‹ Les péchés mignons (volume 2)Chapitre 74 sur 78 · CHAPITRE XV. Ôl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. Ôl

— Ce sont là des mots dont les jeunes cœurs iibusent étrangement ; vous péchez deux fois en parlant ainsi , mon cher enfant ; nous ne devons rien faire passionnément , car alors la réflexion nous manque , et on n"adore que Dieu. Rentrons donc dans des données plus calmes. Que vous aimiez Hélène, c'est, je le confesse , tout naturel : Hélène est un ange , et votre affection ne saurait être mieux placée. Aimez-la donc de toute votre âme ; votre âme y gagnera la paix et le bonheur. En vérité , je ne vois pas pour- (|uoi vous feriez mystère dune amitié si pure.

— Ah ! vous ne voulez pas me comprendre , mon père... votre voix est grave, votre parole est froide... Vous m'aimiez tant avant ma confidence , que je me suis cru sauvé en venant à vous. . . il n'en est rien , et me voilà replongé dans mes ténèbres , sans un lîl pour me conduire.

— Enfin , cher Gaston , expliquez-vous mieux , déroulez-moi les mystères de votre cœur; comment et dans quelles circonstances est né ce tendre sentiment que vous ressentez pour ma belle et noble orpheline?

— J'aurai beaucoup de peine à vous raconter cette histoire, elle est confusément écrite dans ma mémoire; mais n'importe... Lors de notre première visite chez vous, rue de Vaugirard, dès

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que j'eus entendu la voix de votre pieuse compagne , je sentis un léger frémissement dans tout mon être; il me sembla que Tun de ces beaux anges auxquels nous rêvons , nous autres , pauvres aveugles , venait de fermer ses ailes auprès de moi. Dès ce jour , dès ce moment, ce timbre si doux , si pur, a sans cesse caressé mon oreille comme le plus léger souffle du printemps caresse les champs fleuris ; et lorsque je m'abandonnais au charme de ces accents , une autre voix qui n'avait jamais chanté dans mon âme s'élevait tout à coup pour lui répondre , et les deux voix mariaient leurs accords.

M. de Brionne secoua tristement la tête, et un soupir se brisa sur ses lèvres.

— Mon père , si vous avez quelquefois écouté les chantres des vallons , la nuit , lorsqu'ils s'appellent sous les grappes des lilas , vous devez avoir une idée des suaves mélodies qui se succédaient et s'unissaient dans mon cœur. Lorsque nous avons fait notre long et cependant trop court voyage, quoique chrétien, je n'eusse pas donné ma place pour m'envoler au paradis. Ah! que de minutes précieuses se sont ainsi écoulées, dans ce petit espace où mes mains rencontraient les mains de ma mère et touchaient les vôtres , où le souffle embaumé d'Hélène passait sur mon visage ! Je n'étais plus aveugle ! Non , comme

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