CHAPITRE
deux heures du matin? vous tomberez malade si vous ne prenez quelque repos.
— Ma gouvernante est sage comme Mentor, M. de Fontac; quittons-nous, recevez mon embrassade, rappelez-vous mes recommandations, et dites à Marie que j'irai passer un mois d'été à Verneuil pour la dédommager... Ah ! venez prendre votre carrick et votre chapeau... Comment regagnerez-vous votre logis?
— Mon cabriolet doit être à votre porte.
Le vicomte de Fontac endossa son carrick, mit son chapeau, sans enlever le mouchoir qui cachait le billet de l'étrangère, et descendit précédé de la gouvernante.
L'abbé fit deux ou trois tours dans son cabinet, en disant à voix haute :
— Chère Marie, tu seras heureuse, bien heureuse ! Allons en remercier Dieu !
Après quoi, M. de Brionne tourna le bouton de la porte secrète, entra dans la chapelle et demeura stupéfait devant la jeune femme, qui, d'une main, se soutenait à la corne de l'autel, et, de l'autre, écartait les cheveux dont son front était voilé.
— Qui étes-vous, madame? demanda le chanoine après une assez longue pause.
— Je suis la vicomtesse de Fontac, répondit l'étrangère d'une voix ferme quoique émue.
Le visage de M. de Brionne demeura calme; le digne abbé avait l'intelligence paresseuse à l'endroit du mal, et, quoique ses aumônes l'amenassent souvent à découvrir d'odieuses turpitudes, ce n'était jamais sans efforts qu'il parvenait à comprendre les mystérieuses souillures du cœur humain. En entendant la réponse de la jeune femme, qui était restée immobile et le front penché devant lui, il sembla réfléchir pendant quelques instants, puis il dit avec une candeur naïve :
— Madame, je n'ai pas l'honneur de vous connaître, ou tout au moins mes souvenirs sont bien infidèles.
— Vous me voyez et je vous vois pour la première fois, mon père, et il m'a fallu bien du courage pour venir jusqu'à vous.
— Mon Dieu, mon enfant, si je peux vous être utile, ce sera de grand cœur... Voulez-vous passer au salon? cette chapelle est froide et vous frissonnez.
— Permettez que je reste ici, mon père, l'image de la sainte Vierge me soutient dans les aveux que j'ai à vous faire, et ces aveux sont pressés, malheureusement trop pressés ! . . . Le nom sous lequel je me suis annoncée doit vous étonner?
— Le hasard est, en effet, singulier ; vous portez un nom qui m'est cher, et, si nous n'étions tous frères, j'avoue que ce nom seul vous vaudrait plus qu'à d'autres ma protection. A quelle branche des Fontac appartenez-vous? aux Fontac du Béarn, qui sont de la Paluze , ou aux Fontac de la Gironde , qui sont de la maison Marcillac? Je ne connais que ces deux familles du nom de...
— Je suis la vicomtesse de Fontac de la Paluze.
— 3Iais, voici qui me dépasse. Je ne connais de cette famille que le vicomte Alfred de Fontac, fds unique de feu le vicomte de Fontac, mort en émigration, ce jeune Alfred...
— Avec qui vous venez de souper, mon père.
— Justement...