CHAPITRE XI
— Votre histoire et la mienne..., dit le chevalier dune voix sourde.
— Dieu la connaît ! les hommes peuvent l'apprendre, repondit mademoiselle de Péruse en levant les yeux au ciel.
Puis, essayant de quitter son fauteuil , elle chancela et s'accouda sur le marbre de la cheminée. Le chevalier ouvrit la bouche pour répondre ; mais la porte du salon tourna sur ses gonds dorés, et mademoiselle de Péruse murmura lentement ces mots :
— Parlez si vous Tosez !
— Je suis battu, pensa le vieux gentilhomme, il vaut mieux faire la guerre aux Turcs qu'aux femmes.
— Bonjour, ma tante ! bonjour, cher oncle ! dit Marie de Verneuil en s'avançant pour baiser au front ses grands parents; comment avez-vous passé la nuit?
— Bien, mon enfant, et toi? répondit le chevalier.
— J'ai beaucoup prié , un peu pleuré , mal dormi ; cependant je me trouve très-bien... Ai-je mauvais visage, chère tante?
— Tu es charmante, ma fillette, toujours charmante.
— ■ Vous me gâtez... M. de Brionne vous a défendu de me faire des compliments.
226 LES PÉCHÉS MIG?iO>S.
— Nous nous occupions de toi, belle petite, reprit M. de Péruse , et nous disions, entre autres choses, que ton dernier jour de jeune fdle était magnifique, au ciel comme dans ton cœur.
— Et vous aviez raison... Quel bonheur pour moi d'être bénie par vos mains, et de recevoir les sages conseils de vos vertus ! . . . Ah ! si ma pauvre mère était parmi nous !
— Je ferai de mon mieux pour la remplacer, mon enfant.
— Navez-vous pas été ma seconde mère jusqu'à ce jour, ma bonne tante?... Mais ne nous livrons pas à de tristes pensées, parlons de mon bonheur!... Avez-vous reçu des nouvelles de 31. de Fontac?
— Aucune depuis hier; madame de Certènes nous Ta annoncé pour cette après-midi , et tout est prêt... Ce soir, tu seras la vicomtesse châtelaine de ce domaine et adorée de tes heureux vassaux.
— Ah ! voici M. le curé, dit Marie en courant vers la porte. Que nous annoncez-vous , mon père?
— Qu'un cavalier arrive ventre à terre par la grande allée, mademoiselle... Hein! voilà qui nous fait battre le cœur... J'amène le notaire, M. le chevalier, autre nouvelle qui ne fera de peine à personne.