LE SAUMON FRANC
(Salmo Salar.)
Une notice des pêcheries du Canada serait incomplète sans une description du monarque de nos rivières, le saumon franc ou saumon ordinaire. La famille des salmonides est fort nombreuse : d’abord le saumon frane, le salmone illanken, le salmone schieffermuller, le salmone eriox, le salmone bergforelle, le salmone rouge, le salmone gaeden, le salmone huch, le salmone earpion, le salmone salveline, le salmone omble chevalier, le salmone taimen, le salmone nelma, le salmone lenok, le salmone kundscha, le salmone arctique, le salmone reidur, le salmone icime, le salmone lépechin, le salmone sil, le salmone lodde, le salmone blanc, le salmone varié, le salmone rené, le salmone rille, le salmone gadoïde, le salmone cumberland, etc., etc., je ne saurais mieux faire que d'emprunter à lillustre continuateur des œuvres de Buffon la description des habitudes du saumon franc :
“ Tout le monde croirait le saumon bien connu; et cependant combien peu de per-
sonnes mème très-instruites savent que parmi les différentes espèces d’animaux, il en est peu qui méritent plus que ce poisson l’observation du naturaliste, l'examen du physicien, les soins de l’économe.
“La nature des climats qu’il préfère, la diversité des eaux dans lesquelles il se plait, la vitesse de ses mouvements, la rapidité de sa natation, la facilité avec laquelle il franchit les obstacles, la longueur immense des espaces qu'il parcourt, la régularité de ses grands voyages, la manière dont il fraie, les précau- #ions qu'il paraît prendre pour la sureté des ‘êtres qui lui devront le jour, les travaux qu’il exécute, les combats que le force à livrer une sorte de tendresse maternelle, son instinct pour échapper au danger, les ruses par lesquelles il déconcerte souvent les pècheurs les plus ‘habiles, les dimensions qu’il présente, le bon goût de sa chair, l'usage que l'on peut faire de sa dépouille, tout, dans les habitudes et les propriétés du saumon doit être l’objet d’une attention particulière.
“Ce poisson se plait dans presque toutes les mers, dans celles qui se rapprochent le plus du pôle, et dans celles qui-sont les plus voisines de l'équateur. On le trouve sur les côtes occidentales de l'Europe, dans la Grande
Bretagne ; auprès de tous Îes rivages de la 6*
Baltique, particulièrement dans le Golfe de Riga; au Spitzberg; au Groënland ; dans le Nord de l'Amérique; dans l’Amérique Méridionale ; dans la Nouvelle-Hollande ; au fond de la manche de Tartarie; au Kamtschatka, ete. Il préfère partout le voisinage des grands fleuves et des rivières, dont les eaux douces et rapides lui servent d’habitation pendant une très grande partie de Pannée. Il n'est pas étranger aux lacs immenses ou aux mers intérieures qui ne paraissent avoir aucune communication avec l'Océan. On le compte parmi les poissons de la Caspienne ; et cependant on assure qu’on ne l’a jamais vu dans la Méditerranée. Aristote ne l’a pas connu. Pline ne parle que des individus de cette espèce que l'on avait pris dans les Gaules, et le savant professeur Pictet conjecture qu’on ne la point observé dans le lac de Genève, pareequ'il n’entre pas dans la Méditerranée, ou du moins parcequ’il y est très rare.
“ I] tient le milieu entre les poissons marins et ceux des rivières. S'il croît dans la mer, il croît dans l’eau douce ; si pendant l’hiver il se réfugie dans l'Océan, il passe la belle saison dans les fleuves. Il en recherche les eaux les plus pures; il ne supporte qu’avec peine ce qui peut en troubler la limpidité ; et c’est presque toujours dans ces eaux qui coulent
sur un fond de gravier, que l’on rencontre les troupes les plus nombreuses des saumons les plus beaux.
