‹ Les péchés mignons (volume 2)Chapitre 2 sur 78 · CHAPITRE PUEMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PUEMIER

lovirna les yeux vers madame de Ravenstein, qui s'était approchée de son lit; et passant ses mains sèches sur ses yeux, comme pour écarter les ténèbres qui obscurcissaient déjà sa vue, elle s'écria, en rassemblant ses dernières forces :

— Je crois vous reconnaître!... Qui êtesvous?... Vous êtes la vicomtesse de Fontac !...

— ■ Non, madame, non, mon amie, je suis la fdle du baron de Ravenstein... Auriez-vous oublié...?

— Oublié ! , . . oublié mon déshonneur ! . . . Non ! J'ai pardonné. Ne pardonnerez-vous pas aussi à Thérèse et à sa malheureuse mère tous vos malheurs?

L'abbé regarda madame de Ravenstein avec inquiétude-, elle détacha un christ de Talcôve, le montra à la mourante et lui dit :

— A son exemple, j'ai oublié.

— Soyez bénie, madame, soyez bénie... C'est qu'il est affreux pour une pauATe mère, voyezvous, d'emporter dans la tombe cette pensée, que la haine et la vengeance attendent Tun de ses enfants sans qu'elle puisse le préserver, si dénaturé qu'il soit... Mais non, elle n'est pas dénaturée, elle va venir, elle va fermer mes yeux, ma belle Thérèse, mon premier-né ! Je l'ai nourrie de mon lait pendant deux ans, je l'ai adorée... Elle va venir, n'est-ce pas, ma petite Hélène? n'est-ce pas, monsieur?

LES rÉCIIÉS MIGSOS. 2. 2

14 LES PÉCHÉS MIGIVOIVS.

La porte de la chambre fut vivement ouverte, et Faust se précipita sur le lit de sa mère.

— Eh bien ! dit la pauvre femme dont les yeux brillaient d'un dernier éclat, elle te suit? elle te suit?

— Non, mère, non!... elle... elle ne veut pas vous voir. . . elle a refusé ! . . .

— J'ai pardonné, mon Dieu ! murmura Marceline, prenez pitié !...

Et, comme si la nouvelle apportée par son fils eût glacé ses lèvres, la malheureuse femme ne proféra plus un seul mot. Elle étendit ses mains sur les tètes de Faust et dHélène, et un quart d'heure après elle expira. Son âme gagna le ciel, portée par les prières de ses enfants et de ses bienfaiteurs agenouillés.

— Avez-vous rempli mes instructions? dit l'abbé à Faust après un long silence.

— Oui, mon père !

— Ainsi votre sœur est aux Repenties?

— Non, mon père, elle a quitté ce couvent depuis une heure.

— Et où est-elle? grand Dieu !

— Aux Madelonnettes...

— Aux Madelonnettes! qui ly a conduite? et par quel ordre?

— Moi, et sur la réquisition de ma pauvre mère qui depuis un mois sollicitait un ordre

Page 1