‹ Les péchés mignonsChapitre 30 sur 115 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

— Et mes pauvres, que vont-ils devenir? qui les soignera?

— Cette même Providence qui vous a déjà mis sur leur chemin.

— Il le faut !... murmura le chanoine avec un gros soupir. Madame, suivez-moi.

M. de Brionne entra dans la bibliothèque, suivi de la jeune femme, prit son chapeau, son collet et sa canne, puis il passa dans le salon, où mademoiselle Marthe l'attendait.

— Bonté du ciel ! et où allez-vous, monsieur? s'écria la brave gouvernante.

— Marthe, ma fille, je vais quitter Paris, pendant un, deux ou trois jours...

— Hélas ! et vous partez de ce pas ?

— De ce pas, vous l'avez dit... je laisse à vos soins tous mes pauvres, ayez pour eux une égale sollicitude. Où est Benoîte?

— Elle est couchée et dort, ainsi que vous et moi devrions faire, M. labbé.

— Vous l'enverrez chez les frères , chez M. le duc, au chapitre, à Saint-Etienne et à Saint-Jacques, pour donner avis de ma courte absence. Vous lui recommanderez le bouillon gras de ma pauvre Alsacienne ; je désire que ce bouillon ne soit ni trop fort, ni trop ftiible, et saupoudré de gélatine. Vous irez voir, dans la journée, cette pauvre madame Keller.

— Madame Keller ! répéta la vicomtesse , qui écoutait respectueusement les recommandations de l'abbc.

— Oh! oui, connaîtriez-vous encore cctJe intéressante créature ?

— Madame Keller, qui habite Herlisheim, près de Colmar?

— C'est cela même.

— Et qui a deux fdles et un garçon?

— Précisément.

- — Quoi ! cette pauvre femme est à Paris?

— 31alheureusement pour elle, oui.

— Mais elle doit être dans une misère affreuse?

— Aussi affreuse que possible ; cependant , je crois que ses chagrins les plus violents ne viennent pas de son indigence.

— Assurément non... c'est une triste histoire qui se mêle à la mienne... Venez vite, bien vite, mon père; de grâce, ne perdons pas une minute.

— Vous entendez, Marthe, vous entendez... éclairez-nous... Madame, je suis à vos ordres ; veuillez passer devant... Ah! donnez-moi votre bougeoir, Marthe, et allez me chercher mon portefeuille ; je suis sans argent.

— J'en ai pour vous et pour moi , mon père ; nous réglerons nos comptes plus tard.

— Que la volonté de Dieu soit faite ! je ne souf-

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