CHAPITRE IV
— Ah ! mon père, je m'humilie de tout mon pouvoir, mais le pardon, ah! le pardon est audessus des forces d'une pauvre créature qui a tant souffert !
Le coupé gravissait en ce moment la pente assez roide de la rue Blanche ; il était deux heures et demie. Au bout de quelques minutes il sarrêta devant la poste , et le valet de pied , ouvrant la portière, demanda les ordres de sa maîtresse.
— Quatre chevaux et route dOrléans, dit madame de Ravenstein ; qu'on ajoute un palonnier au brancard, et dites à Jean de reconduire mes chevaux à l'hôtel ; vous monterez devant et m'accompagnerez ; appelez-moi le postillon de garde aux écuries ; voilà mon passe-port.
Le postillon se présenta.
• — Mon ami, dit le chanoine, est-on venu vous demander des chevaux pour marcher sur Orléans depuis une demi-heure?
— Oui, on est venu deux fois.
— N'inscrivez-vous pas les noms des voyageurs ?
— Si fait, et je viens d'en faire l'état pour l'administration.
— Parmi ces noms, n'avez-vous pas vu le nom du vicomte de Fontac?
— Il n'y a pas une heure qu'il a fait prendre trois chevaux.
— A quelle adresse? demanda madame de Ravenstein.
— Pour la rue dAnjou-Saint-Honoré, 20.
— Je n'y comjDrends plus rien, murmura le chanoine ; rien, absolument rien.
— Et moi je comprends tout, mon père... Merci, mon garçon. Voilà pour boire; faites atteler lestement.
— Ça va marcher, madame, dit le postillon en empochant deux pièces de cinq francs. Allons, Antoine, à cheval !
Le coupé redescendit la rue Blanche, enlevé par quatre chevaux vigoureux qui le faisaient voler sur le pavé.
Cinq minutes après le départ de nos voyageurs, un landau attelé de trois chevaux s'élança de rhôtel de la poste, roulant sur les traces du coupé avec une rapidité effrayante.
— Revenons à votre histoire si vous le voulez bien, madame, reprit l'abbé de Brionne. Si j'ai saisi ce que vous m'avez fait l'honneur de me dire, nous en sommes restés au moment où un peu de jalousie se glissa dans votre cœur.
— Ah ! mon père, je ne vous ai pas dit un peu de jalousie, je vous ai dit qu'une fureur soudaine, sombre et farouche s'empara de mon être et me révéla toute la violence de mon amour. L'idée, ou plutôt la crainte d'être trahie par mon mari, avait