‹ Les peaux rougesChapitre 4 sur 9 · LES NATCHEZ · texte numérisé non relu

LES NATCHEZ

Un roman célèbre en France , et dont certains épisodes attendrissants ont fait couler bien des larmes, les Natchcz de Chateaubriand, ont contribué considérablement à fausser l'opinion publique sur le compte des Indiens et des sauvages.

Les guerres des Français contre la puissante tribu des Natcbez, dans la Louisiane, réduites aux proportion d'un roman larmoyant où tout était habilement combiné, depuis la donnée principale de la fable jusqu'au prestige du style dans certains passages, ont été représentées sous l'aspect le plus faux et le plus criminel pour les premiers colonisateurs de la Louisiane. Je crois donc qu'il n'est pas sans intérêt de rétablir la vérité à cet égard ; et je puise, dans ce but, mes renseignements à des sources très-recommandables, entre autres VHistoire de la Louisiane par M. Charles Gayarré, un des habitants les plus dis-

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lingues de la Louisiane, et qui y a occupé les fonctions importantes de secrétaire d'État.

Je trouve au chapitre IV, l^r volume de cette histoire, un mémoire très-étendu, rédigé par M. de Richebourg, sur la première guerre des Natchez.

Le mémoire raconte d'abord qu'au mois de janvier 1716, on avait appris en Louisiane l'assassinat par les Natchez de quatre Canadiens qui remontaient aux Illinois; une expédition fut résolue alors pour tirer vengeance de cet attentat commis par une tribu avec laquelle les Français avaient, jusqu'alors, vécu en bonne intelligence. La Louisiane était à celte époque gouvernée par une espèce de fou nommé de Lamothc-Cadillac, qui ne voulut donner à M. de Bienville, commandant de l'expédition, que trente-quatre hommes pour l'exécuter, alors qu'on savait bien que les Natchez pouvaient mettre au moins huit cents guerriers sous les armes. Après bien des instances, de Bienville obtint quinze hommes de plus, et on s'embarqua sur huit pirogues.

En arrivant aux Tunicas, à dix-huit lieues des Natchez, de Bienville apprit que ceux-ci avaient encore assassiné un Français et qu'ils avaient projeté d'en tuer quinze autres attendus au même endroit. Ces renseignements furent donnés par un missionnaire.

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qui avertit en même temps Bienville de paraître ignorer ces crimes que les Natchez croyaient être inconnus, et d'avoir aussi à se défier des Tunicas qui avaient reçu des présents pour le tuer.

Bienville rassura d'abord les Tunicas sur ses projets, qu'il leur dit être tout pacifiques, fuma avec eux le calumet de paix, et envoya des messagers prévenir les Natchez de sa présence chez les Tunicas.

Trois jours après arrivèrent trois Natchez, envoyés par leurs chefs à M. de Bienville, « auquel « ils présentèrent le calumet de paix, qu'il repoussa « en leur disant : qu'ils pouvaient faire fumer quel- « ques-uns de ses soldats; que pour lui, étant grand « chef des Français, il ne fumerait que lorsque les ca- « lu mets lui seraient présentés par les chefs Soleils. »

Ces paroles les déconcertèrent un peu; cependant Bienville tourna l'affaire en plaisanterie, et dit aux Natchez que si leurs chefs refusaient de recevoir les Français, il allait fonder chez les Tunicas un établissement important, dont il avait eu le projet de faire profiter leur nation. Les trois envoyés Natchez protestèrent des bonnes dispositions de leurs chefs, et repartirent dès le lendemain pour leur rendre compte de ce qui venait de se passer.

En même temps Bienville expédia un Canadien hardi et adroit , dans une pirogue , en compagnie d'un sauvage Illinois , pour aller passer la nuit devant le village des Natchez, et les observer, puis ensuite remonter plus haut le fleuve et pré-

venir les quinze Français du sort qui les attendait.

