CHAPITRE XIII
bandier. 31. le baron, rcndcz-moi cette arme.
Le visage du Basque était animé, une résolution magnifique d'audace et d'énergie relevait le caractère déjà si noblement dessiné de cette belle physionomie. Il avait couvert de son corps celle qu'il voulait protéger.
Un grand nombre de dames de charité , quelques malades, des employés de la maison, étaient accourus au bruit , et ces âmes paisibles frissonnaient d'épouvante à la vue du fer qui brillait dans les mains de M. de Certènes ; la supérieure s'était agenouillée près de sa soeur demi-morte.
Le baron regarda d'un oeil calme et doux ceux qui l'entouraient ; sa bouche , souriant sans fiel , sans haine, sans colère, laissa échapper ces mots, qui tombèrent comme des gouttes de sang dans le cœur de madame de Certènes :
— Puisque vous persistez à vi\Te loin de moi , ma chère Clémence , et que mon amour vous détourne de l'amour de Dieu... ne vivez que pour lui.
Et sa main , plus rapide que la pensée , enfonça le large couteau dans sa poitrine... Il tomba! sa chute fut accompagnée d'un long cri d'horreur jeté par les assistants.
Madame de Certènes se précipita sur le corps de son mari, éperdue, muette et glacée de terreur.
26r> LES PÉCHÉS MIGNONS.
Le baron tourna vers elle sa bouche expirante, et lui dit :
— Ma volonté suprême est que vous \iviez longtemps , afin de prier pour moi, |)nuvre pécheur; je demande pardon à Dieu et aux houimes... conservez Ihonneur de mon nom... les mourants sont toujours obéis !...
Ces paroles avaient une signification imposante pour la malheureuse femme , qu'elles condamnaient au silence et au fardeau du repentir ! Eu achevant de les prononcer, M. de Certènes regarda encore son entourage, et tout à coup ses yeux presque éteints se ranimèrent et lancèrent des flammes... Ils avaient rencontré dans le cercle des témoins de son agonie un homme qui s'étail dressé devant lui comme un fantôme.
La main du mourant saisit encore Tarme sanglante qui était à sa portée... mais elle frémit eu s"y posant, et l'àme du gentilhomme s"exhala dans un soupir, dans un sanglot !
La mort respecta la dernière pensée de sa victime, car cette pensée demeura lisiblement écrite sur la face inanimée du baron.
M. de Certènes avait reconnu le vicomte de Fontac et lui avait voué, en expirant , toute s.! haine cl tout son mépris.
Dans la j)réoccupation où étaient les témoins de cette horrible scène, ils navaient pas remai-