‹ Les péchés mignons (volume 2)Chapitre 35 sur 78 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Finance était en grande toilette ; lart avait tout fait pour venir en aide à la co(iuette et la rajeunir.

En trouvant son amie parée, jolie et presque jeune, Thérèse s'arrêta pour la contempler et se sentit mordue au cœur par le serpent de Tenvie. Honteuse, en comparant sa misère à tout ce luxe, elle se vit prête à pleurer de rage et de désespoir. Finance vint à elle, l'embrassa avec effusion, la lit asseoir sur sa causeuse et la regarda à son tour,

— ■ Toujours la même robe, mon cher ange, et encore des gants à vingt-neuf sous?

— C'est ma dernière paire, bientôt je n'en porterai plus.

— Est-ce que tu me laisserais en route? estce que tu aurais peur?

— Peur! non, je voudrais que ce fût pour ce soir... Tu ne me connais pas... Ah ! Finance, ma chère Finance, tu peux attendre, toi, tu as des bijoux, du satin, tu ne marches que sur des tapis, et au lieu d'aimer, tu abhorres... Moi, j'ai faim... c'est-à-dire, j'ai faim pour lui... tu comprends? nous n'avons rien à la maison, absolument rien; il est plus mal accoutré que moi, lui, et ce pauvre ami si généreux, si prodigue, souffre le martyre à toute heure de la journée, en se voyant dans cet égout où je l'ai entraîné malgré

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moi. Nous avons une lettre de change de douze mille francs l\ payer demain, et, à moins que cet argent ne nous tombe du ciel, on enverra à Clichy mon pauvre Alfred, et il y mourra de chagrin. Tu vois donc que je suis pressée, bien pressée, et s"il y avait moyen cette nuit...

— Est-ce que tu as arrangé un plan?

— Non... ma tête est si lourde et si brûlante qu'elle n'a pas deux idées de suite... mais j'ai un cœur qui ne bronchera pas, et une main ferme, une main terrible !

— Madame est servie, vint dire la soubrette.

— Commençons par dîner, ma chère Thérèse; au dessert, nous parlerons politique : jolie politique, qu'en dis-tu ?

Les deux amies se prirent par le bras, suivirent la femme de chambre et se mirent à table.

Finance avait voulu traiter Thérèse en gourmande. La courtisane, pour entraîner sa complice dans le crime qu'elle méditait, s'efforçait de l'éblouir par l'étalage de son luxe ; elle connaissait le cœur et le caractère de l'émule de ses anciennes folies; elle savait que cette fennne, d'une nature impérieuse, altière, jalouse, vindicative, devait souffrir de son abaissement vis-à-vis d'elle, et tout tenter pour redevenir son égale. Elle avait été la confidente de cet amour de panthère (pii liait autrefois la vicomtesse à M. de Fontac,

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