‹ Les péchés mignonsChapitre 112 sur 115 · CHAPITRE XIII. 2fi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. 2fi

— Nous savons cela.

— Ce que vous ne savez pas, le voici : Ihistoire de l'Indienne est un roman bien plus que vous ne le pensez.

— Expliquez-vous, je commence à m'y perdre.

— Le jeune officier de marine n'a jamais été marié...

— Ah ! bon Dieu! s'écria M. de Brionne.

— Il a aimé passionnément une jeune fille d'une des meilleures maisons de Provence, à Marseille, et il en a été aimé à Tadoralion. Ayant demandé la main de cette demoiselle, on la lui refusa parce qu'il n'était pas assez riche; ses prières, ses efforts multipliés ne purent dessiller les yeux d'un père qui voulait avantager son fils au détriment de sa fille, et compenser cette injuste répartition de ses biens en faisant faire un gros mariage à celle qu'il sacrifiait. Le désespoir s'empara de ces deux cœurs épris l'un de l'autre, et le démon profita de leur faiblesse pour les tenter... Ils furent coupables ! 3Ion père, cette fille, jeune il y a soixante ans, est devant vous ! Priez pour elle! Ne l'accablez pas !

Mademoiselle de Péruse joignit ses mains défaillantes, et baisa la croix qui pendait à son chapelet.

— Je ne suis ici que pour vous absoudre, répondit l'abbé d'une voix émue ; soyez courageuse

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et forte; le Dieu qui nous attend tous est le père des péelieurs repentants.

— Lorsque mon père s'aperçut de mon déslionneur, il voulut me tuer. Son sang, outragé par mon inconduite, se révolta contre mes supplications, et il me déclara que je porterais tout le poids de mon déshonneur, car il s'opposerait plus que jamais à munir au chevalier de Bélesta. Cependant, cédant à sa fierté, il consentit à me faire voyager pour cacher aux yeux du monde la honte dont je venais de tacher son blason. C'est en Allemagne que je donnai le jour à ce fils qui fut votre ami, et auquel il fallait un nom.

— Quentends-je? Seigneur, bonté divine! je crois rêver, murmura M. de Brionne.

— Mon fils fut confié à des mains sûres, et c'est alors que le chevalier de Bélesta imagina cet ingénieux stratagème du mariage indien dont Versailles a fait ses délices. Le chevalier, au contraire de tous les amoureux qui exagèrent les vertus, le rang et la richesse de leurs bien-aimées, déclara que sa femme était pauvre et de petite naissance ; en un mot, il en dit juste assez pour exciter le courroux de ses parents, aussi orgueilleux que les miens. On lui signifia que sa femme ne serait jamais reçue dans la famille; et, avec cette assurance qui favorisait ses projets, le

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