‹ Les pêcheries du Canada [microforme]Chapitre 8 sur 18 · PÊCHE AU HARENG · texte numérisé non relu

PÊCHE AU HARENG

Nous trouvons dans le dernier rapport du Ministre de la Marine et des Pêcheries, que la pêche au hareng, qui occupe le second rang parmi les pêches maritimes du Canada, a produit, en 1883, deux millions et un quart de piastres. Cette somme ne comprend pas les quantités prises pour la consommation locale, employées comme appät pour la pêche à la morue, et charroyées sur les terres, comme engrais, dans plusieurs endroits de la Confédération. '

Le chiffre est rond, le résultat paraît beau, mais ils ne sont certainement pas en rapport avec l’abondance de ce poisson dans les eaux canadiennes, L'on ne donne pas ici à cette pêche toute l'attention qu’elle mérite. Je dirai même, qu’il n’y a, à proprement parler, pas de pêche au hareng régulière au Canada.

Plusieurs armateurs de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick et de l'Ile du Prince-Edouard équippent des goëlettes spécialement pour cette pêcl.e qu'ils font d’une manière très intelligente ; bon nombre de pêcheurs de ces trois provinces s’en occupent également; mais ces tentatives, toutes louables qu’elles soient, ne sont que des entreprises isolées.

Je surprendrai probablement plusieurs de mes lecteurs, en constatant que de toute la Province de Québec, qui compte six mille pêcheurs et possède onze cents milles de côtes maritimes et des baies nombreuses renommées par l'abondance du hareng qui s’y presse, il n’est pas exporté deux mille barils de ce poisson annuellement.

Les pêcheurs québecquois pourraient retirer d'immenses avantages de l’exploitation de cette industrie, mais ils se contentent d’en prendre ce qu’il leur faut pour les besoins de la pêche à la morue et pour la consommation dans leurs familles.

L'on trouve la raison de cette apathie dans le fait que les négociants de cette Province qui s'occupent de pêche, donnent tout leur temps et toute leur attention à la pêche à la morue et à la préparation de ses produits.

Pourtant, tous les printemps, à la saison du frai, une quantité énorme de harengs se presse sur les côtes de la Province de Quebec, leurs masses compactes couvrent des milliers d’arpents de la mer, et si nos pêcheurs étaient pourvus des appareils nécessaires, si surtout ils avaient l’espoir ou la perspective de disposer du produit de leur travail, ils pourraient facilement, en quelques jours, réaliser des milliers de piastres.

Le long du littoral du Golfe St. Laurent, du Cap-Chatte à la Pointe-au-Maquereau, dans la Baïe des Chaleurs, et surtout dans les baies magnifiques formées par le groupe des Iles de la Madeleine, les bancs de harengs sont si épais chaque printemps, que la pression qu’ils exercent les uns sur les autres, pression augmentée encore par la force du courant les tuent par milliers.

“ Il est absoïument imprssible, sans en être témoin,” nous dit le Dr. P. Fortin, “de se faire une juste idée de la prodigieuse abondance d'œufs de hareng déposés tout le long des côtes où ce poisson va frayer. J'ai vu maintes fois plusieurs milles continus du rivage couverts de ces œufs sur une épaisseur de deux et trois pieds.”

Sur la somme de deux millions et un quart, chiffre de nos exportations de hareng, la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick et l’Ile du Prince-Edouard, comptent au delà d’un millions et trois quarts, Ontario cent mille piastres et la Colombie Anglaise vingt-cinq mille piastres ; laissant à la Province de Québec une proportion ridicule comparée à l'étendue de ses côtes maritimes.

L’Angleterre emploie à la pêche du hareng une véritable flotte de vaisseaux variant de cinquante à cent tonpeaux. Elle engage dans cette industrie des capitaux énormes et une population de Mistrevingt mille hommes. Ses pêcheurs, munis de bons engins de pêche et montés sur de bons bateaux, vont à la recherche du hareng, jusque dans la mer du Nord.

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