CHAPITRE
tout rompre, et la voix fraîche de la jeune fille ne cessait de me répéter :
>! — Marchez bien doucement; ne faites pas de bruit, la pauvre maman dort; il ne faut pas la réveiller.
ic La fdlette tira une ficelle qui souleva un loquet ; et poussant la porte avec précaution, elle glissa son petit corps dans une chambre ouverte à tous les vents, ôta ses souliers, fit quelques pas en se haussant sur la pointe des pieds et revint à moi pour me faire signe d'entrer.
<t Si j'étais poëte ou romancier, j'aurais fort à faire pour donner une idée de la grâce et du charme répandus sur ce délicieux petit être. L'un de nos écrivains sacrés a dit avec une parfaite candeur que dans toutes nos bonnes actions nous sommes conseillés et guidés par des anges. Certes, c'était un ange qui m'avait pris par la main et conduit dans ce galetas ; au moins me le suis-je figuré pendant tout le temps qu'a duré ma visite.
ti J'entrai donc dans la chambre, et je me sentis pénétré par la bise qui soufflait par les fentes de la toiture et des lucarnes mal fermées. Au fond de cette pièce odieuse était un mauvais grabat, et sur ce grabat une femme dormait profondément. Si je n'avais pas su que cette femme était la mère de ma petite Alsacienne, je l'aurais aisément deviné en contemplant ses traits. La
ressemblance est merveilleuse ; longs cheveux blonds répandus sur la poitrine et les épaules, grands yeux battus, front triste, mais noble, douceur angélique de physionomie, c'était frappant, je le répète.
Il Ah çà ! mon jeune ami , mangez donc ; il ne faut pas que mon histoire vous coupe l'appétit... Voulez-vous revenir au perdreau ?
— Non, de grâce, continuez votre histoire, elle m'intéresse vivement.
Le chanoine rassembla, avec le pouce et l'index de sa main blanche et potelée , un cœur et quelques feuilles de laitue, dont il lit une réjouissante bouchée, puis il continua son récit.
— Respectant le sommeil de cette pauvre femme, et ne voulant pas rester désœuvré, je commençai par entortiller la petite fille dans mon manteau; ce qui étant fait, je m'agenouillai au pied du lit de sa mère, et je priai Dieu pour elle. Je priai de toute mon âme, car la prière, mon cher Alfred, est le remède à tous les maux; elle console le pauvre et elle inspire le riche. Quand la mère de ma petite protégée ouvrit les yeux, elle poussa un cri de sm-prise et d'effroi ; mais reconnaissant un serviteur de Dieu, elle se signa aussitôt, et me dit d'une voix ûiible :
« — Qui vous a conduit ici, mon père?
<i Je montrai la fillette, qui, s'élant débarrassée