en cliorcliaut — lo fait n’est i)us contestable — :i sc soustraire le plus possible aux obligations du traitd (1), recule devant les consdquences d’une ddnonciation fonnelle. La souveraine avait jiaru prdte un moment îi affronter les hasards d’une lutte sérieuse pour l’abolition de ce traité inique (2), mais elle ne persévéra pas dans ce projet.

Elle chercha, par d’autres moyens, h. relever le commerce et l’industrie. Et ici se montrent tout particuliérement le dévouement de Charles de Lorraine et rintelligeuce du ministre plénipotentiaire Cobenzl.

Deux mémoires reniarquahles, dus tous deux il M. Briavoine, et couronnés par l’Académie, ont traité ii fond la question que nous ne pouvons qu’effleurer ici (7). 11 nous suffira de les résumer pour donner il nos lecteurs une idée des efforts faits par le gouvernemont pour encourager l’industrie et le commerce et des résultats qui ont été atteints.

Im prince Charles de Lorraine s’entoura d’abord d'administrateurs éclairés. 11 introduisit dans la législation intérieure, et par le moyen des tarifs, une distinction marquée entre l’industrie du pays et l’industrie étrangère. Bruxelles lui doit l’établissement de manufactures d’indiennes et d’une fonderie de caractères d’imprimerie, des essais pour l’introduction do la fabrication de la batiste, pour celle de la culture du mûrier et l’éducation des vers h, soie. Far des octrois spéciaux, par des actes de bienveillance répétés, il favorisa l'érection do plusieurs fabriques et usines. Diverses ordonnances abolirent les impôts qui étaient perçus sur les produits des manufactures nationales h l’entrée de presque toutes les villes des Pays-Bas.

Le gouvernement s’occupa des moyens do tirer parti d’Ostendc, après la paix de 1748. La Belgique reprit sa part dans le commerce de transit et y acquit une certaine supériorité. La coupure de Bruges

de l’université d’Utrecht, a sig^ialc récemment à notre commission royale d’iiistoiro ce document qui nous reporte jusqu’au mois d’avril 1753 (séance du G novembre 1871).

(1) Revue nationale, X.

(2) Vol. 1.3 et 14 des Mètminê rouennnei de VAeadèmie. — Cf. Altmoycr ; Uiitoire drt relntiftn$ roinnicrrinlrt de* i'nt/t li:f.

fl (Jand l'ut croiisde, le canal de ürugrs îi Sljckcns rékbli, le port d’Osfendc agrandi, lociuial de Louvain îiMalinescx6cutd(lT50-1763).

]ja fabrication des draps du Limlwurg fut puissamment encouragée par le rétablissement des droits protecteurs de 1699. L’exportation du lin peigné fut iremiso; celle du lin vert, des étoupes et du chanvre, défendue pour faire droit aux réclamations de la Flandre. Dans l’intérôt des brasseries, la sortie du houblon fut aussi défendue. En faveur des papeteries, dos droits furent mis sur l’entrée des papiers étrangers; la sortie des chiffons fut interdite. Les rubans étrangers, les verres étrangers furent soumis îi des droits prohibitifs. Des droits frappèrent aussi le thé, le café, le tabac, le vin, les liqueurs, l’épicerie, le sel venant de l’étranger pour la consommation du pays. Il en fut de mémo ])our les huiles de production étrangère.

Do 1771 b 1780, presque toutes les branches de l'industrie d'alors prirent racine en Belgique. L’ancienne fabrication des dentelles et des toiles, les brasseries, les savonneries, les distilleries, les blanchisseries, les fabriques do tapis, do chandelles, de cire et de suif se trouvaient b cette époque au-dessus de toute concurrence étrangère. Nous rivalisions avec la Saxe pour les bas, les bonnets et les couvertures de laine, avec Lille et Elberfeld pour les basins siamois et les futailles, avec l’Angleterre pour les draps. Nos papeteries, nos fabriques de porcelaine et de faïence, nos manufactures et nos teintureries do soie, nos clouteries luttaient avantageusement avec l’étranger. 11 n’en était pas de même de nos raffineries do sel et de sucre, distancées par celles de l’Angleterre et do la Hollande. Las verreries, la teinturerie en laine, la rubannerie étaient dans une voie de prospérite. Nos constructeurs do bateaux étaient renommés; ils travaillaient même pour la Hollande. Mais nous étions inférieurs b l’Angleterre pour la fabrication des étoffes do laine, do coton, do fil et coton, pour les manufactures d'épingles, de plomb, do fer. Nous exportions dos tiibacs, des draps, des indiennes, des chapeaux, des voitures, des toiles de lin, des dentelles, de la bounetterle, du fil, do la coutellerie, des pierres b bfttir, etc. (1).

