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Le vicomte de Fontac se releva vivement et bavança sur Ferez, qui, continuant décrire, parut ne pas s'occuper de lui.
— Monsieur, répéta le vieux Cantelou, je vous réitère que je n"ai pas llionneur...
— C'est bon! interrompit le vicomte, nous allons renouveler connaissance à l'instant même. . .
Puis à Ferez :
— Vous n'ignorez pas qui je suis, vous, monsieur ?
— Moi? répondit le Basque sans se détourner. Et il marmotta :
— Six de neuf, trois; sept de treize, six...
— Oui, vous.
— Très-certainement... Trois de neuf, six; quatre de sept, trois. Vous êtes mon cher ami, c'est chose convenue... depuis hier... Cinq de...
— Notre amitié sera donc cimentée par le sang de l'un de nous...
— Cela pourrait bien être aussi vrai que vous ie dites... 11 y a du sang au bout de toutes mes entreprises.
— Vous me comprenez parfaitement, tout distrait que vous voulez bien paraitre, répliqua dédaigneusement M. de Fontac. Si vos entreprises s'achèvent dans le sang, vous voudrez déroger, cette fois, à vos habitudes, et commencer avec
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moi par où \ous Unissez le plus souvrnt avec les autres.
— Je ne comprends pas un mot à tout ce que vous dites...
— Vous avez porté la main sur moi, je vous en demande satisfaction sur-le-champ... est-ce clair?
— Quoi ! pour cette petite poussade de tout à l'heure? répondit le Basque en saisissant un nouveau registre.
— Ah çà ! mais (juel lionune ètes-vous donc, s'il vous plaît?
— Je suis un pauvre teneur de livres, aux maigres appointements de M. de Nonanville.
— Cessons cette mauvaise plaisanterie, monsieur ; pour faire votre métier, il faut avoir du cœur, et vous n'en devez pas manquer ; dépêchons, M. de Nonanville m'attend... Quelles sont vos armes ?
— Mes armes?... je manie le bâton comme un bon montagnard, voilà tout.
— Voulez-vous l'épéc?
— Prenez Tépée, si cela \ ous arrange ; moi je prendrai le bâton.
— Si vous préférez tirer le pistolet, cela m'est indifférent.
— A ous tirerez le pistolet et moi le bâton... je m'accommode de tout... Pour en linir, écoutez :
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je fais des armes comme un Siiinl-George, je lance le stA Ict conmie un Catalan, je fais mouche sur mouche à trente pas, je me charge de quatre douaniers armés avec mon seul bâton ferré pour défense... Voilà quels sont mes petits talents... Remerciez Dieu ou le diable de ce que j"ai renoncé aux duels depuis longtemps; sans cela, vous seriez en terre d'ici à vingt-quatre beures... Maintenant, causez de vos affaires avec M. de >'onanville , et demeurons bons amis ; je suis bon prince au fond, vous en conviendrez avant peu.
— Je suis aussi entêté que vous pouvez êtr«^ bon prince, M. Ferez, et je tiens absolument...
— A vous faire mettre en terre... soit... ce sera de mon mieux que je vous rendrai ce petit service...
— Votre arme donc?
— L'épée, c'est très-gentilbomme... puis c'est discret.
— Bien... Theure et le lieu?
— Ce soir à neuf heures. . . brasserie flamande.
— Encore une plaisanterie?
— Je ne plaisante jamais.
— Il n'y a que les voleurs qui se battent la nuit.
— Pour qui prenez-vous les soldats et les contrebandiers, monsieur?
— C'est juste, j'oubliais... Ce soir donc ; mais le rendez-vous me semble bizarre.
— Je n'aime ni à attendre ni à faire attendre en plein air... D'ailleurs on pourrait nous observer. Vous mettrez votre épée au pied dun arbre des Cbamps-Élysées, je ferai de même; nous nous rencontrerons à la brasserie, et le reste marchera sur des roulettes... Le gaz éclaire à merveille, et il y a le long des quais des coins charmants. Estce arrêté?
— Oui... et nos témoins?
— A quoi servent les témoins, s"il vous plaît?
— A fournir des preuves en justice.
— M. le vicomte, je serais bien avancé de vous avoir tué, si deux témoins me faisaient fourrer aux galères en jurant sur l'honneur que je me suis loyalement battu. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit hier : en Espagne, celui qui pouri^a me prendre me fera fusiller; en France, le plus petit mouchard peut me faire coiffer du bonnet vert... 3Ierci de ces deux perspectives, je suis dun trop gai caractère pour ne pas les trouver tristes.
— A ce soir donc. Maintenant, à nous deux, vieux fripon, ajouta le vicomte en se retournant vers le père Canlelou, qui s'était remis de son trouble pendant que M. de Fonlac et Ferez échangeaient leur cartel.