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PECHE AU MAQUEREAU

Longtemps, trop longtemps, nos énergiques et entreprenants voisins des Etats- Unis ont eu le monopole exclusif de la pêche au maquereau dans les eaux canadiennes. Je suis heureux de pouvoir dire : ce monopole est disparu, pour toujours, il faut l’espérer, et tout porte à le croire.

Fatigués d'assister aux succès toujours croissants des pêcheurs de Gloucester qui, chaque année, venaient à leurs portes, receuillir une moisson abondante, les pêcheurs de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick se sont mis à l’œuvre. Aujourd’hui ils font eux-mêmes cette pêche sur une grande échelle et en retirent de beaux profits. Ils peuvent avec orgueil montrer une belle flotte de fines goëlettes qui, par la symétrie de leurs lignes et leurs qualités nautiques, soutiennent avantageusement la comparaison avec les goëlettes américaines reputées les meilleures du monde entier. Non seulement possèdent-ils ces goëlettes équippées avec le plus grand soin, mais ils ont aussi adopté les engins de pêche les plus modernes et les plus améliorés, et ils exploitent cette industrie avec tout le tact et toute l'intelligence nécessaire au succès d’une entreprise quelqu’elle soit, mais surtout indispensables pour la pêche au maquereau. Cette pêche, en effet, est difficile, précaire et incertaine. De deux goëlettes, parties ensembles du même port d'armement, l’une peut sillonner le golfe St. Laurent en tous sens pendant plusieurs jours sans rencontrer un seul banc de poisson, tandis que l’autre complètera sa cargaison dans une quinzaine et quelques fois en moins de temps encore. Elle demande donc, de la sagacité, une vigilance de tous les instants et une persévérance à toute épreuve—qualités qui distinguent nos pêcheurs des provinces maritimes, mais aussi faite avec ces conditions, elle est généralement heureuse, donne de gros profits et est certainement digne de l'attention sérieuse de nos populations maritimes et des capitalistes de tous les pays,

Il est à espérer que la Province de Québec, qui jusqu’à ce jour n’a donné que peu ou point d'attention à cette pêche aura aussi bientôt sa flotte de goëlettes à maquereau.

Grand nombre d'amateurs et de pêcheurs américains, en venant exploiter cette industrie chez nous, ont acquis, les uns de grandes fortunes, les autres une honnête aisance : Nos concitoyens des Provinces maritimes imitant cet exemple, y trouve une source précieuse de bons revenus. Québec ne pourrait-il faire la même chose ? LE d’affaires sont-ils moins intelligents, les pêcheurs moins habiles et moins

ardis

Ceux qui, à l’époque de la canicule, fuient les chaleurs et l’abmosphère vicié des villes pour venir respirer à pleins poumons l'air pur et vivifiant du golfe St, Laurent, et qui, généralement, prennent passage à bord du “ Miramichi.” ou autre steamer de la populaire ‘ Compagnie des ports du Golfe,” ont souvent rencontré dans leurs visites aux Provinces inaritimes, ces jolies goëlettes de la Nouvelle-Ecosse et de l'Ile du Prince-Edouard, et les ont aussi souvent prises pour autant de bateaux ü: plaisir croissant dans le golfe, tant elles luttent entre elles de propreté et d'élégance, tant elles.

paraissent coquettes avec leurs mats élancés et leurs grandes voiles blanches. “ Mais nous dit le Dr. Fortin, si vous les approchez, vous reconnaissez bien vite votre erreur ; car sur le pont de chacune d'elles, vous pouvez voir dix, quinze on vingt hommes activement occupés les uns à prendre du maquereau, les autres à saler et caquer le poison déjà capturé ou à réparer les filets et autres engins de pêche. Ce qui frappe surtout le visiteur, c’est l’ordre admirable qui règne à bord de ces bateaux-pêcheurs, nonobstant que leur cales soient remplies de poisson et leurs ponts encombrés de barils, filets, sacs e sel, lignes, etc.