(1) Cf. Van UuckclinK‘*n ; Belgie onder Mnria’Th'‘rtaia, pp. 85, ÎM» et 131, jxisaim : Kiu-oura;?cmcnts à rimluslric, pnisptTilc du commerce.

Quelques mines de fer étaient expluitdes dans le Luxembourg, dans le comté de Namur et le pays d’entre Sambre et Meuse. En 1760, on fit un essai, qui no réussit pas, pour établir dans le Hainaut une fabrique d’acier. Nous avions peu d’ouvriers en quincaillerie ; nous tirions du dehors beaucoup de menus ouvrages. Une mine do plomb était exploitée dans la province do Namur. Les carrières d’ardoises étaient à peu près assez abondantes pour fournir b, toute la consommation du pays. Malgré les riches charbonnages du Hainaut, l’Angleterre envoyait do la houille en Flandre et en Brabant. Nous ne fabriquions pas assez do potasse et do savon pour notre consommation. Nous n’avions pas de manufactures de glaces.

La pèche, restée en pleine décadence jusqu’en 1767, se ranima grftce h quelques mesures habiles du gouvernement, et, dès 1774, ses progrès furent sensibles. Un surcroît de produits put être exporté (1).

Divers indices constatent que la prospérité du pays et son activité industrielle étaient grandes. L’intérêt do l’argent tomba en 1780 h trois pour cent ; il était h ce taux en Hollande et h cinq en Angleterre. La Belgique, en cette année, reçut do Franco des marchandises pour une valeur do dix-huit millions do livres (2).

La prospérité commerciale et industrielle, duo aux excellentes mesures que nous avons signalées, était si évidente h la fin du règne de Marie-Thérèse que, lors do la rupture entre l’Angleterre et la Hollande (1780), le ministère do Bruxelles ayant été consulté sur les avantages que les Pays-Bas pouvaient en retirer, plusieurs de scs membres ne jugèrent pas que l’ouverture de l'Escaut fût essentiellement désirable ; ils furent d’avis que la liberté de ce fleuve porterait un grand préjudice aux Flamands, sans offrir une compensation suffisante aux Brabançons (3).

(1) Voir dans Vfii*toire de DUtnkenberghe, par M. Bardin, cc quo le gouvernement fit pour les pêcheurs. 1 a mémoire de Marie-Thérèse est encore en vénération à Blankenbcrghc.

(2) Le mémoire de Briavoinc couronné en 1840 (La ftopulu/iarty Ut febri(/ue»^ Ut mnnufaciurct et U commerce dam Ut Payt^Bat)t euti'e dans des détails très-circonstanciés sur ces differents points.

(3) «cNeny fit valoir avec force les avantages que rouverturo de TEBcaut aurait procurés : n üaclmrd : (Hevue de Ùruxe/Ut, 1637).

Il y a une ombre îi ce tableau ; — Shaw, iumson A’ssai sur les Pays-Bas autrichiens, signale des abus, des inconvénients dans les pratiques commerciales. 11 critique certaines entraves, certaines gênes vraiment nuisibles. “ Tels sont, dit-il, ces privilèges exclusifs, trèsanciens, il est vrai, accordés dans beaucoup de villes îi des compagnies qui ont seules le droit de transporter les marchandises, par eau et par terre, de tel endroit h tel autre. Telles sont les gênes perpétuelles occasionnées par les nombreux bureaux de douane établis pour la recette des droits et par les visites si souvent répétées des marchandises qui vont d'une viUo dans une autre; visites très-onéreuses aux négociants, car elles retardent toujours l’arrivée de la marchandise qui est souvent g.^ltée par les visiteurs... La communication intérieure est encore intoiTompuo parce que le territoire autrichien est coupé en différents endroits par des cessions fait*-s aux puissances voisines. » Shaw SC plaint aussi de la lenteur et de rignorance des juges qui ont h décider des questions de commerce et qui ne consultent jamais les négociants expérimentés... Il cite encore, parmi les gênes du commerce, la confusion qui règne dans la jurisprudence des provinces, et surtout le malheureux préjugé que le commerce dégrade les gens de condition (1).

