‹ Les péchés mignonsChapitre 13 sur 115 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

conduit cette affaire avec autant de prudence que de chaleur ; si je ne vous en dis pas davantage, c'est que je veux vous laisser le plaisir de la surprise. » Vous comprenez, mon père, que je me suis contenté de cette succincte analyse, et que, le soir venu, je me suis hâté de venir ici.

— C'est donc pour cela que je vous vois en habit de bal?

— Précisément, répondit le vicomte en baissant les yeux avec un embarras passager.

— J'imagine que vous deviez souffrir mortellement chez madame de Certènes, obligé à l'étiquette et aux banalités pendant que votre cœur était chez un pauvre prêtre au fin fond de Paris, dans la rue de Vaugirard , qui est la Chine des gens du monde. Eh bien ! mon garçon , ajouta l'excellent homme , vous allez être récompensé du zèle que vous avez mis à me rendre visite, en petits souliers et culotte courte, malgré dix degrés de cette nuit glacée; écoutez-moi bien.

— ■ Je suis tout oreilles , dit le vicomte en approchant son fauteuil de celui de l'abbé.

— La diplomatie, dit M. de Brionnc, est une science horriblement ardue, et si jamais on me demande mon avis sur ce texte, je pourrai répondre savamment , grâce à vous , mon cher Alfred. Il est vrai de dire que vous m'avez fait débuter comme les maîtres, par un chef-d'œuvre,

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st je ne céderais pas le traité que j'ai conclu en votre faveur, il y a de cela huit jours , pour la paix de Nimègue ou les articles de Campo- Formio, deux merveilles de gloire, s'il en fut.

— Ah ! mon père, vous me faites tressaillir.

— Toutefois, soyez convaincu que je vais brusquement arrêter ma carrière dès cette première prouesse ; le métier d'ambassadeur est trop rude pour un vieillard qui aime Dieu et son repos par-dessus toutes choses... Allons, c'est trop vous faire languir , voilà une belle demi-heure que je vous tiens le bec dans l'eau , et ma gouvernante n'a pas tort de dire que vous êtes patient comme un anachorète. Mon ami, vous n'avez plus rien à désirer, mademoiselle de Verneuil est sortie de son couvent depuis trois jours ; elle n'a quitté ce lieu de paix , de piété et de travail que pour monter en chaise de poste et prendre la route du château, où elle ^ous attend. Le jour même de votre arrivée à Verneuil , vous serez uni , par l'église et par la loi, à un ange de douceur, de vertu et de bonté. Que cet ange vous vienne en aide pendant les longues années que le ciel vous destine; qu'il soit votre compagnon, votre soutien, votre amour, tel est le vœu sincère du plus vieil ami de votre famille. Si vous avez hérité, et je n'en doute pas, des nobles sentiments de votre mère, si vous avez au fond du cœur les loyaux

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