‹ Les péchés mignonsChapitre 16 sur 115 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qui doive m'effrayer dans la voie nouvelle où je vais m'engager.

«i Cependant, pourquoi le tairais-je? depuis le jour où M. le vicomte de Fontac a accompagné mon tuteur et ma tante , depuis ce 20 août du dernier été, dont j'ai, malgré moi, gardé la mémoire, j'ai appris, presque à mon insu, qu'il existe parmi les hommes un homme que je dois chérir plus que tout mon prochain , un homme pour qui mon affection est un mélange de l'aveugle piété fdiale, de l'amitié que je vous ai vouée, et du culte dont nous honorons le Seigneur.

«t Est-ce donc là ce qu'on appelle l'amour? J'avoue que le mot et le sentiment m'étaient également inconnus. Vous étiez en voyage à cette époque décisive pour mon avenir, vous n'avez pu être présent à cette entrevue , et mes regards troublés, sans être blessés, semblaient vous chercher pour vous confier les élans de mon cœur. Depuis je vous ai revu ; vous m'avez apporté les propositions de mon tuteur et les offres de M. de Fontac, et, sollicitant une réponse de votre fdle adoptive (des noms que vous me donnez, c'est celui que je préfère), vous avez reçu mes aveux; je crois me rappeler que ces aveux ont rempli mes yeux de larmes, et que vous avez, dans ce même moment, baisé mon front qui, disiez-vous, ne savait pas rougir.

«Pourquoi aurait-il rougi? Ne faisais-je pas, en acceptant M. de Fontac pour époux, ce qu'avait fait ma mère chérie? et l'union à laquelle je me décidais ne m'a-t-elle pas été conseillée par vous, et ne doit-elle pas être bénie au pied de la croix?

<t Vous m'avez demandé, hier en me quittant, si j'aimais toujours le vicomte votre protégé.

<! Je vous ai dit que oui, et je vous le répète encore. Je vous l'ai dit sans hésitation, et je récris sans que ma main tremble. Ai-je jamais bégayé en vous disant que je vous aimais, mon bon père? Qu'est-ce donc que ce mot aimer, s'il n'est le s}Tnbole d'un dévouement qui doit survivre à la poussière du tombeau?

<i Un seul souci me reste et me laisse pensive ; ce souci est né de notre premier entretien. Vous m'avez dit que toute épouse chrétienne était chargée du bonheur de son mari, qu'elle en devenait en quelque sorte responsable. Voilà une lourde croix, mon père, ou plutôt un imposant devoir! Mais pour accomplir ma mission, qui est glorieuse après tout , vous ne m'épargnerez ni vos conseils, ni vos sermons. Soyez persuadé que toute femme que je serai, vous me trouverez aussi docile et aussi attentive, aussi sage, en un mot, qu'au temps où vous aviez de courtes semonces et de gros bonbons en réserve pour votre petite Marie.

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