§ 2. .tOHU trlTI BK.

L'agriculture s’était remise plus promptement que l’industrie et le commerce. Elle était en pleine prospérité dans la seconde moitié du règne do Marie-Thérèse.

Parmi les causes do cette prospérité, il faut citer en première ligne le redressement des abus et des injustices qui ])résidaient dans certaines provinces h la répartition de l’impôt foncier.

Les cadastres ou matricules, avons-nous dit plus haut, avaient été formés dans des temps reculés. Des terres jadis fertiles et alors presque incultes étaient frappées du même impôt qu’autrefois. D

M) Sha'.v ; E>aoi nnr nalrichiriit (C/mmiei’cr et manufactures).

y avait dos oxemiitions d’imixjt absurdes et iiiuiuos. ho gouvenieiueiit veilla îi la répartition équitable de l’impôt — et ce fut lîi un grand bienfait.

11 prit d’autres bonnes mesures. Il ordonna ou encouragea dans différentes provinces le défrichement des bruyères et dos terrains vagues ; restreignit dans le Namurois l'usage do laisser en repos la troisième année toutes les terres; limita dans le Haiuaut la trop grande étendue des fennes ; permit dans le Luxembourg la clôture des terres et des prés ; autorisa les cultivateurs de cette dernière province <i fonner des prairies artificielles exemptes du droit de vaine pâture et renferma dans de sages bornes la coutume qui y existait de soumettre à ce droit indistinctement toutes les prairies, du 15 juillet au If^r mai (1).

Les jeunes gens qui voulaient cultiver la terre, dit Van Ruckolinghen, étaient exempts de tout service militaire. Les déserteurs obtinrent leur grâce complète s'ils voulaient, dans un temps déterminé, retourner dans leurs villages. Les chemins vicinaux étaient entretenus par les prisonniers do guerre (2).

L’impératrice se montrait toujours favorable aux mesures qui avaient pour but de dégrever les paysans. En marge d’un rapport do Kaunitz (17 févTier 1771) on trouve cette apostille : « Je ne regrette que la 7ie'ccssité de laisser snlsister la taxe snr le bétail... Chi tùclicm a7t flutùt d’ij s^ibstitiier quelque autre mjmition moins nuisible (3).

Kaunitz partageait les sentiments de l’impératrice sur ce point. Entre autres preuves de sympathie qu’il donna aux cultivateurs, nous citerons ses ordres multipliés et intelligents dans les épizooties. C'est lui qui, le 19 décembre 1769, communiquant à Cobenzl une lettre du comte de Firmian relative à l’usage du quinquina dans l’épizootie, ajoutait : « Je souhaite que cela puisse être également utile h ms chers Flamands. » Il est certain qu’il a montré une rare sollicitude pour les intérêts de l’agriculture dans les terribles épreuves par

(î) Revue de Bruxelle» de 1837 (Article de M. Gacbard). (2) Von Huckclingon : Relgic onder Mnria~TUerf$ia.

(*t) Archive» de lachnneellrrie dex Pmjt-Dft», I). f)7, L.

lesquelles passèrent, h, différentes reprises, les provinces de Flandre et de Luxembourg. Les archives du conseil privé (1) fournissent des renseignements intéressants sur la conduite généralement très-sage que tint le gouvernement dans les années 1700, 1769, 1772, 1773, 1774, 1775, 1778. On y veiTa que, i)cndant que nos voisins de France, « entétés et dupes » (2), étaient victimes de la routine et de rincurie gouvernementale, nos provinces devaient de grands adoucissements a la prudence et h, l’activité des ministres de Marie-Thérèse.

