CHAPITRE II
principes de M. le vicomte votre père, vous ferez la joie et le bonheur de la chère enfant que je vous ai choisie et que je vous confie en toute sécurité. — Songez, mon cher ami, que le sacrement de mariage impose à l'homme des devoirs dont il ne s'affranchit, hélas! que trop souvent. Lorsqu'on s'associe à un être aussi intéressant que l'est l'innocente jeune fille quittant la maison de Dieu, comme mademoiselle de Verneuil, ou le giron maternel , on se charge à la fois de lui offrir et les consolations de la prière et les caresses de la famille. Si rien n'est pur comme la virginité, rien n'est noble et respectable autant que la communauté vertueuse de deux enfants du Seigneur, beaux, jeunes et pieux. Vous me comprenez ; je ne veux pas anticiper sur les jouissances qui vous attendent , en vous faisant ce soir une partie du sermon que vous entendrez probablement demain ; car je présume que vous ne resterez pas vingt-quatre heures à Paris après ce que je viens de vous dire, et surtout après ce que je vais vous lire.
— Oh ! mon bon père, tant que je vous écoute, je suis sous le charme de votre parole éloquente et affectueuse... Quand vous vous tairez, j'avoue que je ne songerai qu'à prendre la poste.
— Oh ! c'est, ma foi, bien naturel.
Alors M. de Brionne se leva , et ouvrant son
secrétaire, il y prit une lettre qu'il offrit au vicomte en lui disant :
— Tenez, lisez, lisez tout haut; je ne saurais entendre trop souvent les suaves pensées qu'exprime si délicatement cette lettre; je vais jouir avec délices en vous écoutant. Les phrases de ma petite Marie, en passant sur vos lèvres, mon jeune ami, y prendront, ce me semble, une fraîcheur nouvelle et de nouveaux parfums... Allez, j'écoute.
Le vicomte réprima un léger tressaillement que l'abbé ne laissa pas échapper ; mais l'attribuant à l'émotion et à l'amour, il n'en témoigna aucune surprise, et son intérêt pour le jeune homme s'en accrut naturellement.
M. de Fontac ouvrit la lettre et lut, d'une voix qui , d'abord émue , se raffermit peu à peu et passa par tous les tons qu'exigeaient les sentiments de répitre de sa fiancée :
^ Sainte-Anne, 13 décembre 1818.
«cMon bon père, c'est à vous que je veux ouvrir mon cœur par un mouvement de bien douce reconnaissance et de bien respectueuse tendresse.
•c Je quitte le couvent où j'ai passé huit années de ma belle enfance, car il me semble que je ne sortirai de l'enfance qu'en sortant de cette maison