CHAPITRE XIV
était si parfaite, qu'elle avait facilement pris le dessus, et le chanoine nétait pas à moitié route de Bordeaux, qu'il avait repris toute sa sérénité, son humeur égale et joyeuse, récompense envoyée du ciel aux âmes des justes.
En arrivant à Bayonne, le bon vieillard s'abandonnait sans réserve à son bonheur ; il se voyait entouré d'amis, et comptait sur la société de madame de Fontac et de son fils pour distraire Hélène des préoccupations inséparables de son âge et de sa position.
Hélène et Gaston avaient noué, pendant la route, les premiers liens d'une affection fraternelle. Ces deux nobles enfants, si bien faits pour se comprendre et pour s'aimer, avaient eu le temps de lire au fond de leurs cœurs les pages enivrantes de ce beau livre écrit tout entier de la main des anges, et qui ne s'ouvre que pour la jeunesse candide et généreuse. Hélène ressentait pour Gaston un sentiment de tendre pitié qui la rendait souvent pensive, et glissait dans son cœur virginal de suaves émotions qu'elle caressait avec innocence.
Élevée dans toute l'angélique pureté du christianisme, l'orpheline voyait des frères dans tous les hommes, et la grande famille humaine avait droit à son amour, à son dévouement, à ses devoirs. Le jeune aveugle était donc pour Hélène
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un frère malheureux et souffrant, et,: à ce titre, elle le chérissait, comme une mère vertueuse chérit avec prédilection le moins beau, le plus débile, le plus à plaindre de ses enfants
Gaston écoutait parler l'orpheline, et son cœur se gonflait au son de cette voix harmonieuse qui ébranlait son être et charmait ses esprits; si les yeux de l'aveugle se fussent tout à coup remplis de lumière, les pompes de la nature n'eussent pas été pour eux plus nouvelles que ne fut nouveau, pour son cœur, le sentiment qui s'y glissa.
Sans cependant chercher à définir ses sensations, il les adorait, il aimait Hélène comme on aime les anges, sans les voir autrement que dans nos rêves; il comprenait que son malheur lui avait mérité la consolante affection de l'orpheline, et il bénissait son infirmité avant de songer à s'en plaindre.
Ainsi, madame de Fontac et l'abbé de Brionne étaient tout entiers à leui^s espérances, et pleins de sécurité sur le sort des deux beaux enfants qui les accompagnaient, tandis que ces enfants, attirés l'un vers l'autre par un sentiment mutuel d'affectueuse compassion, et sans doute par la voix du sang, s'aimaient sans se douter qu'il existât d'autre amour (jue celui du prochain.
L'abbé donnait le bras à Hélène, madame de Fontac tenait son fils par la main. Les (jualre