La sollicitude du gouveniement pour l’agriculture, en même temps que pour les classes nécessiteuses, se manifeste tout particulièrement dans les diverses mesures qu’il prit au sujet de la législation des grains. M.Gachardalu en 1850 àl’Académie (^î^/HmXVlI, 1) une notice qui établit que les principes qui guidèrent l’administration en cette matière étaient infiniment plus intelligents que ceux de l’administration française. Aucune entrave, aucune formalité no gênait dans les Pays-Bas la circulation ni le commerce des grains. Seulement, lorsque la cheité du pain excitait de l’inquiétude parmi le peuple des grandes villes, défense éta't faite aux cultivateurs de vendre et aux marchands d’acheter ailleurs qu’aux marchés publics : Ainsi en 1757 (3), ainsi encore en 1771. Mais cette défense n'était que temporaire; le gouvernement la faisait presque malgré lui, pour condescendre au vœu des populations. C’est ce que nous voyons notamment en 1771: le gouverneur-général céda, malgré un avis contraire du conseil privé, aux sollicitations pressantes des états de Flandre sur lesquels pesait le peuple alarmé.

Dans presque toutes les villes il y avait des règlements particuliers pour les marchés aux grains. Le temps du marché était divisé en trois parties : d’abord bourgeois seuls avec vendeurs ; plus tard brasseurs, distillateurs, boulangers faisaient leurs achats ; enfin les

(1) Archive» du conseil privé (Carton 11G5). Lc gouvernement faisait circuler des brochures pour indiquer les prcscrtmiifs... Les états du Luxembourg ont monti’C beaucoui> d’intelligence dans ces tristes circonstances. Les fonctionnaires ont rivalisé de zèle pour parer au mal.

(2) Archives de la chancellerie des Pays-Bas^ D. 08, E. 2.

(31 Placards de Brabant, X ; Placards de. Flandre, V .

marchands en gros pouvaient venir aclicter tout ce qui n'avait pas été vendu. Plusieurs administrations prélevaient do légers droits sur les gnvins exposés au marché.

Le commerce des blés et leur circulation dans l’intérieur du pays étaient véritablement libres, sauf dans des circonstances rares et tout b. fait exceptionnelles.

Il y avait pour l’importation d’autres règles que pour l’exportation. L’importation était constamment libre, le droit de douane était asseu faible. L’exportation était prohibée ou pennise suivant l’abondance des récoltes, l’élévation ou rabaissement du prix du grain. Quelquefois môme l’interdiction était prononcée alors que l’approvisionnement du pays surpassait ses besoins ; ce fut le cas en 17G5, h cause de la frayeur non motivée qui s’était emparée du peuple en présence de l’élévation croissante des prix. Avant d’interdire l’exportation générale ou partielle des grains, on entendait, sauf dans des circonstances urgentes ou pour dos raisons imprévues, les états et les municipalités des vQles et des châtellenies principales. On passait, sans transition aucune, du régime de la liberté à, la prohibition absolue, et vico-versa. En 1770, le conseil des finances trouvait ces alternatives nécessaires et même des plus utiles. En 1 773, un membre du conseil, Delplancq, proposa, comme mesure intermédiaire, de permettre la sortie des farines. La proposition fut rejetée; on craignit qu’elle n’excitât les murmures du peuple et n’occasionnât de graves embarras au gouvernement (1).

Si le gouvernement aidait l’agriculture, celle-ci savait bien aussi s'aider elle-même. Shaw (2) fait un magnifique éloge de l’énergie de nos cultivateurs, de leur ülent, de leur activité, comme do lou^ prospérité. “ On a, dit-il, corrigé la culture dans les endroits où elle étéit imparfaite : des terrains Jusqu’ici incultes ont été livrés au soc do la

(1) Le conseil des finances publia, en 177B, deux tableaux du prix le plus haut et le plus bas du froment et du seigle au marché de Bruxelles, ainsi <|uc lû prix moyen sur ce marché et sur celui de Bruges do 17G1 à 1773. — M. Gachard les a reproduits au UnUeUn de T.élrodc/ii/f (XVII, 1). Il y a aussi iuscré un tableau des entrées et des sorties dc< de 1750 à 17U1.

