CHAPITRE m
tira une fonh; de conclusions qui toutes j)()rlèrent, ;i leur tour, In trisicsse dans son cœur
Le même jour où Thérèse et Finance s"élaien' rencontrées, M. de Brionne et Hélène se tenaient, vers trois heures de relevée , sous une tonnelle de leur petit jardin. L'ablié avait coutume de prendre un peu d'exercice entre ses repas, et comme la journée était chaude, il s'était contenté, d'arpenter son jardin, appuyé au bras de sa fille adoptive. La promenade achevée, Hélène avait fait la lecture à son cher maître qui , par-ci , par là , trouvait moyen de glisser, en toute occasion, quelques leçons précieuses, soit pour f esprit, soit pour le cœur.
— jN'e te fatigue pas davantage, mon enfant, dit fabhé, je m'aperçois que ta voix baisse.
— Non, mon ])èrc, je vous assure que vous vous trompez... Puis-je me fatiguer quand je vous fîiis plaisir?
— Aloi's, c'est moi qui te fatigue, petite... Lis j)Our foi seule, je vais sommeiller un brin.
— A la bonne heure , mais vous êtes bien mal dans ce fauteuil de bois dur; je vais aller chercher un oreiller.
— Ne bouge pas, je suis très-bien... Lis, je dors...
<c Cet ange-là me fera damner, pensa le chanoine en se souriant à lui-même ; mon âme est
4S LES PÉCHÉS MIGRONS.
criblée do péchés depuis quil liabite sous mou toit, et j'iii sans cesse le mensonge sur les lèvres... Voilà qu'il me faut mentir ou devenir...! ma foi, j"aime mieux mentir... elle se serait exténuée à me faire la lecture... pauvre chère enfant. Que de noblesse sur son front !... que de pureté dans ses traits! Ses vertus Tenveloppent comme Tair qui la fait vivre ; en rapprochant on respire les suaves parfums qui s'exhalent de son âme. . . Chère fdle abandonnée, ma fdle adoptive, à moi, lu es nn miracle vivant, tu es la gloire du Créateur et la fleur de l'humanité. Dieu fit l'homme d'un peu de terre, et Tliomme, a dit un pnëte, est l'abrégé des merveilles ! Dieu a moulé ton corps dans la boue la plus impure, et l'àme qu'il t'a donnée est celle de son ange le plus aimé !... llélas! je m'en vais, moi; j'ai fait mon temps, et cependant je regrette la vie, car en la quittant je te quitte au moment où mes conseils te sont utiles... Jusqu'à ce jour la fille na'i've a vécu de joyeuse insouciance et de ferventes prières... son âme n'a rien demandé au delà de l'amour divin, de ma tendresse paternelle; maintenant elle s'inquiète de son origine, elle cherche sa mère, et ne la trouvant pas elle rinq)lore au ciel; ce n'est pas im vieillard comme moi, triste et cloîtré, rabâcheur et maussade, qui peut prétendre à servir de famille à cette adorable et vive enfant... De quoi puis-jc
Cil\PITRi; III. (.1
savourant deux doigts de vieux vin dAlicante. Aussi bien j'ai ma retraite, je ne dis plus qu'une messe basse... les grandes cérémonies ne vont plus à mon âge; j'ai rendu mes sinécures... il ne me reste plus qu'à secourir les pauvres, et, malheureusement, il n'y a que trop de pauvres un peu partout... Je me fais rat des champs, et je ne vous (]uitte plus.
— ÎVous aurons une délicieuse habitation, mon père, et vous y vivrez comme Abraham ; je compte donc sur vous pour être mon chevalier demain, je viendrai vous prendre vers deux heures de l'après-midi, et nous terminerons notre affaire en peu de temps.
— Je serai à vos ordres... Comment appelezvous ce monsieur de qui vous devez acheter?
— 31. de Nonanville...
— Nonanville!... il m'est complètement in connu... A demain donc, vers deux heures.
Les convives se levèrent de table, et après ([uclques instants passés au salon, on vint prévenir madame de Fontac que sa voiture était arrivée.
Les anciens et nouveaux amis se séparèrent à la grille.
