‹ Les péchés mignons (volume 2)Chapitre 37 sur 78 · I.a rcmnic do chambre rentra eu roiiranl · texte numérisé non relu

I.a rcmnic do chambre rentra eu roiiranl

— Madame, c'est lui.

— Ah! bon Dieu, ma chère, cache-loi dans ma chambre, va vite, il ne faut pas que tu sois vue.

— Il ne me connaît pas... je reste. Fais-le dîner, ne me nomme pas, je suis une vieille amie <ren(iince, je ne connais pas Fontac... Va toujours.

Des pas traînants et lourds écorchèrent le par- ([uet de Tantichambre, la porte s'ouvrit, etM. Gante Ion entra.

— Eh ! eh ! eh ! lit le vieillard en claquant de la langue et des dents, je tombe en partie fine ; ma foi , ne vous dérangez pas, mes petits agneaux. . . Avez-vous bon appétit, au moins?

— Oui, dit Finance en offrant son front aux lèvres pâles du vieillard, j'ai eu ce matin la visite de ma meilleure amie d'enfance, et je l'ai gardée à dîner. Vous allez nous faire tète... Florine, un couvert, un fauteuil.

— 3Ierci, mon enfant, merci... Diable! tu voudrais donc me voir trépasser cette nuit?

— Quelle horreur !

— Ta cuisine ne me va pas, tu le sais bien. Je suis depuis longtemps brouillé avec les sauces piquantes, les truffes et le vin; autant vaudrait m'assommer d'un coup de barre.

170 LES PÉCHÉS MIGIVOIVS.

— Comment, à votre âge, monsieur? dit Thérèse en montrant, par un charmant sourire, l'émail humide de ses dents fort blanches.

— A mon âge!... j'ai soixante et dix ans, belle dame.

— Il faut vous Tentendre dire pour y croire, on vous en donnerait cinquante-cinq au plus.

— Vous êtes parfaitement aimable.

— Oh ! ce n'est pas pour vous faire compliment, c'est pour donner une leçon à mon amie qui se désole sans raison.

— As-tu quelque chagrin, ma chère? dit le Cantelou en se tournant vers Finance.

— Mon Dieu, non... je vous assure, répondit la courtisane qui ne savait pas où Thérèse en voulait venir. Faites-vous douce violence, mettez-vous là près de moi... Florine, du potage.

— Je payerai cher ce coup de tète... Bah! faisons le jeune homme... d'ailleurs j"ai une faim d'enragé.

— ■ Aussi vrai que je m'appelle Victoire..., reprit Thérèse en regardant son amie.

— Victoire... c'est un nom charmant, marmotta l'usurier qui ne voulait pas être en reste de politesse.

— ... Finance m'a chanté en litanies toute la journée que vous lui donniez de graves inquiétudes, que vous vous tuiez de fatigue, de travail.

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que \uus menaciez de tomber malade et... C'est qu'elle vous aime , cette clièrc enfant! N'est-ce pas qu'elle a tort, et que chez vous le fond est aussi bon que la mine?

— Certainement ! certainement ! s'écria le père Fumeron ; je me porte mieux que jamais.

— Le cœur n'est pas toujours raisonnable, interrompit Finance d'un ton sentimental et larmoyant. 3Ialgré tout, dînons joyeusement, puisque nous voilà en famille. Y a-t-il meilleurs parents que des amis? Quant à moi , je n'ai rien à envier entre vous, mon ami, et toi, ma chère Victoire ; vous êtes, à vous deux, tout ce que j'aime au monde.

— Ah ! M. de Nonanville, vous faites un enfant gâté de ma belle Finance; mais aussi, que de reconnaissance et que d'adoration !... A votre santé, homme aimable, généreux et bon... à votre santé !

— Elle est charmante ton amie, ma mignonne, dit le père Fumeron en vidant son verre; elle est charmante!... Et vous n'êtes à Paris que depuis ce matin, madame ou mademoiselle Victoire ?

— Depuis ce matin, oui; mais. Dieu merci, m'y voilà pour quelque temps , car je jure de n'en sortir qu'après mètre vengée.

