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votre vénérable ami l'abbé de Brionne. L'indisposition dont il a souffert n'aura aucune suite fâcheuse; je suis près de lui à l'hôtel desTrois-Rois, à dix lieues de Verneuil. Nous avons passé la soirée et même une partie de la nuit dernière ensemble. Je pourrais me dispenser de vous dire quel a été le sujet constant de notre douce conversation, si je ne craignais le juste ressentiment de mon adorée fiancée. M. de Brionne m'a recommandé de partir sans retard ; il est résolu à ne pas assister à la cérémonie qui va combler mes vœux et mon ambition. Désirant plaire à mademoiselle de Verneuil avant toute chose, j'ai plaidé en sa faveur pour décider M. l'abbé de Brionne à ne pas lui faire faute dans ce grand , dans ce beau jour. J'ai échoué... mon échec a fait ma joie.

» Je pense que madame la baronne de Certènes arrivera avant moi ; elle a dû quitter Paris dans la nuit. J'arriverai à Verneuilvers cinq heures de l'après-midi, et si une messe de nuit ne fait pas peur à ma belle fiancée, je remercierai Dieu, à deux genoux , de ce qu'il m'aura fait la plus heureuse de ses créatures.

»i Je vous prie de mettre aux pieds de mademoiselle de Péruse mes respectueux hommages et de me faire pardonner par mademoiselle Marie, si l'impatience que je témoigne lui fait craindre d'être trop aimée.

232 LES PÉCHÉS MIGjrOîVS.

«( Daignez agréer, M. le chevalier, l'expression bien vraie de mon attachement aussi respectueux que reconnaissant.

<i Votre très-humble serviteur,

«1 Vicomte de Fo.ntac.

" Ai'tenai, 19 décembre 1818, 9 heures du matin.

« P. S. M. de Brionne vous a écrit, il y a une heure environ, pour vous engager à retarder d'un jour ou deux notre union. Ce que j"ai l'honneur de vous mander , étant postérieur à cette lettre, doit vous faire abandonner les nouveaux projets que vous aviez formés, et remettre toutes choses dans le même état. C'est dans l'intention de vous éviter l'ennui de contremander la cérémonie, que je vous expédie mon valet de chambre à franc étrier. "

— Voilà qui est parler et agir en amoureux, s'écria le chevalier transporté de joie. Pardieu! ceci m'enlève soixante vilaines années... J'ai été bien inspire en n'écrivant pas a nos amis... Ma sœur, préparez votre chapelet; M. le curé, repassez votre sermon; et toi, mon enfant, va te faire belle, fais-toi bien belle, c'est chose facile...

— N'aJlcz-vous pas un peu vite, mon frère? dit d'un ton soumis mademoiselle de Péruse , et M. de Brionne ne scra-t-il pas mécontent de l'em-

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pressement que nous mettons à nous passer de lui?

Le chevalier jeta un regard sévère à sa sœur et répondit en souriant :

— Nous nous faisons vieux, ma bonne amie, et j'ai une affreuse peur des lendemains en général ; Marie tient trop à recevoir ma bénédiction pour m'exposer à ne pas la lui donner...

— Ah! cher oncle, interrompit mademoiselle de Verneuil, pourquoi nourrir de pareilles pensées?... Vous n'êtes cependant pas méchant...

— Demande à M. le curé, ma toute belle, si je n'ai pas un pied dans la tombe , c'est son expression favorite.

— Lorsque vous tardez trop à a enir me voir, M. le chevalier, se hcàta d'ajouter l'excellent pasteur, mais aujourd'hui je vous prédis que vous irez à la centaine.

— J'y consens; mais, alors, le bonheur de ces enfants sera mon élixir de longue vie. On vient de sonner pour le déjeuner; allons nous mettre à table... Donne-moi le bras, petite Marie.

Après le déjeuner, le notaire arriva, et pendant que le curé s'occupait d'embellir la chapelle et que Marie se livrait à ses femmes pour suivre les instructions de son oncle, M. de Péruse, sa sœur, et le notaire , tinrent conseil pour mettre la dernière main au contrat.

Le cabinet du chevalier resta longtemps fermé; les domestiques entendirent quelques éclats de voix qui troublèrent le calme habituel du château, et reconnurent le ton impérieux de M. de Péruse. Déjà bon nombre de voitures étaient rangées dans la cour d'honneur; le grand salon était plein de monde, et les paysans du domaine faisaient chcre lie à l'office. Le chevalier se présenta à ses amis, et chacun put lire sur son visage qu'un sujet de grave mécontentement l'avait agité. Néanmoins il était de trop fine compagnie pour ne pas savoir se contenir et dissimuler ses plus

violents ennuis. Bientôt l'on vit déboucher un coureur de la grande allée, et dix minutes après, le briska du vicomte s'arrêtait devant le perron. Le chevalier de Péruse vint recevoir M. de Fontac, lui tendit la main, et l'embrassa avec effusion.

— Venez, vicomte, venez vous montrer; Marie ne tardera pas à descendre.

— Je vous demanderai la permission de changer ce costume de voyage.

- — Volontiers, cela ne nuit jamais... Ah! que j'ai hâte de vous appeler mon neveu !

— Et moi de vous appeler mon père, répondit vivement M. de Fontac.

Le chevalier baissa la tète et cacha un soupir qui opprimait sa poitrine.

Le vicomte, rendu dans ses appartements, se livra aux soins de son valet de chambre, qui rhabilla de pied en cap avec une merveilleuse habileté et un goût exquis. Pendant cette grave opération, le maître et le domestique s'étaient entretenus sans familiarité, mais sans roidcur, des é\'énements les plus secrets de la vie privée de . M. de Fontac.

— Du diable si je sais ce que madame est devenue depuis que vous l'avez rencontrée, Antoine.

— Ma foi, M. le vicomte, c'est un problème. Je suis cependant bien sûr de ce que j'ai vu, et ma-

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