“Il parcourt avec facilité toute la longueur des plus grands fleuves. Il parvient jusqu’en Bohème par l’Elbe, en Suisse par le Rhin, et auprès des hautes Cordilières de l'Amérique Méridionale par l'immense Maragnon, dont le cours est de quatre cents myramètres. On a même écrit qu'il n’était ni effrayé, ni rebuté par une grande étendue de trajet souterrain ; et on a prétendu qu’on avait retrouvé dans la mer Caspienne des saumons du golfe Persique, qu'on avait reconnus a1x anneaux d’or ou d'argent que de riches habitants des rives de ce golfe s'étaient plus à leur faire attacher.
“ Dans les contrées tempérées, les saumons quittent ia mer vers le commencement du printemps; et dans les régions moine éloignées du cercle polaire, ils entrent dans les fleuves lorsque les glaces commencent à fondre sur les côtes de l'Océan. Ils partent avec le flux surtout lorsque les flots de la mer sont poussés contre le courant des rivières par un vent assez fort, que l’on nomme dans plusieurs pays vent de saumon. Ils préfèrent se jeter dans celles qu’ils trouvent le plus débarrassées de glaçons ou dans lesquelles ils sont entraînés par la marée la plus haute et la plus favorisée
par le vent. Si les chaleurs de l'été deviennent trop fortes, ils se refugient dans les endroits les plus profonds, où ils peuvent jouir, à une grande distance de la surface de la rivière, de la fraîcheur qu'ils recherchent ; et c'est par une suite de ce besoin de la frai:
cheur qu’ils aiment les eaux douces dont les bords sont ombragés par les arbres touffus.
[ls redescendent dans la mer vers la fin de d'automne, pour remonter de nouveau dans ‘les fleuves à l’approche du printemps. Plusieurs de ces poissons restent cependant pendant l’hiver dans les rivières qu’ils ont parcourues. Plusieurs circonstances peuvent les y déterminer; et ils y sont forcés quelquefois par les glaces qui se forment à l'embouchure avant qu’ils ne soient arrivés pour la franchir. “ Ils-s’éloignent de la mer en troupes nom:
breuses, et présentent souvent dans l’arrangement de celles qu’ils forment autant de régularités que les époques de leurs grands voyages. Le plus gros de ces poissons qui est ordinairement une femelle, s'avance le premier; à sa suite viennent les autres ‘femelles eux à deux et chacune à la distance d’un ou deux mèêtres de celle qui la précède ; les . mâles les plus grands paraissent ensuite, observent le même ordre que les femelles, et sont suivis des plus jeunes. On peut croire
que cette disposition est reglée par l'inégalité de la hardiesse de ces différents individus, ou de la force qu’ils peuvent opposer à l’action de l’eau.
“ils donnent contre un filet, ils le déchirent, ow cherchent à s’échapper par-dessous ou par les côtés de cet obstacle ; et dès qu’un de ces poissons 4 trouvé une issue, les autres le suivent, et leur premier ordre se rétablit.
“ Lorsqu'ils nagent, ils se tiennent au milieu du: fleuve et près de la surface de l’eau ; et comme ils sont souvent très nombreux, qu'ils agitent l’eau violemment, et qu’ils font beaucoup de bruit, on les entend de loin comme le murmure sourd d’un orage lointain. Lorsque la tempête menace, que le soleil lance des rayons très-ardents, et que l’atmosphère est . très échauffée, ils remontent les fleuves sans * s'éloigner du fond dela rivière. Des tonneaux, des bois, et principalement des planches luisantes flottant sur l’eau, les corps rouges, les couleurs très-vives, des bruits inconnus, peuvent les effrayer au point de les détourner de leur direction, de les arrêter même dans leur voyage, et quelquefois de les obliger à retourner vers la mer.
“ Si la température de la rivière, la nature de la lumière du soleil, la vitesse et les qualités de l’eau leur conviennent, ils voyagent len-
tement ; ils se jouent à la surface du fleuve; ils s’écartent de leur route ; ils reviennent plusieurs fois sur lespace qu’ils ont parcouru.
