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CHAPITRE XII

pabic (ju'à iiioilié, vn préfénint les tiirhiilents plaisirs de la chasse, du jeu, du luxe et de certaines débauches, au charme de votre seule compagnie et au bonheur assis entre nous à mon foyer. J'étais entraîné , emporté par de faux amis, je glissais sur ce vernis clinquant du monde et ne trouvais aucun conseil pour marrêter. Je jure sur ce crucifix, moi, moi qui n'ai pas vos scrupules religieux, que, jusqu'au jour où vous avez pensé à vous cloîtrer, je vous ai considérée comme la plus noble des femmes et la plus vertueuse des épouses.

— Je n"ai fait que mon devoir, murmura la baronne les yeux baissés, je ne mérite aucune espèce d'éloges.

M. de Certènes sourit amèrement et continua-:

— Lorsque vous m'avez témoigné le désir de vous vouer entièrement à une mission de charité, vous savez ce que vos prières ont produit sur moi : le voile épais qui m'aveuglait s'est brusquement déchiré; j'ai reconnu ma folie, j'ai abjuré mes erreurs ; l'amour le plus pur a germé dans mon cœur, et cette amitié fraternelle que je ressentais pour vous s'est changée en une adoration... Oui, je vous ai voué un culte, et j'ai immolé à vos pieds tous les faux dieux de ma jeunesse idolâtre. Ah ! que de soins ! que de caresses ! que de prévenances ! que d'abnéga-

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tion ! Je défie l'âme la plus neuve, lamant le plus passionné , d'être plus ingénieux que je ne l'ai été pour vous toucher, vous attendrir, vous attacher à ma destinée; vous avez été plus inébranlable que ces rochers que battent sans cesse des flots tantôt furieux , tantôt mourants ; vous avez refusé de tendre la main à ce pauvre naufragé qui s'abîmait sous vos yeux dans une mer de douleurs, de regrets et d'implacable désolation ! Ne pouvant vous gagner à mon amour, je me suis inspiré des plus grands sacrifices , et je vous ai remise moi-même à la garde de Dieu dans cette maison.

— Ce sacrifice vous sera compté, mon ami, dit madame de Certènes visiblement émue, n'en doutez pas.

— Dieu nvest encore témoin , reprit le baron après une courte pause, que je ne cherchai pas à m'expliquer connnent la religion, après avoir béni notre alliance, pouvait vous recevoir dans son sein , de mon vivant ; je m'accusais de bien des fautes envers vous, et, considérant mon abandon comme un châtiment mérité, l'amour violent que vous m'aviez inspiré se changea insensiblement en vénération. Je ne vous invoquai plus que comme une sainte, comme l'une de ces femmes de vertu sublime qu'a visitées l'esprit divin ; lépouse vertueuse a donc été pour moi ,

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pendant douze ans, une sainte et angélique créature !

— Il ne faut chercher qu'au ciel ces élus du Seigneur...

— C'est vrai, madame , c'est vrai, interrompit le baron après avoir mordu ses lèvres jusqu'au sang; car, sur la terre, il ny a que honte et mensonge, hypocrisie et lâcheté.

— Ciel ! s"écria madame de Certènes en reculant sa chaise, que dites-vous là, malheureux!

— Je dis que ma vertueuse épouse, ma sainte adorée est une infâme créature , reprit le baron avec impétuosité ; je dis que sa piété est un hideux mensonge, qu'elle est lâche, hypocrite et sans âme; je... La voix me manque, madame, écoutez votre conscience , elle achèvera votre portrait.

— Je vous pardonne ce torrent d'injures, M. le baron, et j'obéis, en cela, au seul conseil de ma conscience.

— Vous ne connaissez pas le chiffre brodé sur ce chiffon, m'avez-vous dit.. . Et ce bijou, le connaissez-vous?

Madame de Certènes regarda la jeannette en diamants que lui présentait son mari, et après l'avoir bien examinée, elle répondit avec calme :

--Je me rappelle avoir perdu, il y a long-

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temps, une croix pareille à celle-ci ; mais je ne saurais affirmer...

— Que vous avez entre les mains Tun des bijoux de votre corbeille de noce..., interrompit M. de Certènes ; c'est cela que vous voulez dire, n'est-ce pas?

— Oui, monsieur.

— C'est juste, j'oubliais que vous avez la vue basse ; ayez la bonté de lire avec soin ce qui est gravé sur l'un des côtés de cette croix... là, à gauche, sur la monture...

— C. C, lut la baronne.

— Très-bien! Clémence Certènes... Maintenant lisez sur le côté droit.

— 20 mars 1816.

— Connaissez-vous cette date ?

— C'est celle de notre mariage, répondit la baronne sans se déconcerter; ce bijou mappartient, je le reconnais maintenant... ou me l'a volé... De qui l'avez-vous acheté?

— D'un pauvre diable qui le tient, lui, d'une belle Anglaise aux cheveux blonds, au sourire d'ange, à la voix caressante, et qui se nonnne milady Stewart.

— Ah ! s'écria madame de Certènes en fléchissant sous elle et tombant à genoux, pitié, monsieur, pitié!

