‹ Les péchés mignonsChapitre 37 sur 115 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mon père, non! Je suis faible, je suis indigne, mon cœur n'a pas une goutte de ce sang fier qui a fait battre ceux de ma race... mais criminelle , je ne l'ai jamais été.

— Achevez votre récit, ma pauvre enfant, je m'y intéresse, et je prie Dieu de vous venir en aide.

— M. le vicomte de Fontac était riche, les biens de son père avaient été administrés dans les jours sanglants de la révolution par l'un de ces hommes loyaux et intègres qui ont donné l'exemple du désintéressement au milieu du pillage, et qui ont fidèlement restitué les trésors dont ils étaient dépositaires. Notre union fut célébrée en grande pompe, et chacun vanta la générosité de mon mari , qui, jeune (il n'avait que vingt-deux ans), élégant, doué des qualités les plus précieuses, avait choisi une compagne sans écouter d'autres conseils que ceux de son noble cœur.

Il Pendant les premiers mois de notre mariage, Thérèse se montra radieuse ; mon bonheur , qui éclatait dans toutes mes actions comme dans toutes mes pensées, semblait être partagé par elle ; et la douce amitié dont elle me donnait des preuves si délicates avait pour moi un charme indicible. J'attendais que son heure fût venue comme était venue la mienne ; je caressais la pensée d'une alliance digne d'elle 5 je m'apprêtais à faire naître

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l'occasion d'enchaîner à jamais son cœur dans une union sainte et sacrée, et je travaillais à son insu à la mettre en présence de quelque prétendant qu'elle dût aimer comme j'aimais !

ic Mon père, à qui j'avais confié mes projets, les approuvait et se promettait de m'aider dans mes recherches ; c'était toujours en me souriant que le bon vieillard se faisait raconter les exploits que je méditais ; et quand M. Keller venait nous voir et qu'il se laissait aller à de gros soupirs en parlant de sa petite Thérèse, mon père éclatait sous cape et se contentait de lui répondre :

<c — Voisin, tout vient à point à qui sait attendre.

<( Cependant l'année n'était pas encore écoulée que je crus remarquer quelque changement dans rhumeur de mon amie ; son sourire était un peu forcé ; ses joues rougissaient ou pâlissaient subitement. Nos causeries n'étaient plus gaies et franches, et nous ne bavardions plus comme au temps de nos folies. Thérèse devenait tout à coup pensive; elle s'éloignait de moi, et ne revenait à mes côtés qu'en surmontant une répugnance visible ; elle me faisait quelquefois des questions auxquelles j'hésitais à répondre, voulant ménager la candeur de la vierge et me respecter moi-même. Alors elle abandonnait ces questions, mais pour y revenir bientôt. Ainsi , elle me demandait un jour

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