Mais s'ils veulent se dérober à quelque ‘sensation incommode, éviter un danger, échapper à un piège, ils s’élancent avec tant de rapidité que l’œil a de la peine à les suivre. On peut d’ailleurs démontrer que ceux de ces poissons qui n’emploient que trois mois à remonter jusque vers les sources d’un fleuve tel que le Maragnon, dont le cours est de quatre cents myriamèêtres, et dont le courant est remarquable par sa vitesse, sont obligés de déployer, pendant près de la moitié de chaque jour, une force de natation telle qu’elle leur ferait parcourir, dans un lac tranquille, quatre ou cinq myriamètres par heure ; et l’on a éprouvé de plus que, lorsqu'ils ne sont pas contraints à exécuter des mouvements prolongés, ils franchissent par seconde une étendue de vingtquatre pieds environ.
# On ne sera pas surpris de cette célérité si, l’on fait attention à la conformation du saumon. Les saumons ont dans leur queue une rame très-puissante. Les muscles de cette partie de leur corps jouissent même d’une si grande énergie, que des cataractes élevées ne sont pas pour ces poissons des obstacles insurmontables, C’est surtout, lorsque le plus gros
de leur troupe, celui que l’on a nommé” leur conducteur, à sauté avec succès, qu'ils s’élancent avec une nouvelle ardeur. Après toutes ces fatigues ils ont souvent besoïn de se reposer. Ils se placent alors sur quelque corps solide. Ils cherchent la position la plus favorable au délassement de leur queue,.celui de leurs organes qui a le plus agi; et pour ètre toujours prèts à continuer leur route, on pour recevoir plus facilement les émanations odorantes qui peuvent les avertir du voisinage des objets qu’ils désirent ou qu'ils craignent, ils tiennent la tête dirigée contre-le courant. Indépendemment de leur queue longue, agile et vigoureuse, ils ont, pour attaquer ou pour se défendre, des dents nombreuses et trèspointues qui garnissent les deux machoires et le palais, sur chazun des côtés duquel elles forment une ou deux rangées.
“ On trouve aussi des deux côtés du gosier un os hérissé de dents aigües et recourbées.
Six ou huit dents semblables à ces dernières sont placées sur la langue ; et parmicelles que montrent les mâchoires il y en a de petites qui sont mobiles. Le front, la nuque, les joues et le dos sont noirs ; les côtés bleuâtres ou verdâtres dans leur partie supérieure, et argentés dans l’inférieure ; la gorge et le ventre d’un rouge jaune ; les membranes branchiales jaw-
nâtres ; les pectorales jaunes à leur bâse et bleuâtres à leur extrémité; les ventrales et l’anale d’un jaune doré. La première nageoïre du dosest grise et tachetée, l’adipeuse noire, et la caûdale bleue.” Les mâles, ont d’ordinaire le tête plus grosse, le corps moins épais que les femelles. Leur mâchoire supérieure est plus avancée que’celle d’en bas, et lorsqu'ils sont parvenus à leur troisième année, elle devient plus longue et se recourbe vers l’inférieure.
J’ai mentionné ailleurs comment la femelle préparait la frayère ou lieu où elle entend déposer ses œufs. “ Lorsqu'un mâle trouve un autre mâle auprès des œufs déjà déposés dans la frayère, ou auprès de la femelle pondant encore, il l’attaque avec courage et le poursuit avec acharnement ou ne lui cède-la place qu’après l’avoir disputée avec obstination. Les saumons ne fréquentent ordinairement la frayère que pendant la nuit. Il arrive quelquefois cependant que les œufs pondus par les femelles et la liqueur séminale des mâles se mêlent uniquement par l'effet des courants.