Pour être plus sûr que son avis parviendrait à sa destination, il remit au Canadien une douzaine de grandes feuilles de parchemin, sur lesquelles il avait écrit en gros caractères :

« Les Natchez ont déclaré la guerre aux Français; et M. de Bienville est campé aux Tunicas. »

Et il ordonna à son messager de planter ces parchemins le long de la rivière.

Le 8 mai, huit chefs Natchez se rendirent auprès de de Bienville, et lui offrirent en dansant le calumet. De Bienville le refusa, et leur demanda brusquement quelle satisfaction ils pouvaient lui donner pour les cinq Français assassinés. Ces malheureux demeurèrent anéantis. Bienville les fit arrêter aussitôt, et mettre aux fers. Ils se prirent alors à chanter leur chant de mort. Le soir, trois d'entre eux, le Grand- Soleil, le Serpent-Piqué, et le Petit-Soleil furent conduits devant le commandant français, qui les rassura sur ses intentions, leur dit qu'il les savait innocents du crime, mais qu'il exigeait d'eux qu'en qualité de chefs, ils donnassent les ordres nécessaires pour qu'on lui rapportât les têtes des coupables.

— C'est justice, leur dit-il; quand des Français ont lue des sauvages, je les ai fait exécuter, vous le savez

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bien ; quand des Indiens de tribus hostiles ont assassiné des Indiens des tribus nos alliées, je les ai fait périr également. Il faut donc que les Natchez qui ont tué les Français soient punis.

Ce fut le Petit-Soleil qui partit pour cette diiïicile niission, et il revint le lA mai, rapportant trois têtes, et ramenant deux Français qui faits prisonniers, allaient être brûlés au moment où il était arrivé au village. Mais le principal auteur et l'instigateur de tous ces crimes, le chef Oyelape (la Terre-Blanche), était parvenu, disait Petit-Soleil, à s'échapper, et il était difficile de pouvoir l'arrêter. Deux autres des chefs prisonniers déclarèrent qu'ils se faisaient fort de prendre Oyelape, et ils partirent laissant en otages leurs six autres camarades.

Le Serpent-Piqué fit alors d'étranges révélations à Bienville, et lui dénonça les auteurs de ces assassinats, s'engageant en son nom et au nom des autres chefs ses frères de faire bonne alliance avec les Français, de rechercher et de faire mettre à mort les coupables en fuite; que, quant aux autres, ils étaient dans les prisons.

Ces coupables furent fusillés. L'un d'eux, nommé le Barbu, entonna au moment de mourir, son chant de guerre, nomma les cinq Français qu'il avait fait tuer et déclara qu'il regrettait de n'en avoir pas tué davantage.

« Le Serpent-Piqué, dit M. de Richebourg, qui « pour lors était le seul de sa nation parmi nous,

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« récoulait attentivement, et dit à M. de Bienville : « — C'est mon frère, mais je ne le regrette point, « tu nous défais d'un méchant homme. »

A la suite de ces événements il y eut un traité de paix passé avec les Natchez, et dont Bienville profita pour faire élever un fort et mettre garnison sur leur territoire.

Cette sévère leçon ne paraît pas avoir porté fruit, car sept ans après, Bienville fut obligé d'entreprendre une seconde expédition contre les Natchez, « pour <' les punir, dit M. Gayarré, d'avoir tué plusieurs « colons, et d'avoir pillé leurs habitations. Il partit « avec sept cents hommes , et ne revint qu'après « avoir obtenu les têtes des principaux coupables. »

On le voit, c'est toujours, de la part des Indiens, le même système, la même politique. Ils débutaient par l'assassinat et par le pillage. Fallait-il donc les laisser faire?

Les Nalchez mirent enfin le comble à leur trahison en massacrant, le 28 novembre 1728, tous les Français qui se trouvaient sur leur lerritoire. « Il en périt « plus de deux cents, dit M. Gayarré; ce fut, en petit, « un renouvellement des Vêpres siciliennes. Ce coup « eut d'autant plus de retentissement, et excita d'au- « tant plus de craintes, que Ton crut qu'il y avait

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