CHAPITRE XII
Le vicomte échangea un regard rapide avec madame de Certènes ; mais ce regard rencontra Toeil morne du vieillard, et les fronts des coupables s'inclinèrent à la fois.
— Si je ne vous voyais tous les deux trembler devant moi, dit M. de Brionne avec autorité, j'étoufferais le reste de pitié qui murmure encore pour vous dans mon cœur. Approchez, madame la baronne, ne vous étudiez pas à soutenir l'indignation qui, malgré moi, éclate dans mes yeux; je ne suis pour vous qu'un étranger , un pauvre prêtre sans autorité, sans force, et le Dieu que vous avez osé outrager est le maître des toutpuissants. Vous avez commis une action indigne; vous vous êtes jouée de ma confiance, de ma crédulité; vous avez prêté la main à un vol honteux et bas; vous avez aidé, de tout votre pouvoir, ce jeune homme sans morale et sans cœur à tromper une jeune fille digne de votre respect et de l'assistance que se doivent les sœurs chrétiennes... Oh ! monsieur, ne vous révoltez pas à mes paroles, je n'ai encore rien dit qui vous doive offenser; je vais bientôt m'adresser à vous, selon vos mérites; patientez... Oui, madame, je suis instruit de votre conduite, écoutez : vous avez mis tout votre esprit à faire réussir le malheureux mariage de mademoiselle de Verneuil, et cet esprit n'a enfanté que mensonge et déloyauté. Vous
248 LES PÉCHÉS MIGIVONS.
m'avez cache, et vous avez caché à tous, la vie de débauches de l'homme que vous aimez, vous saviez qu'il avait épousé une femme vertueuse et qu'il avait rompu les liens sacrés de ce mariage par un scandaleux divorce.
— Mon père...
— Silence... vous le saviez, vous n'ignoriez pas que la fortune de M. de Fontac a été dissipée, gaspillée, jetée dans les désordres les plus licencieux et les plus dégradants. Follement éprise, vous ne vous êtes pas contentée de ternir votre nom, votre honneur dans une intrigue criminelle, Aous avez voulu cacher cette intrigue sous le voile d'une vierge aussi pure que vous êtes souillée...
— De quel droit et sur quelles preuves m'adressez-vous ces sanglantes invectives? interrompit fièrement la baronne.
— Du droit que me donne mon pieux ministère... Quant aux preuves, elles sont écrites sur votre front, elles sont gravées dans votre âme abandonnée de son Créateur. Je n'avance rien dont je ne sois parfaitement convaincu, madame, vous ne m'avez jamais parlé du divorce de M. de Fontac et vous étiez instruite de ce divorce , car vous connaissez madame de Ravenstein.
— Et quand cela serait, si, dans mon opinion, madame de Ravenstein a mérité son sort?