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CHAPITRE XIII

— Tellement satisfait que j'en ai pris la fuite; il y avait là certains fumets qui... Tenez, n'en parlons pas, cela donne des remords.

— Des remords?

— A mon estomac, certainement... Ah çà, et qu'avez-vous?... un rhume? un coup d'air?

Mademoiselle de Péruse fit signe à sa femme de chambre de sortir, et lorsqu'elle se vit en tèteà-tête avec l'abbé, elle lui dit :

— J'ai que je vais mourir !

— Pas de plaisanteries sur ce chapitre, ma sœur.

— Et que je désire profiter de ma lucidité pour vous faire des aveux qui pèsent comme un plomb sur mon âme.

— Mais, ma sœur, dit l'abbé en changeant brusquement de ton , ce n'est pas moi qui ai le bonheur de diriger votre conscience , le curé de Verneuil est en bas.

— C'est à vous que je veux m'adresser, mon père; je comptais vous faire appeler quand tout le monde serait parti , et c'est Dieu , je le reconnais, qui vous envoie... Je l'en remercie!

— 3Iais vous vous exagérez votre mal!...

— Croyez-moi, je ne passerai pas la nuit... Mon âme, en s'échappant de vos mains, trouvera peut-être un Dieu de miséi'icorde, je n'ai plus que cet espoir.

262 LES PÉCHÉS Mif,]\o?rs.

— N'en doutez pas... Je vous écoute, ma •sœur.

— J'ai eu quatre-vingts ans le d3 août dernier, dit mademoiselle de Péruse après quelques minutes de recueillement, et, depuis deux mois, je traîne une chétive existence dont le terme est arrivé. Je meurs de vieillesse et de chagrin!... La fête qui remplit de joie ce château m'a donné le coup de grâce.

— Eh quoi ! ma sœur, l'alliance qui consacre le bonheur de votre petite-nièce , de votre fille adoptive , doit-elle vous laisser autre chose que du contentement?

— Vous allez le comprendre : ce n'est pas une confession que je vais vous faire , c'est une confidence ; mes aveux seraient stériles si je ne les portais qu'au tribunal de la pénitence; il est important que vous soyez instruit, pour réparer, autant que possible, le mal dont je suis coupable. Il y a longtemps que nous nous connaissons , et cependant c'est de l'année de votre naissance que date la douleur dont je vais être débarrassée. Vous souvenez-vous du chevalier de Bélesta?

— J'ai beaucoup connu le chevalier Armand de Bélesta , il a été mon ami 1 . . .

L'abbé réprima un mouvement nerveux en prononçant ces paroles.

- C'est de son père ([ue je veux parler; vos

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souvenirs denfance doivent encore vous le représenter.

— Oui, certes, j"ai reçu de lui force gâteaux et di*agées; c'était un homme aimable et bon, qui fit beaucoup de bruit.

— Vous n'ignorez pas qu'il fut longtemps brouillé avec sa famille pour le mariage qu'il avait contracté aux Indes.

— Je le sais... M. de Bélesta était officier de marine; il s"amouracha d"une jeune fille à Pondichéry et Tépousa secrètement. Lorsqu'il revint en France, sa famille le reçut fort mal et lui défendit, sous peine de le déshériter, d'amener sa femme à Versailles, où les Bélesta étaient en grande faveur. Le chevalier au désespoir réussit, non sans peine , à s'embarquer de nouveau pour la mer des Indes, et il arriva à Pondichéry un mois après la mort de la malheureuse compagne qu'il s'était trop légèrement, mais honorablement choisie. Vous voyez que j'ai la mémoire fraîche et nette.

— Vous n'avez pas dit que le chevalier ramena, dans ce dernier voyage , un fils que la pauvre Indienne avait mis au monde peu de temps après le départ de son mari pour la France.

— Vous avez parfaitement l'aison, et je suis payé pour m'en souvenir. Ce fils fut Armand de Bélesta, mon ami.

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— Le pauvre enfant trouva bon accueil , grâce à la mort de sa mère. La famille du chevalier lui pardonna ce qu'elle appelait une incartade...

— Mais le chevalier ne se consola pas de son veuvage, car il résista à toutes les sollicitations , et se fit tuer, a-t-on dit, vers 1746 ou 48, en combattant les Anglais, laissant son fils âgé de huit ou neuf ans, làge que j'avais moi-même à cette époque. Cette histoire romanesque a fait , Dieu merci, assez de tapage, et M. Bernardin de Saint-Pierre y a certainement puisé quelques chapitres de Paul et Virginie. Mais que peut-elle avoir de commun avec vous, ma sœur?

— Le jeune chevalier Armand de Bélesta épousa, lorsqu'il eut vingt-six ans, l'une de ses cousines, n'est-il pas vrai? poursuivit mademoiselle de Pérusc.

— Hélas! oui, murmura l'abbé.

— Pourquoi hélas? Ces deux enfants étaient bien dignes l'un de l'autre...

— Je dis hélas, parce que... Continuez, ma sœur, mes réflexions n'ont pas le sens commun.

— De ce mariage naquit une fille, mariée en

— A M. le marquis de Verneuil, parbleu! votre neveu par alliance.

— Et enfin 3Lirie de Verneuil, aujourd'hui vicomtesse de Fontac, est née de cette union.

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