CHAPITRE XIII
— Il le faut cependant, car l'histoire de mon frère se mêle à la mienne dans son dcnoîiment, et ce dënoûment a eu lieu aujourd'hui.
■ — Que la volonté de Dieu s'accomplisse ! Parlez... mais avant reposez-vous, vous vous épuisez...
— Non; donnez-moi ce looch, il réveillera mes forces... En quelques mots, voici les faits : le chevalier de Péruse, mon frère, est le grandpère du vicomte de Fontac !
L'abbé de Brionne se le^ a tout droit et mit ses mains sur la bouche de mademoiselle de Péruse en murmurant ces mots à voix basse, mais avec feu :
— Malheureuse femme ! ne calomniez pas, ne calomniez pas !
— Ce n'est pas au moment de rendre mon âme à son maître que je lui ferais une nouvelle souillure; ce que j'ai dit est la pure vérité; , vous qui avez connu , qui avez aimé la mère de Marie...
— Ces souvenirs sont morts depuis bien longtemps, respectez-les, de grâce, dit l'abbé avec un soupir.
— Pardon si je vous trouble, mon père, pardon ! . . . mais rappelez-vous combien la ressemblance de cette sainte femme et de mon frère était frappante...
— C'est vrai, c'est fatalement vrai! murmura l'abbé.
— Mon frère a mené une vie désordonnée ; doué des qualités les plus aimables, il ne s'en est servi que pour semer des douleurs sur sa route et faire de malheureuses victimes ; rien ne lui a été sacré, ni la paix de l'épouse, ni la vertu de la vierge; et jusque dans sa vieillesse, il a conservé cette ironie impudente qui met le comble aux licencieux exploits de ses vertes années. Séduite par lui, la grand'mcre du vicomte fut criminelle , et aujourd'hui M. de Fontac porte un nom qui n'est pas le sien. Vous devez comprendre, dès lors, pourquoi 31. de Péruse a tant hâté le mariage de son petit-fds, le seul être qu'il aime, sans doute parce qu'il marche sur ses traces, et promet de devenir comme lui l'un de ces hommes dangereux dont toute famille se garde et que toute femme doit fuir comme un fléau.
■ — Mais vous, comment avez-vous pu consentir au mariage de Marie?
— J'étais sans cesse menacée par mon frère de révélations qui me faisaient trembler... Longtemps j'ai eu la ferme intention de résister, mais cette fermeté eût mis le deuil dans le cœur de ma pauvre Marie ; et d'ailleurs je n'ai pas eu la force de m'exposer à son mépris peut-être!... Enfin, le mal est fait. Je n'ai eu de courage que pour