CHAPITRE Xir. 2ol
qu'elle venait d'entendre, se précipita sur la main du vicomte.
— Laissez faire..., ajouta M. de Brionne, monsieur ne compte plus avec le crime ! . .. Je ne vous sais, d'ailleurs, aucun gré du mouvement généreux que vous venez de faire. La jalousie seule vous l'a inspiré , jalousie dont vous devriez rougir, car Thérèse Keller n'est pas faite pour être votre rivale, même dans le libertinage.
Madame de Certènes se laissa tomber dans un fauteuil, mit ses mains sur ses yeux et sanglota. Le vicomte reprit tout son calme et dit :
— Je suis désespéré du mouvement que j'ai fait, monsieur, mais vous m'avez poussé à bout; je vous prie de ménager votre éloquence; l'échantillon que vous venez de m'en donner me prouve suffisamment de quoi vous êtes capable. Je suis tombé dans le guet-apens d'un sermon, après en avoir essuyé un en chapelle , c'est vraiment trop d'honneur en une nuit, permettez-moi de dédaigner toute espèce de justification et de me retirer.
— S'il est vrai que vous soyez tombé dans un guet-apens, vous subirez les conséquences de ma trahison en m'écoutant jusqu'au bout... sinon, je renverserai d'un mot tout l'échafaudage que vous avez bâti.
— Et de quel mot, s'il vous plaît?
— Vous êtes le mari de mademoiselle de Ver-
neuil, devant Dieu et la loi; mais pour vous foire chasser de ce château comme un aventurier, je n'ai qu"à descendre au souper qui vous attend, et à raconter là , devant les amis de votre nouvelle famille et votre femme, ce que j"ai dit de votre vie, et ce qui m'en reste à dire.
— Achevez donc, je vous écoute.
Et s'asseyant, M. de Fontac se croisa les bras avec flegme.
— Vous prenez le bon parti. Après avoir fait le malheur de madame de Ravenstein, vous vous êtes enfui avec Thérèse Keller, et toute votre fortune a été semée sur les pas de cette misérable ; l'enfant que vous avez d'elle est dans le plus affreux déniiment; et les cinq cents francs que vous m'avez donnés hier pour lui, je vous les remets, les voilà ; je les repousse en son nom , car votre aumô^no lui porterait malheur ! Quand je vous ai raconté l'histoire louchante de ma petite protégée , vous m'avez écouté avec une hypocrisie qui va de pair avec tous vos vices; vous jouez la comédie avec un talent merveilleux , et c'est à l'aide de cet art infernal que vous avez dupé les tuteurs de mademoiselle de Verneuil, ma pauvre Marie, madame de Certènes, moi et votre courtisane elle-même, car vous n'avez pas osé avouer à cette créature le mariage que vous méditiez. Et cependant, vous êtes le fils d'une femme qui