CHAPITRE XII. 25Ô
fut un ange sur la terre, et je vous aimais, malheureux jeune homme , comme si vous m'eussiez dû la vie. Je vous aurais pardonné bien des fautes, bien des erreurs. Mais la lâcheté chez un vicomte de Fontac, mais le mensonge et l'escroquerie...
— Monsieur! s'écria le vicomte avec fureur, vous oubliez ce qui nous sépare. . . Prenez garde! . . .
— Qu"ai-je à craindre, après ce que vous avez fait?... interrompit M. de Brionne avec calme. Je le répète, vous avez été lâche en méditant, de sang-froid, d'empoisonner l'existence de mademoiselle de Verneuil... Croyez que j"ai mes raisons pour me servir de ces épithètes grossières ; je voudrais, en vous disant ces vérités, arracher, s'il en est temps encore , cette femme que voilà à la perdition.
— Oh! mon père! mon père, merci ! murmura la baronne.
Et elle se jeta en sanglotant aux pieds du chanoine.
— Et si j'ai mené une jeunesse orageuse, dit le vicomte ; si, emporté par mes passions, je n'ai pas su les vaincre, est-il impossible que, me corrigeant tout à coup, je rende ma femme aussi heureuse qu'elle le mérite?
— Dieu fait sans cesse des miracles, reprit l'abbé en levant les yeux au ciel, qu'il fasse celui-là, et je lui offre tout mon sang en aclion
LES PÉCHÉS MICNOÎiS. 1. 'i2
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de grâces. Oh ! monsieur, je change de ton et de paroles, la sévérité va mal à mon caractère; voué à la prière , je vous supplie , n'oubliez jamais ce que vous venez de me dire... promettez-moi de renier votre passé , et de vous appliquer au bon- Iieur de l'ange qui porte aujourd'hui votre nom. J'aurais pu , cédant à mon indignation , révéler à tous ici ce que je vous ai reproché, mais c'eût été plonger un poignard dans le sein de celle que je voudrais sauver du désespoir; vous êtes riche maintenant , votre compagne fera votre orgueil , que cet orgueil fasse au moins son bonheur ! Songez à votre mère ; n'a-t-elle pas trouvé toutes les joies dans la sainteté de son union, dans la loyauté de son amour?... Quand je serai mort, vous connaîtrez mon histoire, vous saurez pour quelles pieuses raisons je veux vous aimer comme un fds, et j'aime votre femme comme ma fdle. S'il faut tomber à vos genoux , je le ferai ; sondez votre cœur, il est impossible qu'il n'y reste pas quelque pureté, quelijue noblesse; l'homme est à Dieu tant qu'il possède un soufllc de vie... Ayez pitié de ma vieillesse, ne me faites pas mourir de chagrin ; ayez pitié de la vierge qui vous adore, ne la condamnez pas à vous maudire !
— Mon père ! mon père ! s'écria la baronne en fondant en larmes; je suis bien coupable, je suis