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CHAPITRE II

OÙ je me dépouille, dès aujourd'hui, de mes vêtements de fillette. A quatre heures de Taprèsmidi, mon tuteur et ma tante Aicndront me prendre et je passerai du seuil de Sainte-Anne dans une voiture qui nous conduira au château de Verneuil , où je trouverai la tombe de mes pères, et où j'attendrai le bonheur qui vient de vous.

<t Mon cher bienfaiteur, au temps où vous donniez les premières leçons à la petite orpheline , lorsque vous croisiez ses mains sur sa poitrine, au chevet de sa couchette et dès le matin, vous lui disiez : i; Prie , mon enfant , afin que t! Dieu bénisse ta journée. ;> Le soir, quand mes paupières appesanties résistaient au sommeil , vous preniez mon front sur vos genoux , et vous disiez : n Prie, enfant, pour remercier Dieu. " Ces paroles , qui étaient descendues au fond de mon petit cœur, m"ont appris, en grandissant, à n'être jamais ingrate ; voilà pourquoi je viens à vous aujourd'hui, à vous que j'ai implore, et qui m'avez si souvent entourée des plus tendres soins.

<c J'ai dix-huit ans, on dit que je ne suis plus une enfant, je veux bien le croire, puisque c'est aussi votre avis, et me voici prête à vivre en grande personne , à vivre en femme, puisque c'est le mot consacré. Ne croyez pas que je veuille me faire meilleure que je ne suis-, je ne vous dé-

■y2 LES PECHES MIGXOWS.

crirai pas longuement les regrets que je laisse à ma bien-aimée prison; trop souvent mes compagnes qui ont pris le vol avant moi ont feint des désespoirs dont je n'étais pas dupe, pour qu'aujourd'hui je risque de faire soupçonner le chagrin réel que j'emporte avec moi. J'étais libre de choisir entre la vie cloîtrée et le monde, nulle volonté ne m'a été imposée, et ne me sentant pas toute la force et la vertu des sœurs chrétiennes, je me suis volontairement décidée à aimer et servir Dieu comme l'a aimé et servi ma mère.

« Instruite par vos pieuses et chères leçons, je me doute des devoirs qui m'attendent dans une société'que je ne connais pas, et dans laquelle j'entrerai , non sans trouble ," mais sans peur et sans tache, car vous m'y suivrez, mon père. Je ne sais rien du monde, absolument rien, si ce n'est que c'est une réunion des créatures de Dieu qui doivent, à la pureté de leur essence, joindre l'expérience du bien et la sagesse qui en découle.

<i Dans la retraite où se sont passés mes jours d'étude et de folies enfantines, mes oreilles n'ont été frappées d'aucun bruit qui leur ait semblé étrange, mes yeux n'ont rien vu qui les ait étonnés. Le développement de mon intelligence et de mes facultés a subi une loi qui ne m'a apporté aucune sensation pénible, et je ne prévois rien

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