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CHAPITRE ir

<( Adieu, mon bon père, je me suis réfugiée dans ma cellule pour vous écrire plus à mon aise, et pour remettre ma tète sur vos genoux, afin que vous me bénissiez comme vous le fîtes lors de mon entrée au couvent. Ma tante m'a annoncé que vous m'aviez fait cadeau de mon voile de noce et de ma couronne d'oranger ; vos fleurs me porteront bonheur, et je les croirai venues du ciel.

« Nous serons demain vers deux heures à Verneuil; mon tuteur, qui attend chaque jour M. de Fontac, désire que le mariage soit célébré aussitôt son arrivée. Je ne comprends pas trop cette détermination, et je ne saurais vraiment vous l'expliquer; mais je ne m'y oppose pas. Résolue et dévouée, il me tarde de me consacrer entière-, ment à mon seigneur et maître que vous aimez tant, et que je choisis pour vous plaire.

«; Vous n'avez donc que le temps de vous mettre en voiture pour venir nous rejoindre ; mariée loin de vous, j'aurais l'air d'une victime et je pleurerais à coup sûr.

<c Tout à vous de cœur et d'âme, mon bon père , en souvenir d'inaltérable reconnaissance : >'. Votre fille en Dieu et servante, « Marie de Verneuil. »

— Eh bien! qu'en dites-vous? murmura l'abbé

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en essayant de surmonter une émotion visible et en essuyant à la dérobée deux larmes qui grossissaient aux coins de ses prunelles. Qu'en ditesvous, mon cher Alfred? Est-ce un trésor que cette enfant-là !

Le vicomte était lui-même dans une agitation qui ne lui permit pas de répondre; il balbutia quelques mots sans suite, et fut interrompu par M. de Brionne, qui continua :

— Pourquoi vouloir me cacher ce que vous éprouvez? J'aurais une bien triste opinion de votre cœur s'il ne setait pas amolli dans cette circonstance. Ah! jeune homme, ayez bien soin de cette perle que je vous confie, et, dans toutes les bonnes et mauvaises chances de votre vie, n'oubliez jamais ce qu'était votre fiancée pour savoir chérir et vénérer votre femme ! En se mariant, Thomme prend presque toujours pour épouse une jeune fille dont l'àme est blanche comme l'aile des anges ; mais bientôt il perd tout souvenir de cette pureté qu'il trouble lui-même par son oubli, par son abandon, par ses infidélités. Un jour vient, jour triste! où, fatigué, l'homme s'arrête et se retourne ; il cherche alors la compagne qu'il avait choisie, qu'il avait aimée, qu'il avait épousée à la face du ciel; il la cherche telle qu'elle était au temps où il l'a délaissée, et souvent, hélas ! la main de Dieu peut seule rele-

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