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PECHE A LA MORUE

De toutes les pêches maritimes du Canada, la plus importante, de beaucoup, est La pêche à la morue. Elle emploie des milliers de bras et fournit le plus fort contigent à notre commerce d'exportation de poisson.

A la Nouvelle-Ecosse, au Nouveau-Brunswick et dans la partie inférieure de la Province de Québec elle constitue une des insdustries les plus importantes.

En 1883, les pêcheurs canadiens ont pris et préparé pour le commerce, un million, six cent onze mille, cing-cent quatre-vingt seize quintaux de morue, égaux en valeur à six millions, trois eent so.rante et six mille piastres.

A cela, il convient d'ajouter: deux cent quarante cinq mille, quatre cent cinquante-trois livres de morues et langues de morue et trois cent trente-trois mille, trois cent onze gallons d'huile, valant un quart de million de piastres et nous donnant pour les produits de la pêche à la morue, un grand total de six millions six cent seize mille piastres. divisé comme suit entre les différentes Provinces maritimes de la Confédération, viz:

Nouvelle-Ecosse....... . sos verse ne +. $83,977,599 00 Québes ; 9 sv sure or va d k FRET ... 1,778,290 00 Nouveau-Brunswick NL A TT RTE 716,496 00 Ile du Prinde-Edouard ...,............ css. 144,170 00

Dans cette somme de $6,616,555, ne sont pas compris les millions de livres de morue consommées sur place par les vingt mille familles de pêcheurs que cette industrie fait vivre.

La morue, conduit par cet instinct qui guide tous les êtres animés, fait son apparition sur les côtes canadiennes à des dates incertaines, généralement du quinzième jour de mai au commencement du mois de juin. quelquesfois dans les derniers jours du mois d'avril et quelquesfois aussi, mais rarement, pas avant la dernière quinzaine de juin. Ces variations de quelques Las ou quelques semaines dans l’époque de l’arrivée de la morue, ont pour causes, les courants, les vents, la température ce qui déter-

minent les migrations vers nos côtes des nombreuses variétés de petits poissons dont se nourrit le gadus.

L'on rencontre la morue en bien plus grande abondance dans certaines localités offrant plus d'avantages pour l’éclosion et la préservation du frai. Immédiatement après avoir déposé ses oeufs, elle se rend sur les bancs ou haut-fonds où elle trouve en abondance la nourriture nécessaire pour rassasier son appétit vorace. Vers le mois de décembre, elle quitte les côtes et les bancs qui les avoisinent pour se retirer à la haute mer.

La saison de la pêche à la morue varie dans les différentes Provinces maritimes, commençant plus tôt à la Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick où le climat est. moins sévère que dans la Province de Québec. Généralement, les bâteaux prennent la mer, en avril à la Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick, en mai à Québec, et la campagne se termine an mois de novembre.

Le hareng et le caplan, avant-coureurs de la morue, nous annoncent chaque printemps l’arrivée de cette dernière.

Le caplan est un joli petit poisson de sept à huit pouces de longueur qui chaque printemps, nous arrive en masses compactes, remplissant pour ainsi dire, chaque baie et chaque ause formée par la nature accidentée des côtes. Après un séjour de six où sept semaines près des rivages où il vient frayer, il disparait et va chercher une retraite dans les profondeurs de la mer où il demeure jusqu’à l’époque du frai l’année suivante.

Durant tout le temps que le caplan, en bancs immenses, se presse le long des côtes, la morue qui suit de près, festoie, dévore des millions de ces petits poissons et peut satisfaire la voracité bien connue de son appétit. Aussi le temps du caplan est-il tôujours pour le pêcheur le temps par excellence, car il est assuré d’une riche moisson tant qu’il peut offrir pour appât à la morue ce petit poisson dont elle est très friande.

Pendant tout le temps que dure le caplan, chaque établissement de pêche un peu considérable, emploie deux ou trois bâteaux, montés chacun par sept hommes appelés Seineurs. Jour et nuit ces bâteaux parcourent les côtes à la recherche du caplan. Rencontre-t-on un banc de ce poisson, de suite la seine est jetée, le bâteau est chargé, et les Seineurs font force de rames pour arriver le plus tôt possible à l'établissement et distribuer frais, aux pêcheurs, le caplan capturé ; chaque bâteau pêcheur recevant une part égale du poisson ainsi apportée par les Seineurs.

Les bateaux pêcheurs de grandes dimensions, employés à la pêche à la morue sur les bancs et à la haute mer, sont obligés de venir de temps à autre dans les hâvres et baies pour y capturer du caplan frais. Ils en prennent de grandes quantités, suffisantes. pour l’appât de plusieurs jours, et le conservent au moyen de la glace ou de réfrigérants.

Il est difficile, à celui qui est peu au fait de nos pêches maritimes, de se faire une idée du nombre incalculable de caplan qui s’entassent, chaque printemps dans les anses formées par les rives du golfe Saint-Laurent. Du rivage, un homme peut en quelques minutes, avec une épuisette, remplir une charrette de ce poisson; et dans le même espace de temp, quatre où cinq hommes, avec une seine ordinaire, peuvent charger un bateau de huit à dix tonneaux.

