I.KS PÉCHÉS )|If,Nn>S
dit Ferez avec calme et sons remarquer l'exaltation de M. de Fontac.
— Vous connaissez donc madame la vicomtesse de..,?
— Non, mais si vous tenez à la voir, elle est ici... Je crois même qu'elle sort du cabinet de mon patron en ce moment... regardez par la fenêtre.
Le vicomte sélanca vers la croisée, vit sa femme au bras du notaire, et M. de Brionne (jui saluait M. de Nonanville.
— Ah ! enfin ! enfin ! murmura le malheureux. Et pour étouffer la douleur qui rongeait son
âme, il porta lun de ses poings fermés à ses dents, mordit ses doigts jusqu'au sang, et revint s'asseoir près du contrebandier.
La voiture partit ; le père Fumcron alla faire un tour dans ses étables, accompagné de son domestique.
— Vous avez fait merveilles, dit le notaire à la vicomtesse. A vous parler franc, je ne comprends pas la tactique de ce vieux voleur. C'est certainement la première fois quil perd à vendre ses biens... A coup siir, le bonhomme baisse.
— Ne nous avez-vous pas dit, M. le notaire, que M. de Nonanville était un homme de rien ?. . .
— Oui, M. fabbé, je le puis prouver facilement.
CHAPITRL VI. 111
— Il uva cependant articulé que sou père avait péri sur Téchafaud pendant la révolution.
— Certainement, mais pour avoir volé la république. Le fils a été plus heureux, il a volé la république, le directoire, l'empire, la restauration, et vole encore aujourd'hui; il n'y a que l'enfer qu'il nescamotera pas, je l'en défie.
— Il ne s'appelle donc de Nonanville que depuis peu? demanda la vicomtesse.
— Depuis quatre ans.
— Et avant? dit l'abbé.
— C'était tout bonnement le père Cantelou, marchand d'hommes.
31. de Brionne tressaillit, baissa les yeux et garda le silence jusqu'à l'hôtel de madame de Fontac.
— Et maintenant, quand partons-nous, mon père? demanda la vicomtesse au chanoine.
— Dans deux heures si vous voulez, mon amie.
— Soyez donc ici, avec votre charmante Hélènç, à six heures ; nous monterons en voiture aussitôt après le diner... Sans adieu, ne vous faites pas trop attendre.
Lorsque M. de Nonanville eut achevé son inspection, il passa chez son secrétaire, entra brus-
quement dans le cabinet, et marchant droit à Ferez :
— Avez-vous porté au grand registre la note que je vous ai envoyée, Aamendabura?
— Oui, monsieur; mais vous avez là une visite qui vous attend.
Le vicomte, qui se promenait de long en large lors de l'arrivée du maître, s'était approché de lui insensiblement, et épiait tous ses mouvements comme un épervier prêt à fondre sur sa proie. Lorsque le vieillard se retourna, le vicomte lui sauta au collet, le fit tomber à genoux et lui cria :
— C'est toi, misérable! c'est toi, Cantelou! Nous nous retrouvons donc tous ici aujourd'hui?
Le Basque fit un bond sur le vicomte, et le poussa si rudement qu'il l'envoya tomber contre la muraille.
— Débrinn-bichaïa .'s'écria-t-il, nous ne sommes pas amis jusque-là.
Le père Cantelou se releva lentement; ses petits yeux brillaient comme des escarboucles^ sa face était verte, ses lèvres frémissaient.
— Monsieur, ai-je donc l'honneur d'être connu de vous? dit-il au vicomte avec une hypocrite bonhomie.
Ferez avait repris sa plume et ses calculs ; son beau visage était calme et son corps immobile.