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Le cadre restreint d’une lecture ne me permet pas de m’arrêter ici à une description de modes de pêche en usage au Canada et de la manière dont on y prépare la morue pour les marchés étrangers. J’ai d’ailleurs donné ces détails, assez au long, dans un travail que j'ai eu l'honneur de lire à Londres, en 1883, au congrès des pêcheries, en relation avec l'Exposition Internationale des pêches qui se tenait alors dans la métropole commerciale de l’Europe.
Je ne puis cependant passer sous silence le fait que nous sommes encore dans l'enfance de l’art de pêcher. Nous faisons un usage bien trop exclusif de la ligne et du hameçon et les engins de pêche améliorés semblent nous être antipathiques, tant ils s’introduisent lentement dans notre pays.
Quoique nos rapports ofliciels constatent une augmentation annuelle assez. marquée dans la quantité de morue prise, si pourtant, nous prenons en considération le nombre toujours croissant de uos pêcheurs, nous pouvons dire que nos pêcheries restent stationaires. Et cet état de chose n’est certainement pas dû à une diminution dans la quantité de morue qui fréquente les eaux canadiennes, mais uniquement, je pourrais dire, aux moyens encore imparfaits que nous avons de faire la pêche, moyens que la routine semble avoir consacré et qui ne changeront qu'avec le temps.
Si nous exceptons quelques armateurs, amis du progrès dans les Provinces Maritimes, les capitalistes engagés dans l'exploitation des pêcheries canadiennes, sont, en général, apathiques et ne témoignent aucun désir, ne prennent aucune mesure pour tenir les pêcheurs qu’ils emploient au courant des idées progressives et des amélioraties nombreuses que les autres pays apportent, presque tous les ans, à leur système de pêche.
L’on est loin de suivre en Canada l'exemple que nous donnent l'Angleterre, les Etats-Unis, la France, la Norvège, etc., où la science vient en aide à l'expérience pratique et contribue puissamment au développement rapide de cette importante industrie.
Ce qui a le plus contribué, je crois, à paraliser les efforts industrieux de bon nombre de pêcheurs et àr rder le développement de nos pêcheries, est ce système d’avance et de crédit, qu et au pêcheur de s’endetter, au cemmencement de chaque saison de pêche, pour . .s somme à peu près égale au produit supposé de son travail pendant cette saison. Système vicieux, souvent mineux pour le marchand comme pour le pêcheur, inhérent à l'exploitation de certaines industries, inauguré ici il y a plus d’un siècle et encore plus ou moins en vigueur dans les différentes Provinces de la Confédération, connue d’aillenrs dans tous les pays où se fait la pêche, et dont la conséquence est d'enlever toute énergie, tout courage, tout esprit d’initiative et d'indépendance à ceux qui y sont soumis.
Si nous avions en Canada, dans chacune des Provinces des bureaux des pêcheries bieu organisés, modèlés sur les bureaux de commerce que possède chaque grand centré, et sous la direction de savants et d'hommes intelligents et pratiques qui se tiendraient au courant des inventions modernes, travailleraient à faire adopter ic1 les engins de pêche améliorés en usage dans les autres pays, encourageraient l'esprit d'entreprise chez les pêcheurs etc., les produits de notre pêche à la morue et autres pourraient être indéfiniment augmentés, car nous sommes singulièrement favorisés par la nature et par une Providence bienveillante qui ont mis à nos portes une source inépuisable de richesses maritimes.
Et les capitalistes qui engageraient des capitaux dans l'exploitation de nos pêcheries, ont la certitude de pouvoir toujours écouler facilement leurs produits. La morue sêche est considérée comme un article de nourriture indispensable par les habitants des pays chauds et les poissons saumurés ont des marchés illimités en Europe, aux Etats-Unis, aux Antilles et même en Canada.
Nous vendons chaque année aux pays catholiques de l'Amérique et de l’Europe pour six millions de piastres de morue séchée et notre poisson saumurée nous rapporte une somme encore plus élevée.
Tandis que très souvent, aujourd’hui, l’on éprouve beaucoup de difficultés à placer
sur les marchés et à écouler les articles produits par les manufactures, la demande pour le poisson ne faiblit pas. Et lorsque les voies ferrées, maintenant en construction, couvriront de leurs réseaux le Brézil, l'Espagne et autres contrées de la Méditerrannée, de même que le Canada, et permettront le transport facile, à l’intérieur de ces pays, de denrées de toutes sortes, il n’est pas douteux que la demande pour nos poissons augmentera encore. Il est donc évident qu’un pays possédant des pêcheries maritimes aussi importantes que les pêcheries canadiennes, trouvera toujours dans leur exploitation, une source de prospérité et de richesse que ni les fluctuations du commerce, ni les caprices de la mode ne peuvent diminuer.
Nos principaux marchés pour la morue sêche sont l'Italie, l'Espagne, le Portugal, le Brézil, les Indes Antilles et les Etats-Unis.
La plus belle et la meilleure morue sêche est préparée sur les côtes de Gaspé, dans la Province de Québec, où les effets détériorants des brouillards et des brumes, produit par le Gulf Stream, se font moins sentir. Cette morue est bien connue et bien appréciée sur les marchés de l'Espagne, de l'Italie, du Brézil, etc., où on l’expédie : la grande en grenier dans des vaisseaux à voile de cent à trois cents tonneaux, la petite dans des barils, de forme particulière, appelés toubes, du mot anglais tub, et contenant cent vingt huit livres.
Pendant tout le temps que dure l'opération du séchage et que la morue est exposée à l’action du vent et du soleil, si la température est favorable et le soleil brillant, si surtout les vents de l’ouest prédominent, ce poisson est séché sans peine et la qualité en est excellente; mais quelquefois les vents de l'Est, chargés de pluie, soufflent pendant des semaines entières et alors, en dépit de tout le soin et de toute l'attention possibles, la morue se gâte, le produit de plusieurs jours d’un travail pénible est perdu, car ni les pêcheurs, ni les armateurs, ni les savants qui se sont occupés de cette question, n’ont pu encore trouver les moyens d’cbvier aux effets destructeurs de l'humidité et des brouillards sur le poisson longtemps exposé à leur action.
Avant son expédition aux marchés, la morue est soigneusement choisie: la meilleure qualité est envoyé en Europe et au Brésil et l’inférieure aux Etats-Unis et aux Antilles.
La Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick et l'Ile du Prince-Edouard exportent principalement aux Etats-Unis, aux Antilles et au Brézill La Province de Québec envoie sa morue marchande en Europe et au Brézil, les Antilles achètent la qualité inférieure.
D’après les dernières statistiques que nous avons sur ce sujet et qui nous sont fournies par les rapports de la navigation et du commerce, les Antilles ont payé aux négociants canadiens, en 1883, deux millions de piastres pour morue sèche, les Etats- Unis au delà d’un demi million, le Brézil et l'Europe, chacun au delà d’un demi million et la Guyanne Angiaise deux cent cinquante mille piastres. D’autres contrées ont acheté pour des sommes moindres mais encore assez rondes.