— Une créature aussi belle que vous peut-elle

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avoir h se venger de quelqu'un? hasarda sournoisement le Cantelou.

— La vengeance est le plaisir des dieux, mon cher ami, dit Thérèse impertinemment.

L'usurier soupira*, son front se couvrit d'un nuage rapide , et il cacha son trouble en se versant à boire.

— Je gage , continua Thérèse Keller , que vous n'êtes pas venu à vos cinquante-cinq ans...

— Soixante et dix, ma fille, soixante et dix.

— Ah bah ! c'est pour rire que vous dites cela ; je ne vous reconnais que cinquante-cinq ans , moi, et je gage que vous n'y êtes pas arrivé sans avoir le cœur gros de quelque petite haine bien envenimée.

Thérèse lança un regard à Finance, qui se hâta de répondre pour le vieillard :

— Quant à ça, moi j'affirme que oui, et je sais un certain Fontac qui passerait un mauvais quart d'heure si...

— Chut! murmura l'usurier que de fréquentes libations commençaient à échauffer.

— Fontac! s'écria Thérèse, Fontac est votre ennemi !

— Je ne l'ai pas dit.

— Topez là, et que je vous embrasse, M. de Nonanville, il n'y a pas à réclamer, je >eu\ nous cndjrasser, et je vous embrasserai.

(H U'ITRE IX. ^'Z

— Ma foi , la violence est très-.siipi)()rt;iljle; mais Finance va ^ous arracher les yeux, prenez-y i^arde.

— • Il est certain que vous ne vous gênez pas trop , dit Finance dun petit air boudeur qui versa du baume dans le sang de Tavare.

— Ainsi , vous comptez chercher noise à ce Fontac? reprit Cantelou en ricanant ; ([ue aous a-t-il donc fait de si monstrueux?

— C'est mon secret, mais je donnerais tout ce que je possède à celui qui m'aiderait... suffit, buvons... trop parler nuit.

— Je vous en dirais presque autant, l)elle dame; mais vous avez raison, trop parler nuit.

— Florine , du Champagne , commanda Finance, beaucoup de Champagne; à notre santé, mes amis, à nous trois les derniers des bons...

— Mais c'est un bijou que ton ami , Finance chérie, on lui donnerait vingt-cinq ans 1

— Quand j"avais vingt-cinq ans, dit Cantelou, qui vacillait à sa place comme un roseau balancé par le vent, j'étais riche comme un Crésus; mon bonhomme de père avait pillé les émigrés, ce qui était pain bénit, et moi je faisais le beau, je menais train de prince , j'avais des chevaux , des maîtresses; je dînais tous les jours comme nous dînons là ; le Champagne, le chambertin coulaient à flots ; je faisais honte aux roués de la vieille

la.

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régence ; on ne parlait que de moi ... 93 est venu . . . J'ai fait la bêtise de m'amouracher d'une mijaurée, une fdlette qui était détenue à la Conciergerie et dont le père a\,ait eu le cou coupé. Cette péronnelle avait un caprice pour un vaurien de mon temps, et ce vaurien, un noble qui s'était fait sans-culotte , comme un cafard qu'il était , pour débarrasser sa princesse de mes assiduités, a dénoncé mon père aux jacobins ; mon père , qui était en train de rapiner à l'armée du Nord, se présenta à la barre et monta sur la grande charrette, tandis que moi, j'étais mis, pour mon compte, sous la surveillance des comités. Maintenant voulez-vous savoir le nom de cette fdlette qui m'a valu tout cela? Eh! pardicu! ma belle dame Victoire , c'était mademoiselle de Bélesta, qui est devenue marquise de Yerneuil , et dont la fdle a épousé votre cher ami Fontac, un gueux s'il y en a... Voyez comme on se rencontre !

— Et son amant ? demanda Thérèse devenue tout à coup sérieuse.

— Entendons-nous : mon rival a toujours été trop niais pour avoir une vraie bonne fortune, et dans cette circonstance , surtout , il s'en est tenu au sentiment. C'était un nommé Claudius Brionne.

— Brionne! s'écria Thérèse.

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