— Eb bien ! mais (inavez-vous donc, ma chère

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Clémence? Étes-vous folle de vous laisser choir ainsi ? Relevez-vous.

Le baron saisit sa femme par un bras, et, malgré lui, ses doigts convulsivement serrés la meurtrirent.

— Pitié, n'achevez pas! n'achevez pas!

— L'histoire est assez plaisante pour que je vous en régale, ma chère amie, cela fera diversion à la sévère discipline de cette maison; écoutez-moi bien.

— Non, non, je n'entendrai rien.

— Oh ! vous ra'écouterez, car je le veux et l'ordonne.

Ces mots furent prononcés avec une fureur qui, longtemps concentrée, fit une explosion terrible; puis, se calmant par degrés, le baron continua :

— Cette histoire est toute fraîche dans ma mémoire ; j'ai crevé mon meilleur cheval, par galanterie, pour vous la raconter sans retard. Ce matin, je donnais à déjeuner à une quinzaine de mauvais sujets ; nous avions chassé le renard depuis le point du jour, et n'avions fait que de fausses battues ; nous débouchâmes sur le village d'Artenai... Connaissez-vous Artenai?

— Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! murmura la pauvre femme.

— Artenai est une bicoque sur la route de

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Paris à Orléans et à rembranchement du clieiniu qui conduit à Verneuil. Entre deux verres, Tun de nous s"imagina d'appeler Ihôte et de lui demander une chanson grivoise ou un conte graveleux. L'hôte est un brave homme bien élevé, qui nous avoua n'avoir jamais chanté que des romances et appris que des contes moraux. A défaut de conte, cependant, il nous offrit une histoire scandaleuse, et nous dit : <; Le 19 décembre 1818... '.

— Oh! tuez-moi, soyez généreux, tuez-moi !

— «1 Le 19 décembre 1818, vers cinq heures du matin, il nous arriva, dit l'hôte, une chaise de poste d'où descendit une charmante Anglaise nommée milady Stewart. Cette dame attendait son mari, qui arriva quelques heures après. Lord Stewart était un merveilleux jeune homme en tout point. Les deux époux s'enfermèrent à clef et passèrent une demi-journée dans le charme du téte-à-tête. Chose bizarre! ces tendres tourtereaux, qui étaient attendus au château de Verneuil pour un mariage, ne se mirent en route que l'un après l'autre. » L'auditoire de l'aubergiste expliquait cette singularité par l'une des excentricités habituelles à nos voisins d"outre-Manche, lorsque le conteur nous apprit que milady Stewart avait l'honneur d'être Française et que lord Stewart se nommait le vicomte de Fontac

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lequel vicomte, comme vous savez, était le fiancé de mademoiselle de Verneuil qui l'attendait pour marcher à lautel ; et nous autres mauvais sujets de rire aux larmes, comme bien vous pensez.

Madame de Certènes ne répondit rien -, elle était prosternée la face contre le parquet et priait.

— Milady Stewart n'aurait jamais été connue si elle n'avait eu limprudence d'oublier dans la chambre n° a de l'hôtel des Trois-Rois le coin de mouchoir que voici, et que le feu a respecté, et cette croix de diamants... Que dites-vous de cette petite histoire scandaleuse?

— Tuez-moi... j'aurais pu tout nier et rejeter ce scandale sur une femme quelconque mise en possession, par hasard, de ce bijou qu'on aurait pu me voler... Mais je n'ajouterai pas le mensonge au crime... Tuez-moi... vengez-vous.

— Le mensonge ne serait pas maladroit, mais il serait inutile... votre pseudonyme vous a vendue... J'ai bonne mémoire, moi, je me souviens d'un charm^ant épagneul que vous aviez étant enfant, et que vous appeliez Stewart. vous avez de tout temps aimé ce nom anglais.

— IVe me demandez donc plus rien I Vous êtes armé, frappez!... Je le répète... vengezvous !

— Ainsi, madame, c'était pour échapper à vos

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remords, ou pour pleurer votre amant, que vous avez joué cette affreuse comédie... Vous avez dépassé le Tartufe ; après vous être traînée dans la boue, vous vous êtes réfugiée sous l'aile de la religion... Vous avez voulu quitter le monde avec 'les honneurs de la guerre... Ainsi votre vertu d "épouse , mensonge... Votre vocation pour le cloître, mensonge... Votre repentir, mensonge encore sans doute !

— 0 mon Dieu ! que votre sainte volonté soit faite!... dit la baronne à voix basse.

Pendant le silence qui succéda à ces mots, le roulement d'une voiture de poste ébranla les vitres qui donnaient sur la route, cette voiture s'arrêta devant l'hospice, et la porte cochère tourna lourdement sur ses gonds,

— Vous voulez que je me venge et que je vous tue? dit le baron froidement. Oui, je vais me venger, car j'ai un compte terrible à régler avec vous.

— Je suis prête, monsieur.

-^ Et moi aussi, je suis prêt... quoique, comme vous, je ne sorte pas du tribunal de la pénitence, ajouta le baron avec une expression d"indicible amertume.

Alors il tira vivement son couteau de chasse el le passa dans la main gauche.

Madame de Certènes, toujours agenouillée.

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