Au dire des gourmets, le caplan frais est délicieux, et lorsque la science et l’expérience auront trouvé les moyens de le préparer de la même manière, ou à peu près, que la sardine à laquelle il ressemble d’ailleurs, ce poisson acquerra une haute valeur commerciale en raison des quantités immenses qui peuvent être capturées presque sans frais. Déjà, en plusieurs endroits des Provinces Maritimes des quantités considérables de caplan sont séchées, soigneusement mises en boîtes et envoyées sur les marchés des Etats-Unis ; et cette industrie grandit tous les ans au profit de ceux qui l’exploitent,

Vers la fin de juin, lorsque le caplan est complètement disparu des côtes, l’on offre à la morue, comme appât, du LANÇON, du hareng, du maquereau, de l'encornet, de l'éperlan et différentes espèces de mollusques.

Le lançon et l’éperlan se prennent à la seine de la même manière que le caplan, le hareng et le maquereau au moyen de filets trainants ou fixes et l’encornet avec un engin particulier que les pêcheurs nomment turlutte, morceau de plomb rond, long de six pouces, et qui à l’une de ses extrémités possède une tête garnie d’épingles recourbées. La pêche aux mollusques se fait à la main, ou avec des râteaux, sur les fonds vaseux de certaines baies et de certaines rivières.

La pêche à la morue se faisant, en Canada, presqu’exclusivement à la ligne, à la main ou à la ligne de fonds ou ligne dormante, le coût de l’appât pour cette pêche représente chaque année une somme très considérable, et qui, sans exagération, peut être comparée à un quart, au moins, de la valeur totale de la morue capturée. En outre, l’appât frais est presqu'indispensable à une bonne prise, et tous les ans, les pêcheurs canadiens se un temps précieux pendant la meilleure saison de pêche, parce qu’ils ne peuvent pas toujours offrir à la morue une boitte fraiche. Ilserait donc très désirable et bien important que l’on adoptât des moyens de diminuer le coût de l’appât et la perte de temps qui résulte du système actuellement en vigueur.

La Norvège, qui, de toutes les contrées de l’Europe, possède les pêcheries à la morue les plus importantes et qui fait aux produits canadiens une concurrence sérieuse sur les marchés au poisson du monde entier, est parvenue, à l’aide de la science, à améliorer, de beaucoup, son système de pêche pendant ces dernières années.

Les pêcheurs norvégiens font usage sur une grande échelle et avec succès, de filets fixes pour la pêche à la morue.

Nos voisins des Etats-Unis, prompts à faire usage de tout engin amélioré qu'ils n'inventent pas eux-mêmes, se servent aussi de ces filets comparativement peu coûteux. Pourquoi nos pêcheurs canadiens n’imiteraient-ils pas cet exemple ?

Suivant de récentes statistiques, de vingt-six mille hommes employés à la pêche à la morue, au large des îles Lafoten, en Norvège, douze mille faisaient usage dè filets ; et il a été prouvé que ces derniers recueillaient une moisson bien plus abondante que ceux pêchant à la ligne à la main ou à la ligne de fonds.

Un journal de Gloucester, dans les Etats-Unis, relate le fait que le 12 décembre 1882, un bateau-pêcheur, monté par deux hommes seulement, et ayant à bord sept de ces filets, captura cinq mille poissons dans une seule nuit.

Monsieur James Feehan, de l’Ile du Prince-Edouard, écrit aux journaux de cette Province pour dire qu'il a admirablement bien réussi dans la pêche à la morue au filet, capturant en moyenne quinze cent à deux mille morues tous les jours.

Espérons donc que nos pêcheurs feront bientôt un usage général de ce nouvel appareil dont l'emploi produit de si beaux résultats dans les autres pays, et sauveront ainsi un temps précieux et une quantité considérable de hareng, maquereau et autres poissons, aujourd’hui dépensés comme appât, mais qui pourraient être expédiés aux marchés et produire de jolies sommes.

On pêche la morue en Canada, soit sur les grands bancs dans les vaisseaux pontés variant en dimensions de soixante à cent tonneaux, soit dans lés petits bateaux ouverts à quelques encablures du rivage.

La Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Bruswick semblent avoir le monopole de la pêche dans de grands bâteaux ; Je suis heureux de constater ici que l'architecture navale à fait des progrès sensibles dans ces deux Provinces pendant la dernière décade. Ce mouvement progressif permet aux pêcheurs d'augmenter considérablement la prise annuelle.

Il reste encore, cependant, dans ces deux Provinces, bon nombre de pêcheurs, surtout parmi cenx qui mènent de front la culture et la pêche, qui exploitent cette dernière industrie dans des petits bâteaux ouverts à une faible distance de leurs habitations.

