‹ Les péchés mignonsChapitre 24 sur 115 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

<i — Oh ! non, au contraire.

<! — Pourquoi donc craignez-vous de la rejoindre.

u — Elle jn'a défendu de descendre dans la rue sans elle.

« — Elle a raison, ma chère petite, on pourrait vous faire du mal ; ainsi remontez bien vite

«c — Oh! ce n'est pas ça que craint maman; hier j'étais allée à la fontaine qu'est là-bas, et un porteur d'eau m'a donné deux beaux sous que j'ai portés à maman , croyant qu'elle m'embrasserait beaucoup.

.1 — Eh bien ?

« — Maman m'a grondée bien fort, en me disant qu'il n'y avait que les petites laides qui tendaient la main dans la rue.

« — Et après vous avoir grondée, qu'a fait votre mère?

<t ■ — Oh ! elle m'a embrassée de toutes ses forces, parce qu'elle voyait que j'allais pleurer.

«I — Et après ?

« — Après elle est sortie en me disant d'être bien sage, qu'elle allait revenir. Puis elle est rentrée avec un beau pain tout doré qu'elle m'a donné.

«1 — Et vos deux sous?

" — C'est avec eux qu'elle m'a acheté du pain, pour faire plaisir au bon Dieu.

52 LES PÉCHÉS MIGIVONS.

•I — Et a-t-elle mangé ce pain avec vous ?

«( — Rien qu'un tout petit morceau ; elle me disait que de me voir manger ça la nourrissait.

« — Mais, mon enfant, pourquoi avez-vous désobéi à votre maman en la quittant encore ce matin? vous ne craignez donc pas de la fâcher?

<c — Oh ! si fait, M. le curé ; mais maman dormait ce matin et moi j'avais bien froid, et comme mon frère Faust, quand il avait froid, se mettait toujours à courir, je suis descendue dans la rue pour me réchauffer un peu sans réveiller maman;... mais j'ai toujours froid... faites-moi un peu chaud sous votre beau manteau, M. le curé, je vous en prie.

<t J'enveloppai la pauvre enfant sous les plis de mon manteau, et lui dis :

«( — Voulez-vous me conduire près de votre maman, ma bonne petite?

n — Oh ! je veux bien, mais elle me grondera.

Il — N'ayez pas peur.

<c Guidé par ce pauvre ange, j'enfdai une allée sombre, étroite, malsaine, et je posai les pieds à tâtons sur les premières marches d'un escalier humide et boueux. Bientôt la rampe vermoulue de cet escalier se changea en une corde grasse et roide qui nous conduisit à une mauvaise porte d'une affreuse mansarde. Le cœur me battait à

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