“ Les saumons, vivent d’insectes, de vers, de jeunes poissons : on les voit s’élancer avec la rapidité de l’éclair sur les moucherons, les papillons, les sauterelles, et les autres insectes que les courants charrient ou qui voltigent
au-dessus de la surface des eaux.” Un observateur exact, le Dr. Henry, qui a écrit sur les pêcheries du Canada dit : “ Les jeunes saumous sont fort frêles : la moindre chose les tue. Ils sautent constamment à la mouche et si l’hamecon s’enfonce profondément dans leur mâchoire, cela suffit pour les tuer. On a fait beaucoup d'efforts pour les transporter des fleuves dans des étangs artificiels, mais, je pense, sans aucun succès. J'ai moi-même tenté, mais sans succès,de transférer les jeunes, de la rivière dans un étang alimenté par une autre eau— ils moururent dans moins de deux heures.” Bien que quelques individus de la nombreuse famille des salmonides aient été connus des anciens, rien ne démontre que le salmon franc, le véritable représentant de l’espèce, le fut des Grecs. Comment se faitil que ni Aristote, ni Athénée n’en fasse mention ?
Pline affirme dans son Histoire Naturelle, qu'il y avait dans la Dordogne et la Garonne, en Aquitaine, un poisson qu’il nomme salar :
il n’appert pas qu’il existàt en Italie. Ausone décrit dans son poëme de la Moselle, sous les noms de salar, fario et salmo, les différents âges de la truite de mer : ailleurs j’ai dit que la migration et la propagation du saumon étaient encore enveloppées de mystère,
On a pu lire dans l’Ornithologie du Canada,
que les hirondelles, les meries et autres oiseaux possédaient la mémoire et l'affection des lieux qui les ont vu naître ” : on peut en dire autant du saumon : (*) qui n’a été frappé d’étonnement en observant les efforts incroyables des saumons pour remonter chaque automne les rivières, pour y frayer! leurs légions s’élancent par dessus les chutes, les écluses ; rien ne les arrête: c'est là le moment où la loi doit intervenir : c’est alors le temps ou armé de toute son autorité, le législateur doit réprimer l’homme cupide qui voudrait tuer la poule qui pond les œufs d’or.
Ce sont principalement les gros saumons qui alors remontent les cours d’eau, et bien que leur chair soit hors de saison, néanmoins leur volume est tel qu’ils deviennent importants pour le commerce. Il faut donc que le saumon ait en tout temps DROIT DE PASSAGE
(*) Les journaux mentionnent à ce propos que la rivière Tay en Ecosse avait deux affluents, lesquels tout favorables qu’ils pussent être à l'existence du saumon, n’en avaient jamais contenu. Le Duc de Sutherland fit en 1835 déposer un couple de saumon (mâle et femelle) dans chaque affluent et en 1836 ces poissons s'étant reproduits, les jeunes fidèles à leur instinct, remontèrent ces cours d’eau, où de mémoire d'homme il n’en avait jamais été préalablement vu.
dans toutes les rivières : il faut au temps du frai une PROHIBITION expresse de le capturer.
“ Nos estuaires a saumons, dit le Dr. Henry, peuvent devenir aussi précieux que ceux de la Grande-Bretagne, de l’Ecosse et de l’Irlande. Le droit de pêche à Ballyshannon s’afferme chaque année pour £2,500 à £3,000 et produit un profit clair à l’exploitateur de £1,400 à £1,600 par année. On peut en dire autant de Coleraine : plusieurs cours d’eau en Ecosse sont d’une valeur aussi grande; mais les pêcheries sur la rivière Tweed ont produit ces années dernières jusqu’à £15,700 par année:
on exportait pour Æ£54,000 de saumons au marché de Londres.”
