‹ Les péchés mignonsChapitre 29 sur 115 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

— C'est mon mari , murmura la jeune femme d'une voix troublée.

— Votre mari ! répéta l'abbé en reculant d'un pas et en attachant sur la vicomtesse des regards étonnés.

— Hélas ! c'était mon mari ; car je n'ai plus le droit de porter son nom , ajouta la jeune femme en essayant de dévorer quelques larmes.

— Ah çà ! ma chère dame , expliquons-nous ; ceci me paraît être au-dessus de ma perspicacité ; vous dites que vous êtes...?

— Mademoiselle de Ravenstein, mariée en 1815 au vicomte Alfred de Fontac, et...

— Et...

— Divorcée le 18 mai 1815.

— Divorcée! s'écria l'abbé. Ah! malheureuse! que m'apprenez-vous là? Savez-vous que M. de Fontac est fiancé à...?

— Mademoiselle Marie de Verneuil, je le sais, et ne suis amenée ici que pour faire rompre ce mariage.

— Hàtez-vous alors, car le temps marche, et ne marche que trop vite, vous l'avez dit... Mais asseyez-vous, de grâce, asseyez-vous.

Le chanoine présenta une chaise et s'assit luimême en répétant :

— Arrivons au plus pressé, je vous en supplie.

— Il faut, avant tout, mon père, prévenir la

famille de Verneuil ; le moindre retard peut amener de grands malheurs.

— Mais le vicomte m'a quitté pour courir la poste sur la route de Verneuil.

— Cette nuit?

— Cette nuit.

— Ah ! mon Dieu ! eh bien ! il faut nous mettre à sa poursuite et brûler le pave... d'ailleurs on ne se marie pas en quelques heures; le vicomte arrive de Berlin ; ses bans ne sont pas publiés, nous avons au moins quinze jours pour agir.

■ — Détrompez-vous, ma chère dame, tout est prêt. Ce mariage, qui est à peu près résolu depuis deux mois, a été légalement afliché et annoncé. Le code et l'Église sont satisftiits; on n'attendait plus, pour la mairie et pour l'église, que l'arrivée du fiancé , et c'est le jour même de cette arrivée que les époux doivent être unis par l'officier public et bénis par le prêtre...

— Partons donc , mon père , s'écria la vicomtesse en se levant précipitamment, partons sans plus tarder.

— Partir! mais comment? et pour où?

— Partons à quatre chevaux et pour Verneuil, que vous connaissez probablement.

— Sans doute... mais je n'ai pas de voiture.

— Mon coupé est dans la rue, venez... en route je vous raconterai cette fatale histoire.

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