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« contre les Français une conspiration générale de « toutes les tribus indiennes. Si ces craintes avaient « été fondées, et si une coalition avait eu lieu parmi « toutes les nations sauvages, il est hors de doute que <i la colonie (la Louisiane) eût été détruite de fond « en comble. Car d'après une dépêche de d'Arta- « guette, du 9 décembre, il paraît que les nations « établies sur les principaux fleuves de la Louisiane « pouvaient mettre sur pied de seize à dix-sept mille « hommes, et que parmi celles qui étaient dans les « lerres, la nation des Ghactas comptait à elle seule dix (( mille guerriers. »
Comme une prévision du secours immense que les Français pouvaient tirer de leur alliance prochaine avec les Chactas, M. d'Artaguetle disait, dans la dépêche mentionnée au paragraphe précédent :
« Cette nation sera un jour le soutien ou le boule- « versement de cette colonie, parce que toutes les au- « très ne sont pas capables de lui résister. »
La façon dont les Natchez combinèrent leur plan de massacre mérite d'être relaté, et dénote chez ces sauvages une fourberie merveilleuse.
Ils s'étaient armés et atfublés comme s'ils allaient entreprendre une grande chasse. Ils visitèrent les principaux habitants fiançais qu'ils connaissaient le mieux, et empruntèrent leurs fusils, leur promettant au retour de bons approvisionnemenls en gibier. Puis, pour éloigner tout soupçon, ils se rendirent au fort et payèrent entre les mains de l'officier leur
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tribut en nature. Affectant sur tous les points la plus complète indifférence, ils étaient parvenus à s'introduire dans toutes les maisons. Au signal donné, le massacre commença partout à la fois, en sorte qu'en un clin d^œil presque tous les malheureux Français, au nombre de plus de deux cents, périrent, tandis que les Natchez ne perdirent que douze des leurs par l'héroïque défense d'un des habitants, La Loire des Ursins qui, de sa propre main, en tua quatre avant que de trouver lui-même la mort.
Cette attaque avait été préparée et ménagée depuis longtemps, de concert avec d'autres bandes sauvages qui, sur tous les points à la fois, commirent d'odieux attentats. Un missionnaire jésuite parvint à s'échapper des Yazous et arriva au camp français, dans ses habits sacerdotaux, et blessé de deux coups de feu au bras ; il avait été attaqué au moment où il s'apprêtait à dire la messe. Quatre ou cinq Français qui se trouvaient à ses côtés avaient péri, deux autres étaient parvenus à s'évader.
Cette trahison des Yazous était d'autant plus odieuse que peu de jours auparavant le chef de cette petite nation avait envoyé des messagers auprès du gouverneur de la Louisianne, pour lui faire des protestations de bonne amitié.
Ge gouverneur (Périer), dans un rapport sur ces événements, s'exprime ainsi : « Depuis le 2 décembre « (1729) je n'apprends que des nouvelles plus désa- « gréables les unes que les autres. Oii tue les Fran-
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« çais partout, sans que l'un puisse secourir l'autre. « puisque nous sommes également menacés et que « nous avons autant à craindre en voulant nous join- « drc qu'en restant dans nos postes. »
Non-seulement on tuait les Français, mais on les brûlait après leur avoir fait subir les plus cruelles tortures.
Les Natchez n'avaient massacré que les hommes, et avaient fait prisonniers les femmes et les enfants français, qu'ils résolurent d'envoyer chez leurs alliés les Chickassas, avec lesquels ils allaient désormais se fondre pour ne former plus qu'une même nation, redoutable par le nombre, par le courage et par les cruautés. Cet avis fut donné au gouverneur français par un nègre échappé de chez les Natchez, et qui raconta en même temps que les sauvages, après le massacre des Français, leur avaient coupé la tête, qu'ils avaient rangé d'un côté les têtes des officiers et des soldats, de l'autre celles des habitants, et qu'ils contraignaient les malheureux prisonniers à ce spectacle épouvantable.
Les Chickassas, tout en ayant vécu jusque-là en paix apparente avec les Français, étaient nos plus redoutablesennemis;c'étaienteux qui avaient ourdi la grande conspiration, en y entraînant les Natchez. L'alliance
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de ces deux tribus préparait à nos colons une rude besogne.
De leur côté, les Français avaient des alliés dans les Chactas, tribu puissante comme je l'ai dit, mais alliés intéressés et qui coil (aient fort cher, d'autant plus que la colonie était alors dans un état de pénurie réelle, tant sous le rapport de l'argent que sous celui des troupes.