(2) Shaw ; Euai (tecliou VIII : agriculture). — Cf Dérivai ; Lt Voyatjcur... t. I.

cliiirnie; los villages ont augmony en nombre et en grandeur... La campagne offre de toutes parts un spectacle charmant ; on ne voit que des champs couverts d’une récolte abondante... de belles prairies... de belles fermes... L’agriculture fleurit dans le Brabant et le Hainaut ; mais c’est surtout en Flandre que cet art a été porté h la i^rfedion... Los champs do la Flandre no reposent jamais... Il y a là une excellente méthode... le laboureur n’épargne ni ses peines, ni ses travaux... La j)etite étendue des fenues (cinquante acres) a contribué beaucoup à améliorer la culture et à augmenter la population de la Flandre... Toute espftce de grains y croit heureusement... On y connaît peu les disettes... »

Shaw dit aussi, dans son Essai snr l’état de la culture eu liel- Hique, (1) publié à la lin du régne de Marie-Thérèse, que si l’agriculture n’a pas fait encore, sauf en Flandre, tous les progrès dont elle est susceptilde, la faute n’en est certes pas aux cultivateurs, mais bien aux grands propriétaires, à leur insouciance, à leur indifférence pour leurs possessions.

Le fait qui atteste le mieux la prospérité de l’agriculture, c’est l’augmentation du prix do la terre. Au milieu du dix-septième sitde, un bonnier de terre de la meilleure qualité et ii proximité des grandes villes, valait do 400 à 500 florins ; à une lieue plus loin, il tombait à 300 et même à 250 florins. Or, en 1705, ces mêmes terres se vendaient 1,000, 1,200 et 1,500 florins les premières; 800 et 1,000 florins les secondes (2). De plus, lorsqu’on mettait en vente 2, 5 ou 8 boiiniers, les paysans achetaient : c’est du moins ce qui se pratiquait en Brabant, en Flandre, dans le Hainaut et dans le Namurois (3).

La classe agricole fut certainement la plus heureuse de toutes pendant le règne. Il y a unanimité à cet égard chez les (écrivains du temps.

Malgré le désastreux traité de la Barrière, la prospérité do la Belgique s’était accrue au triple point de vue de l’agriculture, de l’industrie et du commerce.

(1) Shaw : E»»ni êur CtUat di‘ la cnllure en Üelgûfue et *wr Ut muyrnt tir fa prf'f cHonner (A Lon lrtîH et sc trouve à Nivelles chez Plon, 1734).

(2) Dacoit : Commerce tUt en 170ô. p. 2.

(JVj Driaviiinc ; Mémoire sur lo impululion, etc. (p. 12H.

Oüttt' iiiusjiorité, il liujuello avaii'iit coiilriimi' gramlenu-iit les iiichtircs (k'cn'tt'es par le ffouveniemont, jieut fitrt' l'taWie, dit Briavoiiic, ])ar trois faits gdudraux : raugmriitatioii du prix do la tcrro, l’amclioration progressive des revenus, ceux de la douane compris, et l’abonrlanee des capitaux (1).

5} n PV.IM Î.ATION.

Un quatrif'iue fait, une iiuatriéme preuve îi l’appui de notre assertion, c/est raugiuentation du chill're des luibitants, qui croit toujours avec le bien-être de la nation.

Quelle était la population des Pays-Bas autrichiens, îi la fin du règne 1

La réponse n’est pas facile h trouver. Au dix-huitième siècle, la statistique ne faisait que commencer; il y avait dans ses chiffres de jrrandes inexactitudes. Tout était encore hypothétique, ou peu s’eu faut. Aimsi la itopulation de Bruxelles était estimée, vers 1765, par les uns h 100,000 iimes, par les autres îi 112,000 ou h S6.000.

En 1754, Marie-Thérèse avait ordonné un dénombrement qui fut mal fait (2).