De dix à quinze hommes montent les vaisseaux faisant la pêche sur les bancs ; ce nombre, cependant varie suivant les dimensions et le tonnage du bâteau pêcheur. Géné» ralement, l’armateur fournit au pêcheur un bâteau gréé et pourvu de tous les apparoils

de pêches nécessaires, et il a droit à la moitié de la prise, plus une part sur lautre moitié que l’on nomme “part du bâteau”? la balance est divisée entre les pêcheurs.

Aussitôt que les bâteaux sont arrivés sur les fonds de pêche, on jette l'ancre dans vingt, trente ou quarante brasses d’eau, la chaîne qui retient l’ancre étant remplacée par un câble en chanvre ou en coton. Chaque soir à quelque distance du bâteau, l'on jette des filets en bon nombre afin de se procurer de la boite fraiche pour la journée du Jendemain, et la pêche à la ligne de fonds commence et continue sans interruption, auit et.jour, en dépit du vent et la mer, jusqu’à ce que la cale du bâteau soit remplie de poisson tout tranché, salé et prêt pour le marché ou pour les manipulations du séchage. Alors le bâteau retourne à son port d'armement, et la morue est débarquée et expédiée verte ou saumurée aux marchés des Etats-Unis et de l’intérieur du Ca- Haas on bien lavée, sèchée et préparée pour l'exportation en Europe, aux Antilles, au

rézil, etc.

Si la chance favorise le pêcheur, si la morue et surtout la boitte, sont abondantes à l'endroit où il a d’abord jeté l’ancre, sa cargaison est promptement complétée ; mais quelquefois la morue ne donne pas là où l’on s’est d’abord arrêté ; il faut chercher de mouillage ; la boitte manque : il faut se rendre jusques dans les hâvres pour s’en procurer ; tous ces mouvements font perdre un temps précieux et retardent l’heure du retour au port d'armement.

Quoique plus coûteuse, la pêche avec de grands bâteaux pontés est bien plus”productive que celle qui se pratiqne le long des côtes sur des petits bâteaux ouverts. La morue de banc est aussi beaucoup plus grosse que la morue de terre ; elle est en outre de qualité supérieure et se vend un prix plus élevé sur tous les marchés. En moyenne, trente morues de banc sèchées suffisent pour faire un quintal.

Dans la Province de Québec et à l’Ile du Prince Edouard, la pêche se fait presqu’entièrement sur des bâteaux ouverts, soit dans le voisinage des anses et des baies où le pêcheur séside, soit sur de petits bancs à dix, vingt ou trente milles de la côte, Ces bâteaux, les meilleurs de leur classe peut-être dans le mondeentier, sont construits par les pêcheurs eux-mêmes. Leurs dimensions varient de vingt à trente pieds -e largeur, suivant l’usage auquel ils sont destinés. Ils sont fait à clins et de bois légers tels que cèdre, pin, sapin, etc. Pointus à la poupe comme à la proue, leur gréement consiste généralemont en deux voiles à baleston et un foc ; quelques-uns de ceux qui servent à la pêche sur les bancs sont grées comme de petites goëlettes. Afin que l’on puisse facilement les tirer de l’eau et les monter sur les grèves, advenant une tempête, ils sont comparativement très légers ; leur tirant d’eau ne dépasse pas trois pieds, ce qui leur permet de se réfugier souvent dans les petites rivières, assez nombreuses, qui se jettent dans le golfe St Laurent. Ils sont bons voiliers et tiennent admirablement bien la mer.

Deux de ces bâteaux, un du Cap Breton, un autre du comté de Gaspé, ont figuré à l'Exposition Internationale des pêcheries de Londres en 1883 et y ont attiré l'attention, même excité l’admiration des connaisseurs. L'un a mérité la médaille d’or et a été offert par le gouvernement canadien à Son Altesse Royale le Prince de Galles qui avait témoigné le désir d'en devenir possesseur ; l’au* édaille d'argent, a été acquis par un riche armateur anglais, et est employé à la .: e long des cotes d’Ecosse où ses bonnes qualités ont été et sont encore bien appreciees.

Malgré leurs bonnes qualités nautiques, malgré la hardiesse et l’habileté proverbiales de ceux qui les montent, ces bateaux sont cependant trop petits pour nous permevire de donner à Ja pêche à la morue toit le développement dont elle est susceptible. ‘Top svuvent forcés de fuir devant la temête, d'abandonner, à peine arrivés sur les fonds da pêche, la certitude d’une prise abondante pour ne pas s’exposer à être pris au large par un coup de vent, dont ils ne s’occuperaient guère s'ils montaient des bateaux pontés, les pêcheurs de la Province de Québec perdent tous les ans un temps précieux tandis que les pêcheurs des Provinces Maritimes recueillent une moisson abondante.

Les rapports des pêcheries des dernières années constatent une diminution sensible dans la quantité de poisson prise par les pêcheurs de la Province de Québec ; or ce déficit, de l'avis général, n’a pour cause que la perte de temps occasionné par les tempêtes fréquentes qui ont sévi dans le golfe.

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