M. H. Warren, citant M. Perley, s'exprime ainsi :
“ Lorsque le monopole odieux de la compagnie de la Baie d'Hudson sera aboli ; lorsque les grandes rivières du Canada seront protégées, contre l’effet des chaussées, des filets, des dards aux flambeaux ; contre l’abus de darder le saumon à l’endroit où il dépose son frai, contre les rets à la derive et d’autresabus exercés contre ce noble poisson ; alors dans son humble opinion, les rivières du Canada seront suffisantes pour alimenter, et la grande population du Canada, et celles des états de l’ouest : même à présent les marchés de Boston et de
New-York en sont en grande partie approvisionnés par le Canada.
“ Il est presqu’'impossible d’estimer la valeur des pêcheries du saumon du Bas-Canada, les— quelles ont depuis quelques années diminuées de valeur des neuf dixièmes.
“ Si les pêcheries de saumon du Bas-Canada étaient préservées de la destruction que je viens d’'énumérer, leur valeur excèderaiït $1,- 000,000 par année. Vous pouvez trouver ce chiffre exagéré, mais examinez attentivement le sujet dans tous ces points. Il est convenu par toutes les autorités que les pêcheries d'Irlande valent £500,000. Que sont ces pècheries comparées aux nôtres ? Regardez nos rivières du Canada et cette partie du Labrador qui appartient au Canada, territoire cinq fois de la grandeur de l'Irlande et avec de splendides estuaires qui donneraient la.mème quantité de saumons qu’ils prennent là si elles étaient protégées avec une bonne police comme ils le sont en Irlande, ”
LA TRUTES:
(Salmo fontinalis.)}
“ La truite n’est pas seulement un des poissons les plus agréables au goût, elle est encore un des plus beaux. Ses écailles brillent de l’éclat de l'argent et de l'or, un jaune doré mêlé
de vert resplendit sur les côtés de la tète et du corps. Les pectorales sont d’un brun mêlé de violet ; les ventrales et la caudale dorées; la nageoïre adipeuse est couleur d’or avec une bordure brune; l’anale variée de pourpre, d’or et de gris de perle ; la dorsale parsemée de petites gouttes purpurines ; le dos relevé par des taches noires et d’autres taches rouges entourées d’un bleu clair réfléchissant sur les côtés de l’animal les nuances vives et agréables des rubis et des saphirs.
“ On la trouve dans presque toutes les contrées du globe, et particulièrement dans presque tous les lacs élevés....1l parait que le poëte Ausone est le premier auteur qui en ait parlé.
“ La tête de la truite est assez grosse; sa mÀchoire inférieure un peu plus avancée que la supérieure et garnie, comme cette dernière, de dent spointues et recourbées. On compte six ou huit dents sur la langue ; on en voit trois rangées de chaque côté du palais. La ligne latérale est droite; les écailles sont très-petites; la peau de l’estomac est très-forte ; et ily a soixante vertèbres à l’épine du dos, de chaque côté de laquelle sont disposées trente côtes.”
On pêche en Canada des truites de toutes les grosseurs et pesant de deux onces à vingt livres.
TT [ee
“ La truite aime une eau claire, froide, qui descend de montagnes élevées, qui s’éehappe avec rapidité, et qui coule sur un fonds pier- 5 + ÉRtR
“ Les grandes chaleurs peuvent incommoder la truite au point de la faire périr : aussi la voit-on vers le solstice d’été, lorsque les nuits sont très-courtes et qu’un soleil ardent rend les eaux presque fièdes, quitter les bassins pour aller habiter au milieu d’un courant, ou chercher près du rivage l’eau fraîche d’un ruisseau ou celle d’une fontaine. Elle peut d'autant plus aisément choisir entre ces divers asiles, qu’elle nage contre la direction des eaux les plus rapides avec une vitesse qui étonne l'observateur, et qu’elle s’élance audessus de digues et de cascades de plus de deux mètres de haut.
