CHAPITRE XIV
bcaucoiip do soldats. Les troupes du prétendant ont poussé leurs lignes; il n y a plus que des traînards, des ambulances et des malades à Urdncli.
— L'entrée est-elle toujours aussi difficile?
— Plus que jamais ; on a doublé les postes sur toute la ligne ; les douaniers sont serrés sur la Nivelle comme les grains d'orge sur Tépi ; il faut risquer sa vie à chaque pas, ou sa liberté, ce qui est plus terrible encore. La campagne sera rude !
— Bah ! on dit cela à chaque saison , et nos affaires n"en vont jamais plus mal. Je passerai.
— Méfie-toi, mon fils; avant-hier, Jouanès a été arrêté en avant dEspalette, et on l'a conduit à Bayonne la corde au cou.
— Jouanès n'a pas l'idée du métier, ce n'est qu'un chocolatier. Je vous prédis, maître Iriarte, que je passerai en plein jour, donnant des poignées de main à la douane et à la gendarmerie. N'ai-je pas l'air d'un guide inoffensif, conduisant quelque bourgeois curieux... hein?
— Tu as l'air que tu veux prendre, mon fils, et certes chacun s'y trompe ; j'ai préparé le ballot, il sera porté par mon gendre à Espalette, et tu pourras l'y faire prendre quand tu voudras ; il contient cinquante mille cartouches sans balles, poudre royale.
— Très-bien, j'ai acheté beaucoup de plomb
en chemin ; ce plomb arrivera à Saint-Jean-de- Luz sur un petit chasse-marée que j"ai frété à Bordeaux ; il faudra l'aller chercher ; vous le fondrez ici, en balles de calibre, et quand Topération sera terminée, vous me le ferez savoir ; le chasse-marée est peint en rouge.
— Vous entendez, mes enfants, dit le vieillard aux deux jeunes hommes ; vous vous mettrez en route demain.
— J'attends aussi du salpêtre à Bayonne ; il y en aura pour beaucoup d'argent ; vous l'enverrez prendre à bord de la goélette VUranie dès la nuit d'après-demain, et vous attendrez avis pour me l'expédier.
— Bon... cela suffît.
— Enfin, il vous arrivera le 30 de ce mois un détachement de cinquante hommes; ces hommes viendront de tout côté, à toute heure de la nuit, et sous toute espèce de déguisements; il faudra les faire conduire aux différents postes que je vous indiquerai d'ici là. C'est entendu, c'est compris. Soupons, et allons nous reposer.
Pendant que les contrebandiers parlaient de leurs affaires, les deux femmes s'étaient retirées pour préparer le souper. Toute la famille se mil à table, et le vicomte, i-éduit au silence par le langag(! inintelligible de ses hôtes, s'occupa bravement de fain^ honneur au rej)as; son étonne-