‹ Les péchés mignons (volume 2)Chapitre 65 sur 78 · CHAPITRE XIII. 29Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. 29Ô

quelques pièces de monnaie? Voilà un pauvre qui demande raumône.

Gaston fouilla dans ses poches et en retira tout ce quil y put trouver.

— C'est beaucoup, dit Hélène.

— Ne sommes-nous pas deux à donner? Dailleurs, ce bon pauvre nous étrennc... A-t-il l'air bien malheureux ?

— Oh! oui, mon enfant, bien malheureux, répondit le mendiant.

— Prenez ceci, mon brave homme, dit Hélène en laissant tomber son aumône. Avez-vous une femme et des enfants?

— Oui, oui, j'ai trois enfants, deux garçons et une fille que je chéris, car ils sont aussi beaux que bons.

— Quelle misère 1 murmura Hélène tout bas.

— Eh bien ! mon ami, reprit Gaston, envoyez vos enfants au château, ma mère est la providence des pauvres, et nous vous soulagerons.

— Oh ! cela ne se peut pas ! cela ne se peut j)as !

— Venez au moins nous voir tous les jours, vous nous porterez bonheur et vous aurez nos petites épargnes, dit Hélène.

— Je viendrai aussi souvent que je le pourrai, mais je n'oserai jamais me présenter au château, je suis trop déguenillé, je ferais peur à vos va-

lets ; ma bonne étoile me fera passer devant ce pavillon quand vous y serez,

— Nous y sommes presque tous les jours, de deux à quatre... Écoutez encore, mon brave homme, si je ne vous appelle pas quand vous passerez devant moi, ne vous en formalisez pas, n'en prenez pas de chagrin, ce ne sera pas de ma faute, et je ne vous en aimerai pas moins.

— Pourquoi donc, mon enfant? Est-ce que Ton vous gronderait pour m'avoir secouru?

— 3Ion frère est aveugle, répondit Hélène vivement, priez pour lui !

En entendant ces mots, le pauvre, sans se découvrir, jeta un regard rapide sur Gaston, fit le signe de la croix et se retira à pas traînants.

A l'un des coudes de la route, il rencontra un vieillard cul-de-jatte et accroupi dans une niche, d'où il invoquait la pitié des passants.

— Avez-vous fait bonne journée, pays? dit le vieillard.

— Oui, et vous?

— Moi, je n"ai rien ramassé... Ilélas! il faut avoir des jand)es pour gagner sa vie, même en demandant la charité. Autrefois le métier était bon, et deux anciens ont fait fortune dans ma cahute; aujourd'hui c'est différent, il faut faire la pratique et voyager. Si j<; tendais mon bonnet à la portière d"un carrosse , il y pleuvrait des

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