Les ‘“gcélettes à maquereau ” ont ordinairement une capacité de 60 à 100 tonneaux et sont montées par dix à quinze hommes péchant “ à la part.’ Elles ont peu de profondeur, mais, par contre, sont très larges et très élancées à la poupe et à la proue ; ce qui leur donne un pont spacieux où peuvent se faire facilement les opérations du caauage et de la salaïison. Les grandes voiles en coton qui les couvrent, leur permettent de profiter de la moindre petite brise lorsqu'elles sont à la recherche de bancs de poisson.

Pour la pêche au maquereau dans le golfe, l’on se sert de la ligne et du hameçon, du filet traînant et de la seine-bourse. Le filet fixe, la seine ordinaire de grandeurs différentes, les trappes, nasses, etc. sont en usage le long des côtes, dans les anses, hâvres et baies où se fait cette pêche.

La pêche au hameçon suppose de l’appât : avant de quitter leur port d'armement, les pêcheurs se pourvoient de plusieurs barils d’un petit poisson, très gras, appelé en anglais “ poggie.” Ce poisson, haché menu par un instrument ressemblant assez à une machine à couper les légumes, sert à attirer le maquereau à la surface de la mer et à amorcer les hamecçons.

Les filets traînants, variant en dimensions de vingt à trente brasses de longueur et de quatre à six de profondeur, s’attachent au nombre de trente, quarante, cinquante, etc., à l'arrière ou à l’avant—suivant les circonstances—d’un bateau qu’on laisse aller à la dérive.

Aveo la seine-bourse, l’on entoure rapidement les bancs de maquereau que la diffusion du “ poggie ” a attiré à la surface de la mer, et lorsque le filet est jeté, on plisse la partie inférieure, en forme de bourse, au moyen d’un système ingénieux de cordages, anneaux et poulies. Le filet ainsi plissé tient enfermé le maquereau que l’on prend à loisir et à mesure que les hommes de l'équipage salent et encaquent.

Le filet fixe est attaché le soir à l'entrée d’un havre ou d’une baie où le maquereau abonde, et le matin suivant le pêcheur va prendre le poisson qui s’est MAILLÉ pendant la nuit,

La seine ordinaire dont les dimensions varient de cinquante à deux cent cinquante brasses de longueur sert à entourer les bancs de poisson qui approchent du rivage. Un des bouts de la seine est confié à un certain nombre d'hommes sur le rivage et le bateau contenant le filet fait aussi rapidement que possible le tour du banc de poisson. Cette opération terminée, les hommes du bateau sautent à terre avec l’autre bout de la seine et l’on tire le filet aussi près que possible de la rive. Suivant la grandeur de la seine dont on fait usage, quatre cent, mille, deux mille barils de maquereaux sont capturés d’un seul coup de filet,

Les trappes, nasses, etc., varient de formes presqu’à l'infini, suivant les besoins du moment, les circonstances des lieux et l'esprit plus ou moins inventif de celui qui en fait usage.

De tous les poissons qui fréquentent les eaux canadiennes, le maquereau est un des plus appréciés. On le rencontre au large des côtes de la Nouvelle-Écosse, dans la Baie de Fundy, dans le Détroit de Canso, mais nulle part plus abondant que dans le golfe St-Laurent, surtout autour de l’île du Prince-Edouard, dans la Baie des Chaleurs et aux îles de la Madeleine.

Les produits de notre pêche au maquereau sont encaqués en saumure pour la plus

grande partie. L'on en exporte aussi à l’état frais ou conservés en boîtes de la même manière que le homard. Nos meilleurs marchés sont les Etats-Unis, quoique la

Grande-Bretagne et les Antilles nous en achètent aussi une certaine quantité. La vente de ce poisson a rapporté, en 1883, un million deux cent cinquante mille piastres, mais cette somme pourrait être considérablement augmentée, car il y a place encore pour un bon nombre d’autres goëlettes et pour des milliers de bras.

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