CHAPITRE XIV
voyageurs setaient arrêtés ;iu point culminant (les glacis, et faisaient face à la ville. Émus par la splendeur des merveilles qu'ils contemplaient, M. de Brionnc et la vicomtesse abandonnèrent les jeunes gens à eux-mêmes, et se communiquèrent leurs observations.
— Oh ! 31. Gaston, disait Hélène à demi-voix, votre mère avait raison, nous sommes méchants de venir ainsi admirer tant de beautés, tandis que vous souffrez de notre extase.
— Vous me croyez donc plus égoïste que vous n'êtes méchants?
— Dieu m'en préserve ! . . . c'est de toute mon àme que je vous plains. Tenez, je voudrais être aveugle à votre place, et que vous vissiez tout ce que je vois.
— 3Ierci, mademoiselle, répondit Gaston avec feu.
Puis il ajouta tendrement :
— 11 ne tient qu'à vous d'animer mes regards, de charmer mes yeux.
— Oh ! parlez... 3Iais vous vous plaisez à me railler, et ce n'est pas bien.
— C'est à vous de parler, au contraire, je vous écoute : dites-moi toutes les merveilles que vous contemplez, faites-moi une belle copie de ce tableau magnifique, et je gage que la copie sera au-dessus de l'oricinal.
584 LES PÉCHÉS MIGNO>'S.
— Ce n'est pas très-chrétien ce que vous dites là.
— Je loue en vous le chef-d'œuvre de la création, mademoiselle... En quel lieu sommesnous?
— Nous sommes en l'ace de Bayonne et sur un glacis de la citadelle qui commande la ville.
— C'est un bel ouvrage de Vauban, dit-on, et Bayonne est citée comme une excellente place de guerre.
— Nous voyons à notre gauche , continua Hélène, deux riches vallées, sillonnées par deux belles rivières et couvertes d'un manteau de verdure et de fleurs. Sur ce manteau brillent, aussi loin que peut s'étendre la vue, des maisons, des châteaux, des villages, dont les blanches murailles reflètent les feux du jour. Derrière ce pays qu'on dirait habité par des fées et des génies, s'élèvent de hautes montagnes, dont les cimes échancrées sont couronnées de neige.
— Ces rivières que vous voyez sont l'Adour et la Nive, interrompit Gaston; la première a inspiré de grands poètes, et la ballade est née sur ses rives charmantes; la Nive, pour être plus modeste, n'est pas moins poétique; elle roule des eaux limpides et traverse le vaillant pays des Basques. J'ai entendu vanter souvent les sites que vous admirez ; mais jamais voix