‹ Les péchés mignons (volume 2)Chapitre 59 sur 78 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

— Mes yeux sont au moins aussi bons que les vôtres, et j'ai l'espoir qu'ils sont aussi beaux... Regardez-les.

Disant cela, Gaston se tourna vers Hélène, qui baissa la tête en rougissant, et il ajouta :

— Mademoiselle m"a tout montré dans notre voyage, et j'ai tout vu; elle sera complaisante jusqu'au bout, n'est-il pas \Tai ?

Les voyageurs descendirent de voiture, s'avancèrent sur le glacis de la citadelle qui couvre Bayonne, et s'arrêtèrent devant l'un des plus splendides tableaux qui soient sortis des mains du Créateur.

Quelques mots pour expliquer les différentes situations d'esprit des futurs châtelains de 3Iiguelgorry.

Madame de Fontac avait un double but en s'éloignant de Paris ; elle voulait fuir un monde qui lui rappelait de funestes souvenirs, d'irréparables malheurs, et elle voulait protéger la faible santé de son enfant, en l'exposant, comme une fleur délicate , aux rayons du doux soleil, au souffle pur des brises qui caressent, dans les vallées basques, un printemps éternel.

En allant chercher l'abbé de Brionne au fond de sa retraite, la vicomtesse avait une double pensée. Elle désirait donner ses soins au noble et bon vieillard qui avait béni son enfance, elle

désirait lui rendre, en tendresses filiales, tout ce qu'il avait fait pour son bonheur ; mais elle avait également songé au charme qu'aurait pour son fils cette compagnie d'élite , aussi intéressante qu'aimable. Elle savait que M. de Brionne était une créature privilégiée de Dieu; que chez lui, la piété, la finesse, la grandeur, l'esprit, le savoir allaient de pair. En donnant le meilleur des amis à Gaston, la mère prévoyante et tendre lui donnait le meilleur des maîtres.

Madame de Fontac ne connaissait Hélène que par les lettres de l'abbé ; mais Tabbé , qui avait pris à cœur de mentir sur le compte de sa fille adoptive, s'était bien gardé de révéler le secret que Marceline Keller aurait désiré enfermer dans sa tombe. Hélène, pour 31. de Fontac comme pour elle-même, était orpheline; son père et sa mère étaient Alsaciens et anciens amis du chanoine.

L'abbé de Brionne s'était peu à peu remis de l'effrayante secousse qu'il avait ressentie en apprenant le véritable nom de M. de Nonanville. L'histoire de sa jeunesse, qu'il s'efforçait d'oublier, lui avait été brusquement rappelée par l'apparition du marchand d'hommes ; et , pendant les premières heures du voyage , il s'était appliqué à chasser ce qu'il appelait ses revenants. La nature de cet homme de bien

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