‹ Les péchés mignons (volume 2)Chapitre 16 sur 78 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mois sur le marché, comme il faisnit dordinaire, et se hâta de j)asser au jardin.

Hélène se promenait à petits pas; elle aperçut l'abbé et courut à sa rencontre.

— Je suis à toi, ma fille... Veux-tu que nous nous asseyions, ou préfères-tu causer en marchant?

— Vous êtes assez fatigué, reposons-nous sous la tonnelle.

— Non pas, jai des impatiences dans les jambes... il me faut du mouvement... Ah çà ! tu dis <lonc que tu es bien malheureuse?...

— Je n"ai jamais dit un mot de cela, grand Dieu ! je ne l'ai jamais pensé... Je suis heureuse, la plus heureuse des femmes.

— Vrai?

— Oh ! bien vrai ! bien vrai !

— Tu me délivres d'un affreux cauchemar' l^uisque tu n'as qu'un petit chagrin , je n'en ai |)resque plus, moi... Et ce chagrin?

— 3Ie cause une odieuse douleur , m'empêche de dormir, me fait rêver.

— Hé 1 hé ! le moyen d'être la plus heureuse des femmes avec ce bel attirail, s'il te j)laît?

— Je suis heureuse par vous , mon père, par \ous et auprès de vous... mais je suis orpheline, je suis à charge à votre bonté , à votre générosité... et cela me tue.

92 LtS PÉCHÉS MIGNO>S.

<i Voilà roccasion, ou jamais, de mentir, pensa •1 l'abbé ; soyons brave, >> et il répondit :

— Ne t'ai-je pas avertie que tu es chez toi en étant chez moi ; que je suis l'obligé de tes parents, et que si je restituais ce qu'ils mont autrefois donné, tu partagerais presque par moitié mon patrimoine avec moi? Quant à ta position d'orpheline, ma pauvre chère enfant, il n'est pas d'une vertueuse chrétienne comme toi de se révolter contre la volonté d'en haut!

Il J'ai vraiment le front d'un page ! » se dit l'abbé tout bas.

— Que cette sainte volonté soit faite, je ne me révolterai pas... Mais, rassurez-moi, de grâce; ce que vous m'avez dit de ma famille, est-ce bien vrai? Ne mavez-vous rien caché?... Mon père, par exemple, est-il bien mort?... Vous avez des larmes dans les yeux... Pourquoi cela? Parlez, au nom du ciell...

— Ton père et ta mère sont morts , ma fille , balbutia le chanoine. Je t'ai dit la pure vérité ; il ne test plus donné que de prier pour eux. Ta douleur me bouleverse; voilà pourquoi je me suis prisa pleurer... Ah! ton pauvre vieil ami esl bien malheureux de ne pouvoir pas te consoler.

Pardon, mon bon père, pardon; je suis une ingrate de vous aflliger... mais j'ai |)réfcré mOiivrir à vous pliilùl (juc de nous cacher le fond de

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