CHAPITRE XIV
(lu pauvre aveugle etde son guide devant l'un (Ips chefs-d'œuvre de la création.
L"abl)é et madame de Fontac avaient depuis longtemps détourné leurs regards du panorama magnifique pour les porter sur leurs enfants.
— Qui de vous deux s'amuse le plus? demanda M. de Brionne, charmé par ce petit tableau plein de fraîcheur et de chaste poésie.
— Ma foi, répondit Gaston, je n'ai jamais été à pareille fête... Seigneur Dieu ! ma mère , que tout cela est grandiose et beau !
— Mon cher enfant, tu me navres en parlant ainsi.
— Je vous garantis que ma curiosité est satisfaite et que je peux parler des vallées de l'Adour et de la Nive comme si je les avais vues.
— Entrons donc à Bayonne, dit le chanoine, puisque, tous les quatre, nous avons un péché de plus sur la conscience.
— Lequel? demanda Hélène.
— Nous sommes quatre curieux, et c'est fort mal... Partons-nous, ma chère Marie?
La berline descendit la côte, traversa Saint- Esprit et entra dans Bayonne par le grand pont de bateaux jeté sur l'Adour.
Après avoir pris leur repas ( madame de Fontac , pour ne pas gêner son vénérable ami , lui avait laissé , durant tout le voyage , le soin de
régler les heures et le service de la table , soin dont il s'était acquitté avec ce mériie zèle et cette même entente qu'il mettait dans tous ces emplois) ; après leur repas, donc, les châtelains de Miguelgorry parcoururent un peu la ville , se promenèrent dans ces magnifiques allées mannes (jui bordent l'Adour et sont le plus gracieux ornement de Rayonne ; puis ils reprirent la poste, sortirent par la porte d'Espagne et roulèrent sur la route pittoresque qui mène à Cambo et aux villages basques.
Cette route longe les bords de la vallée de la Nivc, vallée fertile où les hameaux et les maisons de plaisance se touchent par leurs jardins. Après avoir couru pendant près de deux heures , la berline tourna une large avenue plantée d'ormes et de tilleuls, au bout de laquelle on apercevait le front du château de Miguelgorry. Un parc anglais savamment dessiné enveloppait le château, et ses dernières allées fleuries, feuillues, sablées et capricieuses , venaient tomber sur la route, dont un simple fossé , revêtu de haies vives , le séparait.
Madame de Fontac , en entrant chez M. de Nonanville , à Vitremonl , avait conçu une idée peu favorable de l'état où serait ÏMiguelgorry : elle se préparait à faire venir un architecte pour jeter bas des murs entiers et nettoyer en quel(|ue