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CHAPITRE IV

si mon mari avait pour moi tout Tamour qu'avait promis le fiancé ; si nous n'éprouvions pas lun pour l'autre des moments d'ennui et de lassitude; si, quand nous nous séparions pour quelques instants, nous avions toujours le même bonheur à nous retrouver. D'après mes réponses, le plus souvent évasives, Thérèse, je vous l'ai dit, pâlissait ou rougissait. Sa santé s'altérait sensiblement, et bientôt je fus alarmée au point de m"(;n ouvrir à mon mari. M. de Fontac ne prit pas mes confidences au sérieux, il rit même beaucoup de ma belle langoureuse (c'était ainsi qu'il appelait mon amie), et me dit qu'il n'y avait qu'un seul remède capable de la guérir. Ce remède, ajouta-t-il, est un jeune et beau mari qu'il faut lui chercher ; car le spectacle de notre bonheur, constamment exposé à ses yeux , la trouble et lui fait déplorer son isolement.

u Frappée de cette réponse, je m'accusai d'égo'isme et je redoublai de tendresse et de prévenances pour détourner Thérèse de sa mélancolie. Mes premiers soins furent bien payés, car je remarquai un changement notable dans sa conduite, et j'en remerciai le ciel avec ferveur. Cette illusion, car c'en était une, fut de courte durée ; Thérèse retomba dans ses distractions, et la chute fut d'autant plus rapide et profonde, quelle avait été quelque temps retardée.

84 LES PÉCHÉS MIGNOSS.

«I Je crus devoir prendre conseil de mon père, qui accueillit sévèrement mes révélations. Son front se plissait pendant que je parlais, et lorsqu'il eut appris ce que m'avait dit M. de Fontac et les brusques métamorphoses du caractère de la jeune fille, il posa ses mains en croix sur ma tête et me dit :

u — Ceci est plus grave que tu ne penses, mon enfant: j"y songerai,

<i Puis il me questionna à son tour sur mon bonheur conjugal , soulevant délicatement les coins d"un voile qui devraient être baissés, même pour un père.

« Surprise, tout d'abord, par cet interrogatoire, je ne tardai pas à être frappée par Une pensée infernale qui m'abattit comme un coup de foudre. Dès ce moment, je compris, ou plutôt je vis le fond de mon cœur à la lueur des éclairs que cette pensée lit jaillir de mes esprits. Je compris que l'amour paisible, calme et dévoué, dont j'avais entouré mon mari jusqu'à ce jour, n'était qu'un pâle reflet de la passion brûlante dont je dois être dévorée durant ma vie entière. Dès ce morlient, j'étais vraiment femme, j'étais jalouse !

— Le feu que vous mettez à me raconter vos malheurs me prouve, ma chère fdle, que cette passion terrible n'est pas étouffée ; pour mériter l'assistance divine, il faut s'humilier et pardonner.

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