‹ Les péchés mignonsChapitre 34 sur 115 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

que la pensée de rentrer dans notre beau pays et d'y retrouver la tombe de ma mère me faisait tout oublier avec dédain.

<i Nous revînmes à Herlislieim. Nos premiers pas dans ce village , que j'avais quitté à Itàge de huit ans, amassèrent dans mon cœur des émotions à la fois douces et mélancoliques ; mon père était appuyé à mon bras, et marchait péniblement. Le souvenir de son ancienne opulence et celui de ma mère se disputaient sa faible tète, et, lorsqu'il revit le château de Ravenstein passé à vil prix dans des mains étrangères, je crus qu'il allait mourir.

— Tout n'est que vanité, ma fdlc, dit le chanoine, qui jusque-là avait écouté en silence ; je vous offre le pendant du château de Ravenstein dans la terre de Val-sous-Villc, qui nia été ravie à grands coups d'assignats. Continuez.

— Nous étions à Herlisheim depuis deux mois à peine, lorsque mon père reçut la visite d'un jeune élégant que nous avions vu souvent à Berlin, qui m'avait fait danser à plusieurs bals, et dont le père avait émigré dès les premiers jours de la révolution ; vous devinez de qui je veux parler?

— Du vicomte de Fontac ?

— Oui. Nos pères s'étaient un peu connus à l'armée des princes, et le jeune vicomte, qui était alors orphelin, avait toujours été reçu par nous

avec une cordiale affection. Cette visite causa un vif plaisir au vieillard qui s'était vu abandonné de ses meilleurs amis en même temps que la fortune et la vie se retiraient de lui. Le vicomte acheta une terre près dHerlisheim , et nous demanda la permission de nous visiter souvent et en voisin. Cette permission lui fut accordée sans arrière-pensée aucune.

tt Je veux vous épargner un récit qui ne convient pas à votre gravité et qui envenime toutes mes blessures. Je vous dirai donc à la hâte que la présence du vicomte amena un changement complet dans Texistence de mon père et dans la mienne. Je ne tardai pas à m"apercevoir que Ihumeur chagrine du baron de Ravenstein fuyait chaque jour devant une douce quiétude , et que ma folle insouciance faisait place à une mélancolie dont j'avais peine à me défendre. Je me surprenais à soupirer et à rêver quand le vicomte passait quelque temps sans nous voir ; et lorsque j'entendais le galop de son cheval, j'écoutais les tressaillements de mon cœur avec une délicieuse émotion que je ne clierchais même pas à m'expliquer.

<( Un soir, mon père m'attira près du fauteuil dont il ne se levait plus qu'avec peine , et m'annonça, le sourire aux lèvres, le visage radieux, qu'il fallait songer à nous quitter bientôt. A cette nouvelle, je sentis de grosses larmes rouler sur

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