Le gouvernement fit recommencer le travail d’une façon sérieuse, trente ans après. On écrivit en même temps aux évêques, aux états, aux magistrats des villes et même, dans certaines provinces, aux fiscaux. On ne voulait avoir qu’un calcul approximatif; on désespérait apparemment d’avoir quelque chose de mieux.

Les renseignements ayant été fournis, le conseil privé en mit le résultat sous les yeux du gouvernement général, le 23 octobre 1784. M. Gachard a reproduit le document (3) dans ses Anaketes (t. 1). En voici des extraits :

(1) Le mèmjire de Briîwoinc entre dans des détails circonstanciés sur clmcun de ces fM»ints.

(2) Gachard {AnaJeciex^ I) indique les causes des inexactitudes et les grandes diffîrultoR qu’au paj'cil travail devait roiicontrcr.

(3) Uue copie <1 U document cxît^tc mix an-hivostUi roynninc {Arrftiv * tlu rotifri/ privr).

liruxelles sans son district .

. 74,4'17 âmes.

Louvain, » »

Anvers, • >

lirahant,

te pny* «l'outre»' Mriite et tuut rt> fini

Tirlcmont, » »

Lierre, » »

Turnhout, »

en

Nivelles, »

Diest, » »

Le reste de la province (autres

petites villes et plat pays). .

Gand, suivant l’évêque . .

Bruges, » » , .

Courtrai, » le magistrat.

Audenaerde, » •

Flandrt

Termonde, • l’évêque.

orientale.

Nieuport, le magistrat 3,039 » I

Ostende, •• »

Alost, avec son district .

Gramraont

Le reste de la province . .

Ypres

Fumes

Flandre

1 Menin

occidentale.

1 Dixmude

Poperinghe

Le platp.ays, et les autres villes. 165,310 »

Tournai et Tournaisis.

Tournai avec la banlieue (qq.

villages) 30,000 »

Le Tournaisis 51,000 >■

Hainaut.

, Mons

Le reste de la province . .

' Luxembourg

Luxembourg .

1 Arlon

Eclitemach

1 Le reste de la province . .

Namur.

1 Namur (sans sa banlieue). .

' Le reste do la province

Gueldre.

Malines.

Report. . . , •2,169,8(15

I Rureraondc 4,330 âmes i .

I Le reste de la province . . . 12,303 » i

j Malines et ses dépendances . . 2S,324 » i

' Le reste de la province . . . 12,040 " | ’

Population totale (par approximation) , . , 2,232,892

âmes (1).

Ce tableau ne pouvait Ctre évideiiimeut qu’approximatif. Il contenait, dans plus d’une de ses parties des inexactitudes qui furent constatées ])ar le travail que firent les préfets des départements, h. l’époque du consulat. On trouva alors pour la population totale 2,600,000 âmes.

Quel que soit le chiffre réel, il est établi, parle travail de Zimmemian (2) qu’il ne se trouvait sur le globe « aucun pays d’une pareille étendue qui contint autant d’habitants. » Zininiemian donnait un chiffre rond de 3,000,000 d'habitants aux Pays-Bas autrichiens, et partant de cette base, il établissait la comparaison suivante ;

Popul. des Pays-Bas autrichiens.

• de la Hollande

• de l’Italie

de la France

• de l’Allemagne

» de la G‘‘''-Bretagne et de l’Irlande

. 250 habit, par mille carré.

(1) Il ne faut pas, dit M. Juste avec raison {Hiitoirc de Belgique), exagérer toutefois la prospérité relative dos Pays-Bas. Vers 1772, la Flandre en général, sur une popuation de 7 àfiOO,(XX) âmes, no comptait pas moins de 100, (XX) indigents ; il y en avait 14,000 à Bruges, 12,000 à Gand. Même proportion ailleurs.. Là aussi il y avait do grands abus dont le gouvernement s’occupa activement, (Ch. VI, B ta/aiXancf). On l>eut voir l’histoire d’un de ces abus dans le volume II, p. 05, de l’ouvrage de M. Wau . ters, sur les environs do Bruxelles (commune de Machclcn).

(2) Le travail de Zimmerman (cité dans le Mémoire de Kriavoine) est de nR*!.

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