Pendant que Thérèse et son amie Finance achevaient leur entretien sur la place du Panthéon, le vicomte de Fontac, qui s'était recouché avec le frisson, cherchait vainement à s'endormir ; dans son excitation fébrile, il frappait le mur de son alcôve à poings fermés. A voir cet homme s'agiter dansson lit, faire voltiger sesrideaux etses couverturcs, on l'aurait jugé en délire. Ses yeux allumés par la fièvre étincelaient dans leurs profondes orbites; ses joues paies, sa longue barbe, ses dents blanches comulsivement serrées, ses mouvements nerveux et saccadés, donnaient à sa physionomie un caractère effrayant. Chose étrange !
64 I.ES PÉCHÉS MiGKONS.
dans son désordre et sa colère, le malade ne proférait ni un blasphème, ni une plainte... Sa douleur était muette et son front morne.
Tout à coup, des pas lourds retentirent dans l'escalier, le vicomte prêta l'oreille, et aussitôt qu'il entendit frapper à sa porte, il se leva, s'enveloppa d'un mauvais manteau et alla ouvrir.
— Voici une lettre, dit le portier, qu'un grand jeune homme vient de mettre à la loge...
M. de Fontac se remit au lit, approcha sa veilleuse, regarda la suscription de la lettre et se dit:
— Je connais cette écritiire-Ià...
Puis brisant le cachet, il lut en tète : «t Urdacli, 20avn7l85G. »
— Où diable est-ce, Urdach? pensa le vicomte, et que m'y veut-on?
Courant à la signature, il lut : <i Anlonio. i>
— Antonio! Antonio! Je ne connais pas d'Antonio...
Il retourna la lettre pour s'assurer encore qu'elle était à son adresse, et enfin il lut le peu de lignes qu'elle contenait.
« Monsieur le vicomte,
<t Tous les soirs, jusqu'au l!2 mai, enlre neuf et dix heures, vous trouverez à la brasserie lia-
( HAPITRK IV. (Tl
iiimide, barrière de IKloilc, un hoiiime comme vous les aimez. Vous serez fort surpris de me savoir en Espagne, et je vous avoue que jen sui^ eneore plus étonné moi-même. Néanmoins, je suis ici on ne peut plus heureux; je fais un modeste commerce qui me donne de quoi vivre, et si jamais vous vous trouvez dans une gène encore plus sévère que celle où vous étiez quand nous nous sommes séparés, n'oubliez pas que le bienêtre dont je jouis, grâce à mon pelil génie, serait bien transformé en une opulence par votre capacité.
'( L'homme qui sera bien aise de vous voiipour vous donner de mes nouvelles, et vous servir au besoin, est digne de toute votre confiance; il a les dehors d'un pauvre diable et le cœur d'un prince. Vous pouvez remployer à tout ce que vous voudrez. Si vous lui plaisez, il cherchera loccasion de se faire pendre pour vous être agréable. Vous le reconnaîtrez à son costume basque : veste de velours, grand béret et ceinture rouge.
« Adieu, monsieur le vicomte. Si je suis laconique, c'est que je ne sais pas écrire; excusezmoi, et ne doutez pas du dévouement de votre fidèle
>i Antomo. )>
— C'est ce drôle dAiitoine; j'aurais dû le re-
tili I.KS PÉCIIÉS MIGNONS.
conuaitre à ses pattes do mouche... Le voilà commerçant! qui diable laurait imaginé? Oui, certes, je veux voir ce Basque... Aussi bien, cela me divertira un peu... cela chassera... Ah! quel cauchemar! toujours la même pensée, toujours, toujours la même... Eh! mais, je ne suis à Paris que depuis un mois, je ne me suis montré à personne, j'ai fui les lieux publics, nul ne me connaît dans cette rue, et voilà qu'on mécrit d'Espagne. DUrdach à la rue Saint-Jacques, ceci est violent, magique !
En ce moment, les cloches voisines sonnèrent neuf coups égaux.
— Neuf heures!... s'écria le vicomte. Parbleu ! j'aurai, dès ce soir, le mot de l'énigme... d'ailleurs j'étouffe ici !
Et sautant à bas de son lit, il s'habilla à la hâte, couvrit ses membres grelottants avec un mauvais paletot, noua sa cravate sans soin, enfonça son chapeau sur ses yeux, et sortit. En passant devant le portier, il lui fit la recommandation qui, nous le savons, fut fidèlement transmise.
Arrivé sur la place Saint-Michel, le vicomte monta dans un cabriolet et se fit conduire barrière de l'Étoile.
Avisant dans une sombre avenue des Champs- Éhsées un transparent ([ui porlait on lettres