‹ Les péchés mignonsChapitre 35 sur 115 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mes joues , je me serrai contre le sein du vieux guerrier, et je lui demandai pourquoi nous devions penser à cette séparation.

<( — C'est que je vais bientôt mourir, fille chérie, me répondit-il.

«t Épouvantée, je regardai mon père, et je vis briller son regard d'un feu que je croyais à jamais éteint.

<c — Ne t'alarme pas, mon pauvre ange, reprit aussitôt le vieillard; car je mourrai content, car je rendrai mon âme à Dieu en le bénissant des bienfaits dont il nraura comblé à mon lit de mort, car, en fermant les yeux sur toi , je les fermerai sur ton bonheur.

i< Pressé de s'expliquer, mon père me conta que M. de Fontac lui avait demandé ma main, et que, si je n'éprouvais aucune répugnance à cette union, elle le consolerait de tous les orages de sa vie, en relevant la dignité de sa maison, et me replaçant au rang d'où je n'aurais jamais dû descendre.

<t Cette révélation paralysa toutes mes forces et m'apprit que j'aimais le vicomte avec cette chaste adoration que toute jeune fille élevée dans la crainte de Dieu et l'amour de sa famille apporte au futur souverain de sa destinée. Je ne cherchai pas à dissimuler mes sentiments, et, couvrant de baisers les cheveux blancs de mon père, je lui fis

des aveux que jusqu'alors je n'avais pas osé me faire à moi-même. Le baron m'écoutait avec délices et me rendait caresse pour caresse. Je m'échappai des bras de mon père ivre dune joie voluptueuse qui tenait du vertige.

(! Depuis mon arrivée à Herlisheim, je n'avais fait qu'une visite ; c'était à une excellente femme qui avait été demoiselle de compagnie de ma mère et qui s'était mariée à un sous-ofïïcier du régiment d'Alsace, dont mon père était alors colonel. Cette femme nous avait toujours été dévouée, et nous l'avions retrouvée avec bonheur. Son mari, suivant les armées républicaines , était devenu officier supérieur, et sa carrière s'ouvrait brillante devant lui, lorsqu'il tomba mutilé dans les champs de Marengo. Le pauvre soldat se retira dans ses foyers, où , incapable de travailler activement, il n'était que d'un faible secours à sa famille. Cette famille se composait de Marceline Keller, sa femme...

— Ma protégée? interrompit l'abbé.

— Votre protégée, oui, mon père, qui était, lorsque nous revînmes à Herlisheim, mère d'une charmante jeune fille et d'un petit garçon âgé de dix ans. Cette jeune fille se nommait Thérèse, et n'avait que deux ans de moins que moi. Nous nous étions liées d'amitié tout d'abord. Pauvres toutes les deux , nous préférions notre intimité à

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