INDUSTRIES INHÉRENTES A LA PÊCHE A LA MORUE
La morue est le plus profitable de tous les poissons : aucune de ses parties qui ne goit utilisée. Le corps est séché pour l'exportation, la tête, la langue et la nove sont de très bons articles de nourriture ; l’on tire du foie une huile employée pour lubrifier les machines, pour la préparation des cuirs, etc, etc., et dont les propriétés médecinales sont inappréciables ; les os et les entrailles, soumis à certains procédés chimiques, sont transformés en un engrais égal comme fertilisant au célèbre guano péruvien ; los œufs salés sont un appât très apprécié pour les pêches à la sardine et à l’anchois et de la vessie natatoire séchée, l’on obtient une excellente colle.
L'Angleterre et les Etats-Unis ont acheté du Canada, en 1883, de l'huile de morue pour un montant de cent ciquante mille piastres et des langues et noues saumurées
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pour cent vingt-cinq mille piastres. Les fabriques de guano de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick et de la Colombie Anglaise ont mis sur les marchés des produits estimés à cent mille piastres.
J’ai le regret de constater ici que la province de Québec ne possède pas encore une seule manufacture de guano. Des milliers de tonnes de débris de poisson, qui pourraient produire du guano pour une valeur d'au moins trente à trente-cinq mille piastres, sont jetées tous les ans à la mer et complètement perdues ; tandis que si des fabriques étaient établies sur les côtes du Labrador et de la Gaspésie, les fabriquants y trouveraient de beaux profits et les pêcheurs, sans trouble, sans frais, sans augmentation de travail, pour ainsi dire, pourraient disposer de produits jusqu'ici complètement perdus pour eux.
Ce que je viens de dire des débris de poissons peut également s'appliquer aux rognes de morue qui ne figurent pas dans le chiffre de nos exportations. Ét pourtant, nous pourrions avantageusement disposer de ce produit.
En France et en Espagne, où se font les pêches à la sardine et à l’anchois, l’on a besoin comme appât, pour ces pêches, d'au moins cinquante mille barils de rognes de morue tous les ans.
Dans des meilleures années de pêche, la Norvège envoie sur les marchés français et espagnols trente-cinq mille barils de ce produit: c’est la plus grande quantité que ce pays puisse fournir, et pendant les années 1881, 1882 et 1883, les pêcheurs norvégiens n’ont pu exporter que vingt-cinq mille barils. Il reste donc un déficit de vingt mille barils qu’il serait très facile aux pêcheurs canadiens de fournir, car ils jettent des milliers de barils de rognes tous les ans.
Lorsque les rognes leur font défaut, les pêcheurs à la sardine sont obligés, pour les remplacer d’avoir recours aux expédients et à des compositions chimiques très coûteuses.
Observons qu’un baril de rognes de morue bien préparé, vaut en moyenne cinquante francs ($10.00) sur le marché français. Multipliant vingt mille harils par ce chiffre de dix piastres nous avons une somme de deux cent mille piastres, jetées à la mer tous les ans par nos pêcheurs, parce que chez nous, aucun négociant ne s'occupe sérieusement de ce commerce.
I] y a quelques années des vaisseaux français parcouraient nos places de pêche, achetant toutes les rognes qu’ils pouvaient se procurer ; mais le déraut d’expérience, chez nos pêcheurs, dans la salaison de ce produit, et surtout l’absence d’une loi le soumettant à l'inspection, avant qu’il fut paqué pour l'exportation, ont été cause qu’un article de qualité inférieure a été fourni et a fait cesser ce commerce qui promettait de beaux bénéfices.
Nos pêcheurs pourraient aussi faire grandir et prospérer des fabriques de cordages, filets, hameçons, lignes, etc., et des établissements de tonnellerie. Jusqu’à présent, notre pays, jeune encore, est allé acheter des tabriquants de la mère-patrie et de la république vosine tous les agrès de pêche dont nos pêcheurs font usage; mais le besoin de manufactures de ce genre se fait maintenant sentir au Canada. Nos pêcheries sont assez étendues, notre commerce de poisson assez considérable pour faire prospérer ces industries chez nous, si nous leur donnions le million de piastres que nous distribuons chaque année parmi les marchands étrangers.
Ajoutons aussi, ce qui n’est pas d’une moindre considération, que l'établissement de fabriques d’agrès de pêche sur nos côtes fournirait de l’ouvrage à des milliers de bras et retiendrait au pays grand nombre de nos concitoyens.
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