“ Elle ne doit cependant changer de demeure qu'avec précaution. Le tribun Pénières assure que, si pendant l’étéles eaux sont très-chaudes, et qu'après y avoir pèché une truite on la porte dans un réservoir très-frais, elle meurt bientôt, saisie par le froid soudain qu’elle éprouve. |
“ Il parait que le temps du frai de la truite varie suivant les pays et peut-être suivant d’autres circonstances. M. Decandolle, naturaliste de Genève, écrit que les truites du Lae
Léman et celle du lac Neufchâtel remontaient dans le printemps pour frayer dans les rivières et même dans les ruisseaux.” En Canada, les truites fraient en automne. Elles montent quelquefois jusque dans les rigoles qui ne sont entretenus que par les eaux fluviales.
“ Elles cherchent un gravier couvert par un leger courant, s’agitent, se frottent, pressent leur ventre contre le gravier ou le sable, et y déposent des œufs que le mâle arrose plusieurs fois dans le jour de sa liqueur fécondante. Bloch a trouvé dans les ovaires d’une truite des rangées d'œufs gros comme des pois, et dont la couleur orange s’est conservée pendant longtemps, même dans l'alcool. D’après cette grosseur des œufs de truites, il n’est pas surprenant qu’elles contiennent moins d'œufs que plusieurs autres poissons d’eau douce ; et cependant elles multiplient beaucoup, parceque la plupart des poissons voraces vivent loin des eaux froides, qu’elles préfèrent.
“ On marine la truite comme le saumon, et on la sale comme le hareng. Mais c’est surtout lorsqu’elle est fraîche que son goût est trèsagréable. Sa chair est tendre particulièrement pendant l’hiver; les personnes même dont l’estomac est faible la digèrent facilement, Pendant longtemps ce salmone a été nommé, dans plusieurs pays, le roi des poissons d’eau
douce ; et dans quelques parties de l'Allemagne les princes s’en étaient réservé la pêche.
“ Pour former un bel étang à truites, ïl faut une vallée ombragée, une eau claire et froide, un fond de sable ou de cailloux placé sur de la glaise ou sur une autre terre qui retienne les eaux; une source abondante ou un ruisseau qui, coulant sous des arbres toutfus, et n’étant pas très éloigné de son origine, amène en été une eau limpide et froide : des bords assez élevés pour que les truites ne puissent pas s’élancer pardessus; de grands végétaux plantés assez près de ces bords pour que leur ombre entretienne la fraîcheur de Peau ; des racines d’arbres ou de grosses pierres entre lesquelles les œufs puissent être déposés ; des fossés ou des digues pour prévenir les inondations des ravins ou des rivières bourbeuses ; une profondeur de trois mêtres ou environ, sans laquelle les truites ne trouveraient pas un abni contre les effets de l’orage, monteraient à la surface de l’eau lorsqu'il menacerait, y présenteraient souvent un grand nombre de points blanchâätres ou livides, et périraient bientôt ; une quantité très considérable de loches ou de goujons, et d’autres petits cyprins dont les truites aiment à se nourrir, ou une très-grande abondance de morceaux de foie hachés, d’entrailles d’ani-
maux, de gateaux secs, faits de sang de bœuf et d’orge mondé ; des bandes garnies d’une grille assez fine pour arrêter l’alevin; une attention soutenue pour éloigner les poissons voraces, les grenouilles, les oiseaux pêcheurs, les loutres, et pour casser pendant l'hiver la glace qui peut se former sur la surface de l’eau.
“ Lorsque pour peupler cet étang, on est obligé d’y transporter des truites d’un endroit un peu éloigné, il n’en faut placer dans chaque voie qu’un petit nombre de ces poissons, renouveller l’eau dans laquelle on les a mis et l’agiter souvent.”
Il y a plusieurs variétés de truites: la truite de mousse, truite de petite rivière, truite noire, truite blanche, truite rouge et truite brune.
“# L'homme d'Etat doit les encourager comme une
‘* seconde agriculture ; l'homme des champs doit
“les adopter comme une nouvelle source de ri- * chesse et de plaisir.”
Efets de l’art sur les poissons.