Un fait consigné à cet égard dans un rapport du gouverneur Périer dénote un machiavélisme profond chez les Chactas.
« Les Chactas, dit-il, ont toujours voulu détruire « les Nalchez, et c'est nous qui les en avons empê- « chés. Il est venu de là que les Chactas ont conseillé « aux Natchez de donner sur nous, élant assurés que « nous nous servirions d'eux pour nous venger. Ce « qui est arrivé. Ils ont eu nos marchandises, celles « des Natchez, et, de plus, la satisfaction de se ven- « ger. Ce fait est constant. Les Natchez l'ont reproché « publiquement aux Chactas, et ces derniers s'en sont « vantés aux petites nations. »
Force fut néanmoins de prendre les Chaclas à notre service, et avec leur aide on entreprit la guerre contre les Natchez joints aux Chickassas. Mais cette guerre fut menée mollement, faute d'hommes ; et les Chactas, se voyant peu soutenus par les Français, n'osèrent pas trop s'aventurer.
Je lis dans une dépêche de Diron d'Arlaguette, ce qui suit à ce sujet (10 janvier 1731) :
« On peut dire maintenant que c'est de la faute de
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« M. Périer si les Natchez n'ont pas été détruits du « premier coup. Car les Chaclas s'étaient rendus au « jour assigné à dix-huit lieues de l'ennemi. Il ne s'y « trouva aucun Français pour les seconder dans une « occasion si favorable. Les Natchez étaient tous hors « de leurs forts à se divertir, ce qui obligea les Ghactas, « après qu'ils eurent appris de leurs coureurs qu'il « n'y avait point de Français le long du flejuve, de « profiter d'un moment si avantageux. Ils coururent « sus le 27 février (1730). Il y eut soixante Natchez « de tués et dix-huit faits prisonniers.
« Il aurait suffi, ajoute Diron d'Artaguette, de trente « hommes disciplinés pour empêcher les Natchez de « rentrer dans leurs fors; et si cela eût eu lieu, les « Chactas n'en auraient pas manqué un seul. »
Il est vrai que nos troupes étaient occupées à observer les Chactas eux-mêmes, de crainte d'une trahison.
Néanmoins, les Natchez avaient été harcelés par de petites etfréquentes attaques qui les avaient intimidés. Périer, avec l'aide de quelques trihus infimes ralliées momentanément à lui, avait fait, écrivait-il, tuer ou pendre une cinquantaine de Natchez. « J'ai brûlé ici « dernièrement, ajoute-t-il, quatre hommes et deux « femmes, et j'ai envoyé le reste à Saint-Domingue. »
On juge par là des représailles cruelles auxquelles entraînaient ces attaques, ces meurtres, ces trahisons.
A la suite de tout cela, la seule réparation qu'on obtint des Natchez fut la restitution des femmes et des enfants faits prisonniers au moment du massacre.
Les Nachez, joints aux Chickassas et enhardis par la mollesse de nos attaques, prirent bientôt une attitude arrogante, qui nécessita un siège en règle de plusieurs forts importants construits par ces sauvages. Délogés peu à peu, sous le feu meurtrier du canon, ils finirent par demandera traiter. Périer, qui jouait avec les Indiens un jeu égal, c'est-à-dire leur rendait cruauté pour cruauté, trahison pour trahison, fit répondre qu'il ne voulait avoir affaire qu'avec les chefs. Ceux-ci, au nombre de trois, Saint-Côme, le Petit- Soleil, et la Farine, se rendirent auprès de Périer. « Comme il pleuvait, dit M. Gayarré, le gouverneur « Périer les invita à s'abriter dans une cabane voisine « qu'il leur désigna du doigf. A peiney étaient-ils en- « très qu'ils y étaient prisonniers.
La Farine, quoique bien gardé dans une lente, parvint pendant la nuit à s'évader, et ne put pas être atteint par les coups de feu qu'on lira sur lui. Il ne restait plus néanmoins aux Nalchez qu'un dernier fort, qui fut enlevé et rasé. Ils se dispersèrent, mais ne tardèrent pas à signaler de nouveau leur présence par des déprédations, des incendies et des assassinats sur les Français. Sans territoire à eux appartenant désormais, ils allaient en aventuriers, attaquant les petites nations, et s'emparant de leurs villages où ils so for-