CHAPITRE V
lourmillc de ces gens-là, qui, tous, appartiennent plus au diable qu'au bon Dieu... Mais nous oublions nos affaires, et le temps nous talonne. Je vais dans mon cabinet écrire quelques lettres, ranger mes livres et mes papiers. Toi, va faire tes préparatifs de départ... A propos, ce voyage te |)laît-il?
— Beaucoup, mon père, beaucoup; dabord, je le fais avec vous, et puis madame de Fontac paraît si bonne, et son fds est si intéressant.
— C'est bien, ma petite, c'est bien; ainsi te voilà plus calme ?
— Oui, mon père.
<i Cette fois, pensa le chanoine en prenant le chemin de son cabiitet, j"ai parlé comme un oracle; cet homme acharné sur les traces d'Hélène est, à n'en pas douter, le vicomte de Fontac, et s'il y a un vil mauvais sujet dans le monde, à coup sûr c'est ce misérable. Depuis un mois... 11 est depuis un mois à Paris ! Eh bien ! mon secret l'a échappé belle ! Ah ! miséricorde ! il me tarde dêtre au bout de la France, au bout du globe... Et c'est la Providence qui m'a envoyé ma chère Marie... Je vais être sur des charbons jusqu'à l'heure de mon départ. Oh 1 la patience m'échappe ! Vraiment, je ferais fort bien de mourir le plus tôt possible, car je me damne sur mes vieux jours. Aujourd'hui, deux gros péchés : j'ai
menti, et je mimpatienlc... et il nest encore que dix heures du matin... cela serre le cœur. »
M. de Brionne entra dans son oratoire et y resta longtemps en prière.
A l'heure convenue, la voiture de madame de Fontac s'arrêta devant la grille; et l'abbé, après avoir recommandé à Hélène et à Ursule de tout tenir fermé comme dans une place assiégée , s'élança lestement sur le marchepied et ordonna d'aller bon train.
La voiture toucha rue de Grenelle-Saint-Germain où elle prit la vicomtesse et son notaire. L'abbé fut contrarié de n'être pas en tête-à-tête. Il avait hâte de révéler à Marie la grande nouvelle dont il était si fort troublé.
— Ouf! fit le chanoine lorsqu'il se vit hors de Paris.
— A qui en avez-vous, mon père? demanda madame de Fontac.
— C'est l'air de la campagne qui me fait du bien... Vous ne sauriez croire avec quelle joie je sortirai tout de bon de ce grand village.
— Oh ! que vous me rendez heureuse ! Vous voilà donc bien porté pour les champs ?
— C'est-à-dire que Virgile écrivant ses bucoliques n'était qu'un citadin auprès de moi... Paris m'étouffe.
— Nous aurons alors le bonheur parfait. Mon-