‹ Les péchés mignonsChapitre 19 sur 115 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

contre la cloison du cabinet; Jésus! mon Dieu! qu'avez-vous, ma chère sœur?

La jeune dame, au toucher d'une main secourable, sembla se ranimer et ouvrit de grands yeux larmoyants. Tout à coup elle recouvra la mémoire et se leva précipitamment.

— Vous vous êtes donc trouvée mal, mon enfant? Je vais vous faire prendre quelque chose, un peu de fleur d'orange... Le froid vous aura saisie... Voulez-vous un peu de brou de noix? c'est souverain pour l'estomac. . . Comme vous êtes pâle !

— Ce ne sera rien, murmura l'étrangère dune voix si faible que mademoiselle Marthe eut peine à l'entendre, ce ne sera rien, j'ai eu nn étourdissement , un ébîouissement ; c'est la fatigue, l'anxiété... Rassurez-vous, je suis remise, je vais très-bien... Où est donc M. de Brionne?... la visite est-elle partie?

— Eh ! bon Dieu ! non , c'est bien ce qui me fâche et me désespère. N'avez-vous donc pas entendu tout ce qui s'est dit à côté de vous, dans ce cabinet?

— Quel cabinet? demanda la jeune femme avec un serrement de cœur qui faillit l'étoufTer. • — Là... derrière cette cloison.

— Oui, en effet, j'ai entendu parler, mais...

— Vous n'avez pas écouté ; dame ! c'est le mé-

lier d'une honnête personne comme vous. D'ailleurs, vous n'auriez rien entendu qui ne fût à entendre; M. labbé est un saint liommc du bon Dieu, toutes ses paroles sont des leçons, toutes ses actions sont des vertus. Bref, il parait que le jeune homme dont il a reçu la visite est une vieille connaissance à lui et quil l'aime autant qu'il l'estime ; dans ce moment, ils sont à souper tranquilles comme Baptiste, sans se douter que vous êtes là à vous morfondre et à perdre connaissance. Aussi, je suis venue vous demander si vous ne voulez pas que je prévienne monsieur.

— Gardez-vous-en bien, mademoiselle, reprit l'étrangère avec un élan d'effroi qu'elle modéra par degrés, M. de Brionne et vous devez seuls me savoir ici. Toute indiscrétion, toute imprudence me pourraient perdre ! . . .

— Prenez donc courage ; je retourne au souper; mais si je touche à mon assiette, ce sera miracle. Adieu, mon enfant.

La gouvernante du chanoine repassa par la bibliotiièque et regagna la salle à manger.

La jeune femme avait suivi tous les mouvements de mademoiselle Marthe; aussitôt qu'elle eut perdu le bruit de ses pas, elle ouvrit la porte secrète, jeta un regard rapide dans la bibliothèque et s'y glissa furtivement.

Les tisons n'avaient plus de flammes, une lueur

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